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Total recall

Titre original : Total recall
Réalisation : Paul Verhoeven ( 1990 )

D'après le texte De mémoire d'homme in Total recall [ Livre ] de Philip K. DICK
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    Critiques, Analyses    
Quaid rêve-t-il ?


     Total Recall est l'adaptation d'une nouvelle de Philip K. Dick intitulée Souvenirs à Vendre, disponible dans le recueil Minority Report (chez J'Ai Lu, en poche). La nouvelle, assez courte, s'intéresse à la nature de nos songes, et pose la question suivante : les rêves sont-ils la représentation d'une autre réalité ? Le film développe le postulat de la nouvelle en nous présentant un type banal, Douglas Quaid, obsédé par des rêves où il arpente les montagnes de Mars, accompagné d'une jeune femme (ces éléments sont un ajout du film). En voyant une publicité pour Rekall, une société spécialisée dans la vente de souvenirs fictifs, il décide de se payer un rêve conforme à ses visions nocturnes.

     Après avoir rencontré le commercial de Rekall, le genre de vendeur très convaincant que nous avons tous rencontré, Quaid commande un rêve en tous points conforme à ses souvenirs : l'ouvrier sera un agent secret sous couverture opérant sur Mars en duo avec une ravissante amazone. Le final du rêve devra comporter des artefacts extra-terrestres, et se clore en apothéose avec l'apparition d'un ciel bleu sur Mars (une option fourguée à Quaid par le vendeur). Tout est noté, enregistré, l'« injection » du rêve peut commencer. Un problème se pose alors car, en « réalité », Quaid est réellement un agent secret, une taupe dormante sous couverture, et l'intervention a réveillé sa véritable identité avant l'heure. Sa couverture est donc grillée, et il va devenir la cible de son ancien employeur déterminé à faire disparaître cet individu trop informé sur ses exactions. Dès lors, toute l'aventure se déroulera selon le scénario du rêve acheté : l'agent secret se rend sur Mars où il rencontre sa future partenaire, rejoint la résistance locale et affronte le conglomérat qui l'employait jadis. Pris dans l'action, le spectateur ne remet pas en cause cette intrigue : Quaid était un agent secret, sa vie d'ouvrier factice une « fausse vie » imaginée par son patron. À terme, son envie d'aller sur Mars et les tueurs collés à ses trousses devaient l'amener à rencontrer la résistance pour l'infiltrer malgré lui, et la détruire de l'intérieur. Sa mission accomplie, son employeur pouvait continuer la colonisation de Mars et réintégrer l'agent secret dans ses rangs. Le plan était bon, mais le nouveau Quaid n'apprécie pas l'ancien Quaid, un véritable salaud, et il entame sa rédemption en procédant à de nouveaux choix.

     Oui, mais voilà : tout cela sent le James Bond futuriste de pacotille. Les rebondissements s'enchaînent avec un peu trop de facilité, les décors sont trop kitsch, les mutants de Mars trop extravagants... Quelque chose cloche, même dans le cadre d'un film hollywoodien. Les péripéties se succèdent jusqu'au moment où survient un étrange interlude, une scène curieusement réaliste dans ce grand déballage de n'importe quoi : la femme de Quaid apparaît devant lui, accompagnée du patron de Rekall. Les deux intrus lui expliquent qu'il se trouve toujours sur le « siège à rêves » de la société. L'opération a mal tourné car il s'est trop pris au jeu, et il risque la schizophrénie en s'obstinant à poursuivre ses chimères. Cette scène surréaliste provoque un doute chez Quaid comme chez le spectateur : et si tout était bidon ? Ou bien s'agirait-il d'une nouvelle ruse de sa soi-disant épouse, un autre agent secret au service de son ancien employeur, comme le croit Quaid ? Ce dernier résout le problème en concluant, peut-être un peu vite, que le dirigeant de Rekall est « réel » en le voyant transpirer. Sa solution ? Une balle dans la tête. L'homme meurt sur le coup, voilà une preuve de son existence ! Seulement, Quaid oublie peut-être un peu vite que, même dans les rêves, les gens transpirent et meurent...

     Considérons donc l'hypothèse non-hollywoodienne, et prenons la voie B : Quaid a tort. Il s'est enfermé dans son délire et sa femme, ainsi que le directeur de Rekall, essayent de le ramener à la raison en projetant leurs avatars dans son subconscient. Mais Quaid s'amuse comme un petit fou, il ne veut pas retourner à sa terne vie d'ouvrier, et persiste dans son obstination en admettant comme réel un environnement totalement surréaliste ! Le film suit donc son point de vue, en s'enfonçant dans une surenchère d'événements inconcevables et de violence hardcore. Pourtant, Quaid n'est pas étonné par ce grand déballage d'improbabilités, sans même avoir assez de lucidité pour s'apercevoir que les choses se déroulent tel qu'il les a commandées à Rekall. Selon cette logique, nous découvrons donc les artefacts extra-terrestres, Quaid reste plusieurs secondes sans oxygène à la surface de Mars avant qu'une atmosphère ne se forme en l'espace d'un claquement de doigt, et voilà finalement notre ciel bleu promis par le commercial de Rekall. De même, comme il lui avait annoncé, Quaid embrasse sa partenaire juste avant le clap final.

     Une réplique se rappelle alors au souvenir du spectateur, en lui laissant un goût amer dans la bouche. Un collègue de Quaid l'avait mis en garde, lors d'une conversation où il lui avait fait part de son projet : Rekall est une société connue pour avoir provoqué la lobotomie d'un client piégé dans un rêve. Quaid ne l'a pas pris au sérieux. Le film se termine par un étrange flash blanc qui, selon les dires du réalisateur, symbolise sa lobotomie. Quaid n'a jamais été un agent secret, et il devient un légume.


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 28/11/2009
nooSFere
Mise en ligne le : 28/11/2009


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