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Le Silmarillion

J. R. R. TOLKIEN

Titre original : The Silmarillion, 1977
Première parution : George Allen & Unwin, 1977
Cycle : Terre du milieu - Le Silmarillion (omnibus)

Traduction de Pierre ALIEN
Illustration de J. R. R. TOLKIEN

Christian BOURGOIS (Paris, France)
Dépôt légal : 2ème trimestre 1978, Achevé d'imprimer : 2 juin 1978
Première édition
Roman, 368 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-267-00124-1
Format : 15,5 x 24,0 cm
Genre : Fantasy



Quatrième de couverture
     Le Silmarillion, publié aujourd'hui quatre ans après la mort de son auteur, est un récit des Jours Anciens, le Premier Age du Monde. Le Seigneur des Anneaux décrivait les grands événements qui conclurent le Troisième Age, mais les contes du Silmarillion sont les légendes d'un passé bien plus lointain, au temps où Morgoth, le premier Prince de la Nuit, était encore sur les Terres du Milieu et où les premiers Elfes lui firent la guerre pour reprendre les Silmarils.
     Outre qu'il décrit les événements d'une époque plus reculée que celle du Seigneur des Anneaux, le Silmarillion est une œuvre bien plus ancienne quant à l'essentiel de sa conception. En fait — son titre n'était pas encore le Silmarillion —, elle date d'un demi-siècle ; on peut en lire plusieurs versions des principaux récits mythologiques souvent crayonnées à la hâte dans des carnets en mauvais état qui datent de 1917. Mais il n'a jamais été publié (bien qu'on puisse glaner dans le Seigneur des Anneaux certaines indications s'y rapportant). Mon père, sa vie durant, ne l'abandonna jamais et ne cessa d'y travailler même en ces dernières années. Pendant tout ce temps le Silmarillion, simple base structurale à de vastes récits, subit peu de modifications profondes ; cette base forma une sorte de tradition, l'arrière-plan de nouveaux récits. Mais ce n'était rien moins qu'une tradition fixée, elle ne resta pas sans changement même lorsqu'il s'agit de certaines idées fondamentales sur la nature du monde qu'elle dépeint, cependant que réapparaissent les mêmes légendes, redites sous des formes plus ou moins longues et en des styles différents.
     Ce livre, qui a pour titre comme il se doit le Silmarillion, renferme non seulement le Quenta Simarilion, le vrai Silmarillion, mais aussi quatre œuvres plus courtes. Ainulindalë et Valaquenta, au début, sont étroitement liés au Silmarillion, alors que Akallabêth et les Anneaux du Pouvoir, qui viennent à la fin, en sont entièrement distincts et indépendants (il faut le souligner). Ce fut le désir explicite de mon père qu'ils fussent inclus dans ce livre : ainsi toute l'histoire commence à la Musique des Ainur, c'est là que commence le monde pour finir avec le départ des Porteurs des Anneaux des ports de Mithlond la fin du Troisième Age.
 
Christopher Tolkien 1977
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Christopher TOLKIEN, Préface (Foreword, 1977) , pages 5 à 26, préface, trad. Francis LEDOUX
2 - Généalogie, pages 301 à 305, nouvelle, trad. Francis LEDOUX
3 - Note sur la prononciation, pages 306 à 307, nouvelle, trad. Francis LEDOUX
4 - Index des noms, pages 308 à 350, nouvelle, trad. Francis LEDOUX
5 - Appendice : éléments des langues quenya et sindarines, pages 351 à 366, nouvelle, trad. Francis LEDOUX
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition Christian BOURGOIS, (2014)

            Le Hobbit et « Le Seigneur des Anneaux » sont loin de représenter l’ensemble de l’œuvre que Tolkien a consacrée à la Terre du Milieu ; à la vérité, ils ne constituent qu’un aboutissement « par défaut » d’une œuvre immense et inachevée, un vaste « Légendaire » entamé dès la Première Guerre mondiale, et sans cesse repris ; un ensemble de textes très divers, puisant dans la littérature médiévale, qui décrivent tout ce qui s’est passé sur Arda avant les deux romans précités, lesquels se situent à la fin du Troisième Âge. Or les deux Âges précédents ont bel et bien été développés par Tolkien, au-delà des allusions qui parsèment les romans « de Hobbits ». Le Premier Âge, surtout, l’époque des elfes, celle des guerres du Beleriand, a fait l’objet de plusieurs textes, organisés autour d’une pièce maîtresse : le « Quenta Silmarillion » (dont il existe plusieurs versions). Ce « Légendaire » n’a été publié qu’à titre posthume par le fils de l’auteur, Christopher Tolkien, d’abord au travers du Silmarillion, puis des Contes et légendes inachevés, et enfin dans la très vaste entreprise de « l’Histoire de la Terre du Milieu ».

