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Simetierre

Stephen KING

Titre original : Pet Sematary, 1983
Traduction de François LASQUIN

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. Policier n° 15143
Dépôt légal : septembre 2003
Roman, 636 pages
ISBN : 2-253-15143-2
Genre : Fantastique



Quatrième de couverture
     Louis Creed, un jeune médecin, vient s’installer avec sa famille à Ludlow, petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Grandall, leur fait visiter non loin de là le pittoresque « simetierre » où des générations d’enfants ont enterré leurs animaux familiers. Mais plus loin s’étendent les terres sacrées des Indiens, un lieu interdit où les rites et les maléfices perdurent à coté de la modernité et du « way of life » américain.
     Fantasmes ou réalité ? L’au-delà et le royaume des morts vont venir hanter Louis et les siens, jusqu’au cauchemar. C’est d’abord un jeune homme victime d’un accident, que Louis n’a pu sauver, qui revient la nuit et l’entraîne dans la forêt ; puis le chat familial, écrasé par un camion et enterré au « simetierre », qui revient et sème l’épouvante. Une épouvante qui les mènera tous à la folie ; à moins que ce ne soit leur propre hantise de la mort qui ne déclenche en eux des pulsions autodestructrices.
     On est proche de Shining, autre roman-culte de Stephen King, avec cette fiction dont l’auteur avouait qu’elle l’a terrorisé lui-même au point d’hésiter à l’achever. Un des chefs d’oeuvre du romancier, et désormais un classique de l’épouvante, initialement publié en 1983.
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition ALBIN MICHEL, Romans étrangers (1986)

     Tout nouveau Stephen King traduit en français est un petit événement de l'édition fantastique, comme chacun sait. Simetierre est l'un des ouvrages les plus récents du pape américain de la peur et c'est avec une certaine satisfaction que j'ai pu constater que, pour une fois, la traduction était, en principe, intégrale, chose assez rare pour être notée...
     Avec cette histoire, Stephen King revient à sa veine fantastique pure, celle qui nous avait donné Salem, Shining et Christine.
     Simetierre est, une fois de plus, du pur King du point de vue de la progression du récit (très lente au départ, puis qui s'accélère progressivement pour déboucher sur le bouquet final) ou de celui de la psychologie des personnages. Ceux-ci appartiennent à la middle-class américaine, cette tranche sociale que l'auteur a toujours su dépeindre à merveille. On peut voir, d'ailleurs, dans ce choix délibéré une des clés du succès phénoménal de King aux USA : c'est à ce groupe qu'appartient la majorité des lecteurs, ce qui leur permet une identification d'autant plus facile avec les personnages. De plus, ces derniers possèdent une épaisseur rarement égalée, ce qui les rend très vivants et crédibles.
     Cela dit, Simetierre n'offre pas d'innovation fulgurante du point de vue de la thématique fantastique. On a affaire ici à une nouvelle variation sur le sujet des morts-vivants, avec une (grosse) pincée de magie indienne en prime. Mais quelle classe ! Une fois de plus, Stephen King prend son histoire à bras-le-corps, tout en jouant au maximum sur les effets psychologiques plutôt que sur les ressorts de l'horreur pure. Le résultat est un roman inquiétant à l'extrême, même si une petite baisse de tension est à noter dans les derniers chapitres, juste avant la chute finale. Et puis, il y a cette écriture nerveuse et, quelquefois, rugueuse, qui vous saisit et vous emporte, sans que vous ne puissiez rien faire pour lui échapper. A lire absolument, pour reprendre un bon vieux cliché de la critique littéraire...

Richard D. NOLANE (site web)
Première parution : 1/4/1986
dans Fiction 373
Mise en ligne le : 11/11/2003


Edition LIVRE DE POCHE, Stephen King (2015)

            Début des 80’s. Louis Creed prend le poste de médecin-chef à l’université d’Orono, dans le Maine. Venu de Chicago, il s’installe avec sa famille – sa femme Rachel, leurs jeunes enfants, Ellie et Gage, et Church, le chat – dans une belle maison proche de Ludlow, en bordure de la très fréquentée Route 15. Il y fait la connaissance de Jud, son voisin âgé, qui devient vite plus qu’un ami, une figure paternelle. Peu de temps après, Jud montre aux Creed, au bout du chemin qui part de leur terrain, le charmant « simetierre » dans lequel les enfants du coin enterrent leurs animaux domestiques depuis plus d’un siècle. Au-delà des tombes maladroites, derrière l’énorme tas de bois en équilibre qui barre le côté opposé, on devine la forêt qui appartint aux Indiens Micmacs. Mais impossible de passer l’instable tas de bois pour y aller voir.

            Quand Church se fait écraser par un camion, Jed, pour bien faire, livre à Louis des secrets qui auraient dû rester dissimulés pour toujours. Passé le gain immédiat, c’est pour celui-ci le début d’une lente ascension dans l’horreur ; prisonnier d’un rollercoaster que rien ne peut arrêter, Louis boira jusqu’à la lie le calice de la folie et de l’abomination.

            Avec Simetierre, King écrit un roman proprement terrifiant. Il brise l’un des tabous importants de la narration contemporaine. Il construit une mécanique que rien ne peut arrêter et avance sans relâche vers une issue fatale qu’on espère ne pas voir en sachant qu’on n’y échappera pas. Il décrit finement une famille de la classe moyenne US, avec son amour et ses failles, la fait vivre sous les yeux du lecteur avant de la lui donner en pâture. Et c’était peut-être inévitable. Les Creed sont nos contemporains, enfants d’une civilisation qui a mis la mort à l’écart, l’ignore, et ne sait qu’en faire. Ils sont aussi de vrais citadins modernes, oublieux des puissances ataviques et des lieux de pouvoir. La terre qu’on croit posséder aujourd’hui, d’autres l’arpentèrent avant ; l’Occident se convainc trop facilement du contraire.

            Simetierre, c’est aussi un King très personnel. On y visite le Maine, où vit l’auteur. On y voit Louis travailler pour l’Université du Maine (King y enseigna en 78), trouver un père de substitution (le père de King l’abandonna), passer l’un des plus beaux moments de sa vie en jouant avec son jeune fils (écho d’une scène similaire dans Christine), se demander ce que ça ferait de devenir aveugle. Et quant aux faits du roman (maison, route dangereuse, cimetière des animaux, chat écrasé – Smucky le chat vraiment écrasé de King a sa tombe dans le roman), King les vécut en 78 avant de les sublimer ici.

            Lisons donc Simetierre, autant pour trembler que pour toucher, à distance, son auteur.

Éric JENTILE
Première parution : 1/10/2015
Bifrost 80
Mise en ligne le : 25/10/2020

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantastique (liste parue en 2002)

Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo...)
Simetierre , 1989, Mary Lambert
Simetierre 2 , 1992, Mary Lambert
Simetierre , 2019, Kevin Kölsch, Dennis Widmyer

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