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Le Vaisseau de l'ailleurs

RICHARD-BESSIÈRE



Illustration de Gaston DE SAINTE-CROIX

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 501
Dépôt légal : 2ème trimestre 1972
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 17,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Quelle étrange destinée est celle de JohaMoore, un. peintre modeste que rien ne semblait appeler à la tâche qui l'attend !
     Ballottant sans cesse de la réalité au cauchemar, il n'apprendra que très tard qui il est réellement et pour quelle raison obscure il vient de peindre un tableau qu'il avait déjà peint un siècle auparavant.
     Qui est cette mystérieuse Vanessa d'Ashley qu'il aime éperdument depuis qu'il l'a rercontrée... Mais depuis quand, au fait ?
     II devra lutter pour anéantir les Lyriens qui sont venus sur Terre pour accomplir une très mystérieuse mission mettant en péril I'extstence des Terriens.
     Et puis, lorsque tout sera rentré dans l'ordre il reprendra sa place sur le « Vaisseau de l'Ailleurs »...
 
    Critiques    

Le problème que pose le compte rendu des livres du Fleuve Noir est rendu quasi insoluble, d'abord par leur grand nombre, ensuite, au niveau de l'efficacité, par leur disparition rapide des kiosques et librairies. L'idéal serait naturellement de pouvoir critiquer les Fleuve dans le Fiction du mois même de leur parution, ce qui sera à jamais impossible. Reste donc la possibilité de donner quelques indications rapides, avec le minimum d'écart, sur tous les ouvrages présentés : ce que nous essayons ici, le dernier mot restant aux lecteurs dont nous attendons l'avis concernant l'utilité de la chose...

Deux observations préalables : depuis mars, les hideux dessins intérieurs ont disparu des « Anticipation », au grand soulagement, soyons-en certains, des lecteurs esthètes ! D'autre part, et cela, depuis avril, la production mensuelle du Fleuve est passée de quatre à cinq « Anticipation ». En somme du pain sur la planche, et pour le pauvre lecteur, et pour le pauvre critique... Mais il serait bien sot de se plaindre que la mariée est trop belle : les amateurs de SF doivent de plus en plus se rendre à l'évidence qu'ils ne peuvent tout lire, et ils sont maintenant confrontés, en adultes, à l'épineux problème du choix, au Fleuve Noir comme ailleurs !

 

La bataille de Bételgeuse fait partie de l'interminable saga de Perry Rhodan, qui paraît en Allemagne sous la forme de brochures d'une cinquantaine de pages (un peu comme les Fantômas de jadis), lesquelles sont traduites et adaptées en volume pour le FN par Jacqueline Osterrath. Le fait qu'il existe un tel feuilleton de SF est plus intéressant que le contenu des magazines, forcément hétéroclite puisque l'écriture en est confiée à tout un groupe d'écrivains (dont le nom n'apparaît pas sur la couverture des Fleuve Noir), « dirigé » par Clark Darlton, de son vrai nom Walter Ernsting. Dans l'épisode qui nous occupe, Rhodan a réussi à faire croire aux belliqueux Francs-Passeurs, marchands galactiques, que les Terriens habitent une planète du système de Bételgeuse, laquelle sera détruite à la place de notre monde. Western de l'espace destiné à des adolescents, ce livre n'est certainement pas désagréable à la lecture, et les diverses péripéties qui l'agrémentent ont l'adresse et la patine que seule une longue pratique peut accorder. Mais aussitôt lu, aussitôt oublié, telle pourrait être la devise de Perry Rhodan...

 

Paul Béra, écrivain d'expérience lui aussi qui, sous un nom ou sous un autre, fait de périodiques retour a la SF, s'est lancé dans une autre de ces séries de longue haleine en créant pour son arrivée au FN « Robi-Robot », être indestructible et immortel, qui se désintègre à la fin de chaque volume pour se réintégrer ailleurs au début du suivant. Dans Espace interdit, le sympathique androïde aide des révolutionnaires en lutte contre une tyrannie planétaire et retape au passage un cerveau électronique qui guide la destinée des races pensantes de la galaxie. Cet ouvrage peut être étiqueté de la même manière que le précédent : western de l'espace pour adolescents. Malheureusement, il est de plus lent et bavard, et d'une naïveté fâcheuse quand il s'agit de traiter des rapports humains. Béra, et c'est dommage, ne semble pas parvenir à retrouver le punch de son premier et très honorable ouvrage : Planète maudite.

