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Le Magicien Noir - la trilogie fondatrice

(titre original : Black Magician Trilogy)

Trudi CANAVAN

 
    Volumes de la série    
1 /    La Guilde des magiciens
2 /    La Novice
3 /    Le Haut Seigneur

    Critiques    
     Avec deux millions d'exemplaires vendus pour sa trilogie du Magicien Noir, Trudi Canavan, designer australienne, est entrée dans le monde de l'imaginaire en révélant au public un univers comparable à celui de JK Rowling. En effet, la fantasy a vu croître la parution d'œuvres dans lesquelles la magie n'est plus l'apanage d'un sorcier vieillissant ou d'un mage averti.

     L'auteure reprend ici le thème du héros malgré lui souvent usité en fantasy notamment depuis la parution du Seigneur des Anneaux, puis repris par Rowling.
     Sonea, adolescente des rues, découvre qu'elle détient un pouvoir que seuls les Mages de la Guilde de la cité d'Imardin possèdent. Elle devra apprendre, contre son gré, à contrôler sa puissance et à s'adapter à une société aristocratique hermétique, traditionnellement fermée au peuple. Témoin de l'utilisation de la magie noire par le Haut Seigneur Akkarin, elle devient sa prisonnière puis son élève. Il lui faudra faire des choix impliquant sa loyauté envers la Guilde et envers le Roi de Kyralie. L'utilisation de la magie noire doit-elle être systématiquement condamnée ou peut-elle se trouver justifiée dans un climat de guerre latente ?

     Dans son ouvrage critique, Comment écrire de la Fantasy et de la Science — Fiction, Orson Scott Card a démontré l'importance du choix d'un héros solitaire, vulnérable, en décalage par rapport au monde dans lequel il évolue. Ce procédé attise le pathos du lectorat qui s'émeut aisément du sort d'un protagoniste victime d'une destinée trop lourde à porter, s'identifiant à lui avec facilité. Comme Rowling, Trudi Canavan a usé de ce procédé en choisissant comme personnage central une pauvresse, protectrice à ses dépens d'une Guilde qu'elle abhorre depuis toujours.

     La trame de départ laissait présager une intrigue riche en rebondissements malgré une thématique convenue, et une atmosphère atypique liée à la noirceur des taudis entourant les quartiers de la cité. Malheureusement, l'auteure est tombée dans l'abîme du remplissage, ne consacrant que peu de pages à la description d'un univers qui aurait pu s'avérer intéressant et original. Le tableau fangeux des souterrains est exploité brièvement dans le premier tome sur fond d'une course poursuite interminable entre Sonea, protégée par les voleurs, et les Mages. On ne peut que constater de fortes lacunes descriptives, la quasi-totalité de l'intrigue se déroulant entre les murs de la Guilde. Le Sachaka, unique destination périlleuse du duo Akkarin / Sonea, est représenté comme une zone désertique dans laquelle rien ne pousse. Ainsi, un faible apport en imaginaire est à déplorer. Les adeptes des jeux de rôles tels que Oblivion retrouveront dans cette œuvre une carte de la cité, en tous points similaire à celle du jeu, avec les trois quartiers ceinturant le palais royal, la présence d'une Guilde des Mages et l'incontournable Guilde des Voleurs.

     Le deuxième tome devait être placé sous l'égide de l'apprentissage de Sonea. Loin de la fantasy trollienne de Terry Goodkind où les boules de feu et les éclairs pleuvent sans limite ni cohérence, la trilogie du Magicien Noir n'a pourtant pas réussi le pari de rivaliser avec l'auteure de Harry Potter. Les sorts sont négligés au détriment d'une querelle puérile entre Sonea et l'un des élèves de sa classe, qui se prolongera jusqu'à la fin du deuxième volet. Ces lacunes aboutissent à la création d'un personnage inachevé, parfois naïf, à l'évolution imprévisible. Le lecteur ne peut qu'être surpris devant l'histoire d'amour entre une Sonea attentiste, oscillant entre futilités post adolescentes et complots, et le Haut Seigneur à la beauté ténébreuse et dévastatrice et à la personnalité affirmée. Un échec donc, en ce qui concerne la psychologie de l'héroïne, comme pour celles d'autres personnages tels que Dorien, jeune guérisseur, mièvre, lisse et inutile à l'intrigue.
     Seuls Akkarin et Dannyl échappent à la règle. Ce dernier confère une dimension épique au roman et son caractère sarcastique et observateur apporte humour et bonne humeur à une œuvre par trop superficielle. Malheureusement, son idylle avec l'érudit Tayend n'est pas sans rappeler l'amitié énigmatique entre Fitz et le fou dans le cycle de l'Assassin Royal de Robin Hobb. Cery, le jeune voleur ami de Sonea, procure une touche de désinvolture et d'anticonformisme bienvenue, mais là encore l'incohérence guette. Ce gamin des rues, débrouillard et dévoué à Sonea, joue un rôle capital dans La Guilde des Magiciens mais ne réapparait qu'au troisième et dernier volet comme un voleur puissant, respecté de la Guilde, donnant des ordres à ses subalternes et tuant sans scrupule sous le voile nocturne d'Imardin. Comment expliquer cette disparition soudaine et cette évolution déconcertante ?

     Malgré toutes ces faiblesses, les fans de fantasy pourront être charmés par cette nouvelle plongée dans l'univers de la magie, d'autant que le dernier livre, Le Haut Seigneur, rehausse le niveau général de cette trilogie. En abordant la magie noire sous un angle différent de ses prédécesseurs, Trudy Canavan a fait montre d'originalité et pose la problématique de la nécessité de la sédition dans les cas extrêmes. L'omniprésence d'Akkarin contribue à donner au récit le relief dont il manque cruellement dans les deux premiers opus. Resté dans l'ombre jusqu'alors, ce protagoniste à la psychologie recherchée et au parcours initiatique périlleux est le seul à pouvoir porter l'emblème du héros de fantasy ambigu et audacieux. Dans cet ultime volet Sonea devient plus entreprenante, ses actes sensés et téméraires assombris par le climat de guerre générale.

     En conclusion, si l'idée de départ parait intéressante, cette trilogie ne saura séduire le plus grand nombre qu'aux prémices du troisième volet. Elle se lit aisément, avec une trop grande facilité laissant dans l'ombre de nombreux détails qui auraient pu contribuer à donner à l'œuvre plus de densité. Nous ne pouvons que déplorer la mode littéraire, survenue depuis la publication de l'œuvre de Tolkien, encourageant éditeurs comme auteurs à la publication de trilogies. De rares exceptions telles que Robin Hobb et JK Rowling précédemment citées, ainsi que Brian Aldiss et Jack Vance, peuvent se permettre un tel format sans que l'intrigue ne s'essouffle.
     Néanmoins, malgré certaines longueurs, incohérences et faiblesses imaginatives, les nostalgiques de Rowling et de Hobb pourront trouver ici des thèmes aptes à leur rappeler leurs lectures passées. Ajoutons à cela que le dénouement axé sur la future maternité de Sonea et son nouveau rôle dans la Guilde laissent présager une suite des aventures de la Mage Noire.

Cécile DULIGAT
Première parution : 30/3/2009
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Base mise à jour le 17 juillet 2017.
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