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Je suis une légende

Titre original : I Am Legend
Réalisation : Francis Lawrence ( 2007 )

D'après Je suis une légende [ Livre ] de Richard MATHESON
Image adaptation
 
    Critiques, Analyses    
     Il est sûrement inutile de vous présenter le roman original de Richard Matheson, où le dernier homme sur Terre s'acharne à survivre aux assauts nocturnes d'une meute de vampires. Le livre s'ouvre sur une scène crépusculaire où Robert Neville taille des pieux en écoutant du Wagner, avant de disposer miroirs et gousses d'ails autour d'une maison de banlieue reconvertie en bunker. Le jour, il se déplace dans un fourgon pour traquer les vampires en ville, et les tuer dans leur sommeil. L'intégralité du livre est empreinte de cette atmosphère nihiliste et d'un profond sentiment de solitude, de frustration et de dépression. L'une des scènes les plus poignantes reste ce passage où Neville découvre un chien, avant de s'attacher à lui comme s'il incarnait le dernier espoir de l'humanité, et sa dernière chance de ne pas sombrer dans la folie. Par la suite, Neville finit par opérer une « traversée du miroir » pour découvrir que les vampires, dans leur grande majorité, ne sont pas ces bêtes sauvages fantasmées, et qu'il est en quelque sorte devenu le monstre qu'il croyait combattre, dans une logique parfaitement nietzschéenne. Il réalise alors l'évidence : vampires incarnent l'avenir du monde, et son existence obsolète représente une anomalie destinée à disparaître.

     Le roman a longtemps fait l'objet d'un projet censé être réalisé par Ridley Scott, avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle-titre. Avant cela, le livre a été adapté sous les titres The Last Man on Earth (avec Vincent Price) et Omega Man (avec Charlton Heston). Finalement, le bébé échoua entre les mains de Francis Lawrence (Constantine), ce qui n'était pas forcément une mauvaise nouvelle, mais la présence de Will Smith (pas du tout taillé pour le rôle) laissait augurer des pires présages. Ainsi, les vampires sont ici de vulgaires animaux incapables de s'exprimer autrement que par borborygmes. Nous avons donc affaire aux vampires sous-évolués qui attaquent Neville au début du roman, et nous ne verrons jamais les vampires civilisés censés remplacer l'humanité (pourtant au cœur du « message » de Matheson). Ainsi, les actes de Neville sont justifiés : il abat des monstres sans cervelle là où, initialement, il devenait un croque-mitaine s'en prenant sans distinction aux hommes, femmes et enfants et qui, sans une certaine ironie, par une subtile inversion des valeurs, prenait la place du vampire aux yeux de ses proies (il se glissait chez elles le jour, et non la nuit, pour les tuer dans leur sommeil). Mais ici, il n'est pas question de présenter Neville comme un salaud aveuglé par sa croisade.

     L'explication finale du titre choisi par Matheson ne renvoie pas à la notion d'héroïsme : la « légende » en question étant celle du croque-mitaine, du vampire. Dans le livre, Neville devient une légende, un mythe, mais pas au sens héroïque du terme : il est le méchant de l'histoire craint par les enfants, et certainement pas un héros (de surcroît militaire, dans le film). Le personnage créé par Matheson est bien loin du Neville en uniforme sauvant femme et enfants pendant la propagation de l'épidémie. En outre, le film évacue toutes les images les plus ambiguës, les plus dérangeantes et les plus insoutenables du livre : le retour de la femme de Neville chez lui, sous une forme vampirique (il l'a tuée de ses propres mains), les femmes-vampires aux provocation obscènes qui exhibent leurs poitrines pour l'inciter à sortir de chez lui, la présence de son ancien voisin parmi la meute de vampires... Sur la forme, nous subissons une insupportable adaptation des idées noires de Matheson à la personnalité de Will Smith. Autrement dit : Neville doit être cool. Alors il roule en voiture de sport, chasse le daim, joue au golf sur un porte-avions, s'est installé une salle de muscu chez lui, écoute Bob Marley à la place de Wagner, son chien n'est plus un cabot mais un Berger Allemand... Le comble du ridicule est atteint quand le réalisateur tente de susciter l'émotion en nous montrant Neville réciter les dialogues de Shrek, la larme à l'œil...

     Alors que reste-t-il ? Soyons de bonne foi : le début, où est exposé un New York désert, est assez audacieux pour un film de ce calibre. Pas une note de musique, seulement le silence... Le sentiment de solitude est bien rendu. La scène où Neville doit chercher son chien dans le sous-sol d'un immeuble fonctionne également assez bien, de même que le passage où il s'endort dans sa baignoire alors que, dehors, la nuit tombe et que les hurlements commencent à se faire entendre (scène incohérente : comme nous l'apprenons plus tard, les vampires ne savent pas où il vit). Mais comment pardonner cette fin, l'antithèse même du propos de Matheson ? Neville a trouvé un antidote (car il veut sauver les vampires, et non les exterminer !), une communauté de survivants s'en porte acquéreur (il n'est donc pas le dernier homme), et il devient un sauveur pour l'humanité ! Dans le roman, il n'y a aucune alternative : les vampires se substituent à l'humanité, et Neville doit disparaître car il incarne une ancienne espèce dont il est le dernier représentant. De ce fait, il devient une légende, et non un héros.


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 22/11/2009
nooSFere
Mise en ligne le : 22/11/2009


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