 

C'est également à une longue série « à suivre » que s'est attelé Robert Clauzel avec son personnage de Claude Eridan, le « Gremchkien » qui fait de périodiques retours sur la Terre, planète innocente qui semble être devenue le creuset de titanesques affrontements entre races extragalactiques et « extra-créationnelles », qui viennent y rechercher on ne sait quel « secret ultime ». Clauzel, avec son mysticisme un peu égaré, navigue dans les eaux ouvertes par Jimmy Guieu, son père spirituel qu'il a dépassé en ampleur de vision, mais auquel il reste attaché grâce aux épingles de sûreté que sont les petites notes de bas de page : « Rigoureusement authentique ». Comme il était au commencement contient de bons passages, comme cette arrivée dans un petit hôtel de haute Provence battu par la neige d'un mystérieux inconnu tout de noir vêtu, qui nous rappelle le début du film de Whale, L'homme invisible, et il est certain que l'auteur sait créer un décor, faire ressentir un climat. Mais il doit néanmoins se méfier de ses accès de passion ne débouchant que sur un vide... cosmique :

« Tout ça pour cette valise ? demanda Gondemare. Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur ?

La réponse tomba tranquille, effroyable, vertigineuse, épouvantable (...) :

- L'univers. » (p. 192)

On sourira ou on sera irrité, c'est selon !

 

Je suis maintenant tenté de serrer au plus près La Palice en écrivant que, lorsque Richard-Bessière ne fait pas des romans humoristiques, il fait des romans sérieux ! Et c'est précisément lorsqu'il abandonne son trio Brent-Gordon-Margareth qu'il nous donne le meilleur de son éclectique talent... C'est justement à cette veine tragique qu'appartient Le vaisseau de l’ailleurs, qui décrit les efforts d'un groupe d'invasion lyrien pour pénétrer sur la Terre, en utilisant une porte extradimensionnelle située sur un mystérieux « anti-monde », qui n'est autre qu'une sorte de purgatoire où les morts terrestres attendent de passer à une dimension supérieure. Le récit appartient autant à la SF qu'à une sorte de fantastique gothique, et sa réussite tient surtout à un traitement très « visuel » : à un paysage écossais barbouillé de brumes répond, dans l'anti-monde, une grève fuligineuse ouvrant sur un océan percé de hauts rochers noirs, et cet accord esthétique en échos perpétuels donne au livre une belle unité chaotique. Il est facile de discerner les influences reçues par Richard-Bessière (l'anti-monde où l'on « meurt » pour renaître ailleurs évoque le Monde du Fleuve de Farmer, et l'assaut des invisibles dans le château doit avoir sa source dans le film de Wise, La maison du diable), mais ces influences sont parfaitement intégrées, et avec Le vaisseau de l'ailleurs Bessière signe son meilleur ouvrage depuis deux ou trois ans.

 

 Cependant, et ce jugement se confirme de roman en roman, le premier au classement général des quinze ou vingt « réguliers » du FN-Anticipation est Le May. (On me permettra de traiter au singulier cet auteur pluriel !) C'est en tout cas le seul qui, réellement, « écrit ». A la limite du précieux, le style de J. et D. Le May s'accorde à merveille avec ces space-opera très sophistiqués qui sont, si l'on veut, l'équivalent français de ceux de Delany... Vacances spatiales n'appartient pas au cycle postatomique de l'auteur, mais à celui des enquêteurs galactiques de Marslovk. Très classique dans sa première partie (deux couples d'enquêteurs doivent escorter le chef d'une planète nouvellement admise dans l'Empire), le roman bascule dans la seconde (naufragés sur un monde désert, les enquêteurs subissent l'assaut psychique d'entités fabuleuses) vers une heroic-fantasy qui ne fait pas tant penser à Vance qu'aux dessins de Druillet. L'ampleur de la vision est telle qu'on sent que Le May est à l'étroit dans les 234 pages de son volume, ce qui l'amène à user parfois d'ellipses frustrantes. Il faudrait qu'un jour l'auteur puisse s'étaler à son aise sur un nombre de pages plus en accord avec son tempérament et son talent...


Denis PHILIPPE
Première parution : 1/8/1972 dans Fiction 224
Mise en ligne le : 2/3/2019


 
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