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Aujourd'hui, demain et après

Jean-Pierre ANDREVON

Première parution : Paris : Denoël, présence du futur, 27 mai 1970



DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 124
Dépôt légal : 3ème trimestre 1971
Recueil de nouvelles, 224 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     AUJOURD'HUI
     • Si vous pénétrez dans cette étrange construction métallique, le seul bruit d'un avion vous fera, dès lors, trembler de peur.

     DEMAIN
     • Ce sera la semaine de quinze heures et la culture pour tous. Mais ne vous avisez pas de faire une chose interdite car, alors, la société tout entière se modifiera...

     ET APRES
     • Des machines vitales vous procureront tous les rêves de l'univers. Mais que se passera-t-il si l'univers lui-même bascule ?

     Huit nouvelles de science-fiction d'un humour très noir, qui nous promettent dès aujourd'hui des lendemains et des surlendemains qui ne chantent guère.


    Sommaire    
1 - René BARJAVEL, Préface, pages 7 à 10, préface
2 - Transfert, pages 13 à 26, nouvelle
3 - Vue sur l'Apocalypse, pages 27 à 47, nouvelle
4 - Jérold et le chat, pages 51 à 56, nouvelle
5 - Bandes interdites, pages 57 à 83, nouvelle
6 - Un combattant modèle, pages 85 à 131, nouvelle
7 - La Réserve, pages 133 à 146, nouvelle
8 - Sans aucune originalité, pages 149 à 196, nouvelle
9 - Retour à l'oeuf, pages 197 à 217, nouvelle

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
De bien étranges affaires ( épisode : Lourde gueuse ) , 1982, Jean-Luc Miesch (d'après le texte : Sans aucune originalité), (Episode Série TV)
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Présence du futur (1971)


Ce livre est très différent de l'autre ouvrage du même auteur paru dans cette collection, Les hommes-machines contre Gandahar. Au lieu d'un roman se déroulant dans un climat passablement féerique, Jean-Pierre Andrevon présente ici huit nouvelles qui sont en général sombres et pessimistes. Ainsi que le titre le suggère, ces récits sont groupés d'après leur éloignement plus ou moins considérable dans l'avenir.

Bien qu'aucune date ne soit indiquée au sujet de la rédaction de ces nouvelles, le lecteur peut supposer qu'elles ont été écrites à des époques assez différentes, car on y remarque d'assez notables différences de style. On rencontre ainsi, au début de Vue sur l'apocalypse, des phrases qui font songer à Lovecraft et à sa prédilection pour la suggestion d'horreurs imprécisées « Les hommes sentent parfois monter en eux d'obscurs pressentiments… Moi, en tout cas, je ne peux plus entendre le ciel vibrer au passage d'une de ces flèches d'acier sans être agité tout entier d'un grand frisson de terreur. Pourtant, en ce qui me concerne, il ne s'agit pas d'un pressentiment, mais bien d'une attente, d'une attente éperdue mais silencieuse, d'un cataclysme qui ne se produira peut-être pas de mon vivant mais que je sais inéluctable. » On trouve dans Transfert tel passage descriptif qui témoigne d'une recherche stylistique mais qui ne précise pas pour autant, chez le lecteur, l'image voulue par l'auteur : « …cette éclaircie du bois, qui est comme une cicatrice de terre blême, balafre taillée dans la forêt par la serpe dolente d'un titan distrait ». L'image est poétique mais la clairière reste floue. Il n'en demeure pas moins incontestable que Jean-Pierre Andrevon sait écrire, que son style possède de la souplesse, et surtout que l'auteur parvient à l'adapter sans effort au climat, à l'ambiance, dont il désire entourer ses récits. 

