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L'Ultime fléau

Frederik POHL

Titre original : A Plague of Pythons / Demon in the skull, 1965

Traduction de José GIL

CALMANN-LÉVY (Paris, France), coll. Dimensions SF n° (1)
Dépôt légal : 1er trimestre 1973
256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 14 x 21 cm  
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     L'histoire du monde suivait son cours...
     ... Et puis, un soir de Noël, le président des Etats-Unis se met à bredouiller des paroles incompréhensibles devant les caméras de la télévision avant d'être assassiné par l'un de ses ministres. Dans les heures qui suivent, le monde bascule dans le chaos. Les puissances nucléaires lâchent leurs bombes à tort et à travers, parfois sur leur propres cités. La planète toute entière est saisie d'une incompréhensible épidémie de meurtres, de viols, de suicides. N'importe qui peut, à tout moment, commettre l'acte le plus fou sous l'empire d'une véritable possession démoniaque. Terreurs et superstitions médiévales reparaissent. L'humanité vient-elle de rencontrer l'ultime fléau, celui qui l'anéantira totalement  ?
     Chandler, qui s'est vu violer et tuer à demi une jeune fille, entreprend une quête qui le mènera aux sources d'un pouvoir tel que nul homme n'avait encore oser en rêver... mais qui existe bel et bien.
     Dans ce roman rapide et brutal, Frederik Pohl démontre les mécanismes de la volonté de puissance, joignant au suspense, la réflexion sociale et politique.
 
    Critiques    
 
     Les Etats-Unis, puis le monde, se retrouvent un jour possédés — au sens propre : des choses prennent possession de l'esprit des gens, de tous les gens, les poussent à l'autodestruction, au meurtre individuel et collectif. Le héros de l'histoire, Chandler, se retrouve en train de violer une adolescente, on se fusille ou on se poignarde brusquement, les missiles nucléaires partent de tous les coins du monde et font de larges trous dans les populations. C'est le chaos, la désorganisation totale. Ce chaos dure depuis deux ans (écrite en 1962, cette histoire se déroule dans « un proche futur ») lorsque débute L'ultime fléau, roman de Frederik Pohl. Suit alors l'errance de Chandler, jeune ingénieur qui, tantôt « possédé », tantôt retrouvant son libre arbitre, parcourt un itinéraire type : il rencontre plusieurs îlots de résistance (tous voués à l'échec), contacte enfin les execs responsables des possessions à Honolulu, capte leur confiance, s'allie provisoirement avec eux pour tenter de les détruire de l'intérieur.
     On aura reconnu les grandes lignes de ce schéma : c'est celui du roman noir, adapté pour la circonstance à un postulat de départ de science-fiction. Il y a bien là l'enquête archétypale ou, si on veut, la remontée vers la source du mystère, accomplie par un homme seul qui est d'abord noyé dans le désordre et l'incompréhension et qui, peu à peu, en découvre les ficelles, les dénoue, pour en arriver à l'ultime chapitre à les manœuvrer. Et Pohl, s'il utilise des constantes bénéfiques (découpage serré, priorité donnée à l'action) d'un autre genre littéraire, en conserve du même coup d'irritantes scories : Chandler se tire sans une égratignure des mauvais pas les plus dangereux, des situations dramatiques où tous ses compagnons laissent successivement leur peau ; il est vraiment l'élu, l'être choisi par le dieu-romancier. D'autre part, il ne manque pas de rencontrer sur sa route la belle vamp qui a fait alliance avec les méchants mais n'en garde pas moins au fond d'elle, par-delà sa cruauté de surface, une étincelle humaine et une chaleur communicative. D'ailleurs, Rosalie Pan comme Chandler ne sont guère que des silhouettes en action et, pour le second, l'élément porteur de la philosophie de l'auteur, sur laquelle je reviendrai ; mais ce ne sont jamais des personnages réellement vivants.
     Autre reproche : un élément qui aurait pu être parmi les plus intéressants du roman — nous faire pénétrer dans le psychisme des possédés comme dans celui des execs possédants, nous éclairer sur ce mécanisme du transfert qui reste, tel qu'il est présenté, assez peu crédible — n'est traité que de façon très superficielle et très extérieure, sur un mode behaviouriste qui n'est ici que facilité ou manque de talent. Petit policier sur une pâle trame de SF, voilà comment peut être jugé L'ultime fléau. Catherine Moore dans La dernière aube ou Williamson dans Plus noir que vous ne pensez, entre autres, ont infiniment mieux su couler un thème de science-fiction dans le moule du roman noir, pour ne rien dire de van Vogt dont toute l'œuvre (à l'exception de ses purs space-operas) fonctionne à la manière des thrillers dont il est incontestablement un grand maître, même si cette dimension est chez lui peu apparente à une lecture hâtive à cause du back-ground cosmique de ses récits et de la sophistication de leurs péripéties.
     Quant au thème proprement dit de la possession mentale des hommes qui entraîne un effondrement de la société, Eric Frank Russell avec Guerre aux invisibles et Robert Heinlein avec Marionnettes humaines l'ont traité avec infiniment plus de force que Pohl. Reste le fait, évidemment, que chez ce dernier ce ne sont pas des entités extraterrestres ou extradimensionnelles qui prennent le contrôle des cerveaux humains, mais bien d'autres hommes, en l'occurrence un groupe de savants soviétiques aidés de mercenaires, qui ont inventé un appareil de transfert cérébral et en usent pour mettre le monde entier en coupe réglée., après avoir exterminé les trois-quarts de sa population. Cela nous amène pour conclure à juger des idées exprimées par l'auteur — pour ne pas parler de son idéologie, le terme étant encore assez nocif dans Fiction pour faire frissonner plus d'un lecteur.
     Certes, Pohl prend soin de nous dire que ces savants ont été dévoyés par le pouvoir de leur engin et travaillent pour eux-mêmes, non pour le Parti ; mais gageons qu'un lecteur américain de 1962 n'a dû retenir que le fait que les Ruskofs étaient décidément des êtres bien retors : et le roman de Pohl rejoint ainsi le gros bataillon de ces ouvrages issus de la guerre froide et traitant de cette fameuse « invasion intérieure » où l'ennemi sournois pervertit par la pensée les bons citoyens des Etats-Unis.
     Là où l'auteur se rachète cependant (et je retournerai ma veste en même temps que lui), c'est lorsque, au lieu de nous présenter un héros sans faille spirituelle, il nous fait bien sentir que Chandler, alors même qu'il va être admis au sein des execs, voit ses certitudes vaciller :
     « Et Chandler n'avait pas envie de se faire tuer.
     Il voulait vivre longtemps... en tant que membre du très honorable Comité Exécutif.
     Les Russes qui avaient fourni des hommes au Mur de l'Atlantique de Hitler auraient compris sa façon de raisonner ; de même que les Américains qui diffusaient des messages radio pour le compte de l'ennemi en Corée. Ce qui comptait par-dessus tout pour un homme, c'était de rester en vie. » (pp. 210 et 211).
     Cette philosophie rejoint celle d'un Cavanna, qui écrit dans Charlie Hebdo qu'il aimerait mieux vivre à genoux que mourir debout, ou celle d'un Brassens (« Mourir pour des idées, d'accord, mais à mort lente »). C'est la voix somme toute très réaliste et bien humaine du pacifisme prudent, du « ma peau avant tout », qui conduit à toutes les trahisons, jusqu'à l'alliance avec le fascisme. Pohl va jusque-là en nous faisant partager, à la dernière page de son roman, les réflexions de Chandler qui a réussi à mettre la main sur la machine de transfert et s'en sert pour anéantir les execs, mais fait le serment de la détruire quand tous seront morts : « Et au moment même où il jurait, il sut qu'il mentait ». C'est la dernière phrase du livre, et cette fin brutale, avec son ironie amère, est d'une force certaine. Pohl d'ailleurs la préparait en évoquant dans le cours de son ouvrage la célèbre maxime de Lord Acton : « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».
     Faut-il voir là un credo politique ou alors l'énoncé d'une misanthropie militante ? Je n'en sais rien. En tout cas, l'auteur ne se prive pas d'étaler complaisamment (et cet étalage est lui-même suspect) ses griefs envers les êtres humains qui donnent si aisément libre cours à leurs pires instincts, lorsqu'il nous montre par exemple les execs et leurs alliés se distraire en forçant des corps d'emprunts à se suicider d'horrible manière, pour goûter sans danger à l'orgasme de la souffrance et de la mort.
     Mais ces idées restent soumises à leur expression écrite. Si intéressantes que soient les ambiguïtés à plusieurs niveaux de L'ultime fléau, elles restent prisonnières d'un roman platement écrit et souvent invraisemblable : à ce titre, le résultat n'est au mieux que médiocre. Espérons que, dans ses livraisons ultérieures, la collection « Dimensions » saura frapper plus haut.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/5/1973 dans Fiction 233
Mise en ligne le : 2/1/2018