            Le Silmarillion, le premier et probablement le plus achevé de ces volumes, est composé de cinq textes reprenant les chroniques des elfes. Les trois premiers concernent le Premier Âge, là où les deux qui restent s’intéressent aux périodes ultérieures (d’où un aspect un tantinet décousu à la fin du volume).

            « Ainulindalë » correspond à la genèse d’Arda. Ce très court texte, à la puissance poétique rare et aux fortes résonances bibliques et mythologiques, explique comment Eru Ilúvatar a créé les Ainurs (devenus ensuite les Valars), et comment leur chant a créé Arda, selon les thèmes du dieu, et malgré les dissonances introduites par l’équivalent tolkiénien de Lucifer, Melkor. « Valaquenta », qui complète ce premier texte et se révèle d’une brièveté comparable, est une sorte de « catalogue » des Valars, et des Maiars qui leur sont inférieurs.

            Mais le gros de l’ouvrage, bien sûr, est occupé par le « Quenta Silmarillion », gigantesque épopée au souffle incomparable qui décrit, sur le mode de la chronique ou de la saga (très dense et délibérément archaïque), les événements majeurs du Premier Âge. « Ainulindalë » y est repris et développé, et l’on découvre ainsi ce qu’il en était du monde avant l’arrivée des premiers des enfants d’Ilúvatar, les elfes (et a fortiori des humains qui les ont suivis, successeurs dotés par Dieu du mystérieux don de mourir…). Très tôt, avant même qu’Arda ne soit peuplée, Melkor entre en lutte avec les Valars ; mais la situation ne fera que s’aggraver quand les elfes apparaîtront en Terre du Milieu, avant d’être pour la plupart emmenés tout à l’ouest de ce monde plat, à Valinor. Là, nous voyons notamment comment le plus fameux des elfes de la branche Noldor, Fëanor, crée les silmarils, trois joyaux qui ont capturé la lumière des arbres de Valinor, avant l’apparition du soleil et de la lune. Mais Melkor détruit les arbres et vole les silmarils après avoir semé le trouble chez les Noldors. Et ces joyaux seront à l’origine de tous les malheurs des elfes… En effet, Fëanor entend bien les récupérer, et incite les Noldors à poursuivre Melkor (rebaptisé Morgoth) sur la Terre du Milieu ; le terrible serment qu’il prête avec ses fils de tout faire pour récupérer les silmarils leur vaut d’être maudits… et de massacrer leurs semblables. Le « Quenta Silmarillion », dès lors, se focalise sur la Terre du Milieu, et notamment la région de Beleriand. Cadre propice aux faits d’armes les plus époustouflants, comme aux crimes les plus atroces… Et nous parcourrons ainsi tout le Premier Âge. De nombreuses histoires traversent cette période agitée, dont certaines se voient accorder des développements conséquents, comme par exemple le très beau conte de Beren et Lúthien, le couple unissant un humain et une elfe, ou la tragédie des enfants de Húrin.

            Mais d’autres histoires hantaient l’auteur, et notamment celle de la submersion de Núménor, équivalent sur Arda du mythe de l’Atlantide, qui fait l’objet du quatrième texte, « Akallabêth ». Cette catastrophe marque la fin du Deuxième Âge, et la transformation du monde plat en un monde sphérique, quand bien même les elfes peuvent toujours, s’ils le souhaitent, emprunter la Voie droite pour gagner Valinor interdit aux mortels… Reste enfin « Les Anneaux du pouvoir et le Troisième Âge », qui éclaire l’histoire des anneaux et de l’Unique.

            Épique et puissant, Le Silmarillion constitue peut-être, malgré son caractère inachevé, le sommet du corpus tolkiénien ; l’œuvre, en tout cas, lui était chère, au point de l’accompagner toute sa vie… On est béat d’admiration devant l’inventivité de l’auteur, son adresse pour susciter et user des mythes. Œuvre inclassable, sans véritable équivalent dans la fantasy, c’est là un chef-d’œuvre que l’on n’a pas fini de lire et de relire.

Bertrand BONNET
Première parution : 1/10/2014
Bifrost 76
Mise en ligne le : 21/4/2020

Prix obtenus
Hugo, Gandalf award - Roman, 1978
Locus, Roman de fantasy, 1978


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