Les thèmes des deux récits déjà mentionnés, lesquels forment la partie Aujourd'hui, sont assez classiques : dans Transfert, il s'agit d'un contact de paysans avec des extra-terrestres hautement évolués, qui font subir aux humains un traitement dont les effets apparents ressemblent à ceux d'un lavage de crânes – mais l'auteur suggère qu'il y a eu quelque chose de plus complexe. La Vue sur l'apocalypse est en fait un instantané fortuit révélant à un Parisien de notre époque l'aspect futur de sa ville, après une attaque atomique. Le thème est familier, la variation l'est moins, et la nouvelle est adroitement écrite, avec la multiplication de touches qui donnent l'illusion d'un témoignage visuel. 

Dans Demain, on trouve quatre récits, dont l'un – La réserve – est déjà connu des lecteurs de Fiction. On voit assez rapidement où l'auteur veut en venir, dans cette histoire d'humains isolés dans une étendue dont la nouvelle tire son titre, mais on est curieux d'apprendre comment l'auteur agencera sa chute. Jérold et le chat est un épisode mineur sur un gamin qui maltraite un animal. L'auteur conçoit manifestement son protagoniste humain comme une victime de son environnement mécanisé, mais il le présente en fin de compte comme un simple petit sadique l'antipathie du lecteur va au moins aussi facilement vers le gamin que vers la société hyper-fonctionnelle dans laquelle l'auteur le fait vivre. Dans Bandes interdites, on a une nouvelle variation sur le thème des livres proscrits par un gouvernement totalitaire, l'espoir d'une régénérescence étant ici donné par les bandes (dessinées) du titre. Un combattant modèle, un des deux plus longs récits du livre, évoque une autre de ces sociétés totalitaires sur lesquelles l'auteur jette son anathème. Il n'est évidemment pas question de porter de jugement littéraire en fonction des idées politiques présentées dans une œuvre d'imagination ; la sympathie du lecteur est acquise aux victimes du gouvernement mis en scène par l'auteur, ce gouvernement qui présente la guerre comme une entreprise exaltante, et qui exerce une censure impitoyable contre toutes les informations entachées du moindre déviationnisme par rapport à sa propre idéologie. Jean-Pierre Andrevon raconte les désillusions successives d'un combattant modèle qui découvre progressivement la réalité derrière les affirmations de la propagande, et qui connaît une fin grotesque. Le récit est un peu tiré en longueur, et il souffre d'une invraisemblance centrale : le lecteur se dit en effet qu'un gouvernement capable d'endoctriner si parfaitement les civils ne se montrerait pas si grossièrement inefficient en matière de « conditionnement moral » des militaires.

Dans la troisième partie, Après, Jean-Pierre Andrevon donne sa vision – un peu diluée dans son traitement – d'un drame dans l'espace, avec Sans aucune originalité, tandis qu'il conclut avec un éternel recommencement cosmique, Retour à l'œuf. Comme dans les meilleurs des récits précédents, c'est l'adresse stylistique de l'auteur qui fait ici le principal intérêt de ces nouvelles.

Les nouvelles de Jean-Pierre Andrevon sont précédées d'une préface de René Barjavel. Celui-ci répète ce que des auteurs tels qu'Arthur Clarke ont déjà dit en des termes peut-être moins flamboyants mais certainement plus lucides – à savoir, que la science-fiction est le domaine actuellement le plus réaliste du roman, puisque la réalité est désormais inévitablement marquée par la science. René Barjavel paraît d'ailleurs aller exprès trop loin, lorsqu'il enterre pêle-mêle Proust, Marx, Malherbe et Zola : on se demande s'il ne voudrait pas se ménager de la sorte une parcelle de la faveur de ceux qui n'aiment guère la science-fiction. S'il est allé trop loin, n'est-ce pas, c'est parce qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il disait…

Mais René Barjavel a certainement prédit la réalité quand il déclare que Jean-Pierre Andrevon est un écrivain. Il reste à l'auteur d'Aujourd'hui, demain et après à affiner certains de ses thèmes, à apprendre les mérites de la concision, et à approfondir les ressources de la subtilité ; il possède déjà, en revanche, l'étoffe d'un conteur.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/3/1971
Fiction 207
Mise en ligne le : 26/1/2020




 
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