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition LIVRE DE POCHE, SF (1ère série, 1977-1981) (1978)


 
     A CENT A L'HEURE

     C'est l'édition en poche du roman paru chez Calmann-Lévy aux alentours de 73, je crois, dans l'excellente collection « Dimensions SF ». Tous ceux qui n'avaient pas dépensé leurs deniers pour l'achat de cette édition de prestige vont pouvoir y aller de quelques centaines de centimes. On ne dira jamais assez de bien des éditions de poche.
     L'Ultime Fléau a été écrit rapidement — ou en tous cas il a l'air d'avoir été écrit rapidement — et ce n'est pas péjoratif, ça ne veut pas dire que c'est un mauvais livre. Ça veut dire qu'il se lit à cent à l'heure, facile, cool ; ça veut dire qu'il explose d'un seul jet comme une fusée de feu d'artifice. Qu'il ne s'embarrasse pas de psychologie ardue n'est pas non plus dans ce cas, un défaut.
     C'est un scénario de bande dessinée. Ce pourrait être une histoire de, voyons. Flash Gordon, pourquoi pas, au moins pour les neuf dixièmes du récit. Ce n'est toujours pas péjoratif.
     Ecoutez ça : tout commence un soir de Noël, quand le Président, devant les caméras de télé, se met à déconner en direct. Et crac, aussi sec, c'est le grand chambardement : des militaires qui deviennent dingues, des missiles qui pètent et des villes qui s'embrasent. Partout, sur la planète, des cas de possession démoniaque, des meurtres, des viols, bref le grand cirque. La « possession », ce n'est rien d'autre qu'un esprit qui s'impose à la place de ton esprit, mon ami, et qui te fait faire les pires choses. Des choses pas belles. Une machine à te transformer en marionnette, en zombi maléfique, et quelques gaillards qui s'amusent à ce jeu pour devenir les maîtres du monde. Carrément la zorglonde, si tu vois ce que je veux dire. Parole, oui, on s'attendrait presque à le voir surgir, Zorglub, du fond de son île... Deux heures de lecture sans ennui, à suivre le pauvre héros, Chandler, jusqu'au mot fin. Et tu te demandes, après ; si après tout tu n'aurais pas fait comme lui. Ah, malheur de nous zautres !...

Pierre PELOT
Première parution : 1/11/1978
dans Fiction 295
Mise en ligne le : 18/4/2010


 

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