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Terreur

Dan SIMMONS

Titre original : The Terror, 2007

Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de François-Auguste BIARD

POCKET (Paris, France), coll. Littérature - Best n° 13978
Dépôt légal : octobre 2010
Roman, 1056 pages, catégorie / prix : 14
ISBN : 978-2-266-19117-3   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Le 19 mai 1845, le HMS Erebus et le HMS Terror quittent l'Angleterre sous les vivats de la foule. Avec ces navires, le vénérable sir John Franklin entend enfin percer le mythique passage du Nord-Ouest. Mais à l'enthousiasme succèdent bientôt la désillusion, puis le drame...
     Mal préparée, équipée et dirigée, l'expédition se retrouve prisonnière des glaces et de la nuit polaire. La mort frappe. La maladie se répand. La faim, la mutinerie et la folie couvent. Et rôde une mystérieuse et terrifiante créature, incarnation des peurs ancestrales de l'homme face aux éléments.
     Le 19 mai 1845, cent vingt-neuf hommes partaient pour un voyage au bout de l'enfer blanc. Combien en reviendront vivants ?

     « (...) tout le livre, parsemé de descriptions hallucinantes de l'enfer blanc, à la fois terrifiant et poétique, est porté par un souffle qui en fait bien plus qu'un page turner accompli. »
Hubert Prolongeau — Le Nouvel Observateur

    Prix obtenus    
Bob Morane, roman étranger, 2009

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
The Terror , 2018, David Kajganich, Max Borenstein, Alexander Woo (Série)
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, (2008)


     En 1845, une expédition de la Royal Navy dirigée par Sir John Franklin part à la recherche du passage du nord-ouest, une route maritime entre le Canada et le pôle nord reliant l’Atlantique au Pacifique. Les deux navires, l’Erebus et le Terror, pris dans les glaces pendant plusieurs hivers, à cours de ravitaillement et de chauffage, sont attaqués par un monstre polaire, à mi-chemin entre l’ours géant et la créature fantastique. Le voyage tourne alors au cauchemar.

     Inspiré de faits réels, Terreur est avant tout un roman historique. La lecture des nombreux sites Internet consacrés à la véritable expédition Franklin montre à quel point le récit de Dan Simmons colle à la réalité : des causes de décès des marins – dont les cadavres ont depuis été retrouvés et autopsiés (empoisonnement au plomb dû aux mauvaises soudures des boîtes de conserves, scorbut, malnutrition...) – aux missions de secours parties les années suivantes, le roman est conforme à l’Histoire. Simmons y ajoute cependant un élément horrifique qui s’intègre parfaitement à cette ambiance déjà glaciale : comme il le dit dans une interview donnée au Cafard Cosmique : « Les éléments authentiques de l’expédition m’ont servi de fil pour enfiler les perles de l’histoire que je voulais raconter : les vraies terreurs – et les terreurs imaginaires – de l’exploration polaire ».

     La créature, vue par l’équipage comme une sorte d’ours gigantesque, est finalement très peu présente physiquement. Mais ses rares attaques entraînent les hommes dans une folie collective qui culmine dans un incroyable bal costumé, scène d’anthologie marquant l’apogée du voyage et l’inévitable déliquescence qui conduira à la mort de tous. L’horreur suscitée par le monstre cède le plus souvent la place à celle des hommes qui se réfugient dans la haine, la bêtise et le paganisme. En témoignent le déferlement de violence lorsqu’ils croisent des Inuits, les tentatives de mutineries et la tentation du cannibalisme. Seuls quelques officiers et lettrés échappent à cette déchéance morale, ceux-là mêmes qui racontent le périple : Crozier, capitaine du Terror, transcendé par un sevrage alcoolique forcé ; Goodsir, chirurgien profondément humaniste ; Irving, enseigne de vaisseau persuadé que leur survie passe par les Inuits ; et Peglar, valet autodidacte. C’est le seul point noir du livre : une opposition un peu trop manichéenne entre les officiers cultivés et les membres d’équipage, souvent présentés comme des brutes ou des débiles légers.

     L’inéluctabilité du destin de l’expédition permet à Simmons d’éviter ses plus gros défauts : pas de cliffhanger systématique en fin de chapitre, de maintien artificiel de suspense ni de ces autres techniques d’écriture trop voyantes dont avait souffert notamment Ilium. Ici le style se met au service de la description d’un environnement hostile (on ressent le froid de bout en bout, on entend les coques se déformer sous la pression de la banquise) et du récit – sans temps morts ni longueurs malgré ses 700 pages – de la dégradation de la situation.

     Roman d’aventures, roman historique, roman d’horreur, Terreur s’affirme surtout comme le meilleur livre de Dan Simmons à ce jour.

René-Marc DOLHEN
Première parution : 11/11/2008
nooSFere


 

Edition Robert LAFFONT, (2007)


[Critique réalisée d'après la version originale parue chez Little Brown & Cie]

     Après son grand détour par une S-F pure et dure mâtinée de peplum sanglant (le diptyque controversé Ilium/Olympos — le premier venant tout juste de ressortir en poche chez Pocket), Dan Simmons se fait plaisir avec The Terror, joli roman horrifique dans la grande tradition du genre. Mais si Simmons aime la tradition, c'est pour mieux l'avaler toute crue et la digérer à sa façon. Bilan, un gros pavé aussi érudit que passionnant, aussi intelligent que divertissant. De quoi se réconcilier d'un coup avec l'auteur, d'autant qu'il semble continuer sur la voie des romans historiques tordus en travaillant actuellement sur un texte consacré — entre autres — aux cinq dernières années de Charles Dickens. Conçu comme une sorte d'hommage au film de Christian Niby (mais souvent attribué à son producteur, Howard Hawks), La Chose d'un autre monde, The Terror s'ouvre néanmoins sur une citation de Melville himself. Dans Moby Dick, ce dernier (dont nous autres, pôvres français, mesurons assez mal l'influence sur la littérature anglo-saxonne dans son ensemble) disserte quelques pages sur la nature profondément effrayante de la couleur blanche. Ours, requins, icebergs et... baleines, évidemment. Sous cette ombre bienveillante, Simmons prend Melville au mot et retourne aux sources même de l'horreur : le blanc absolu, la neige, les glaces, le monstre, bref, en deux mots, le Grand Nord. Et quitte à user la corde jusqu'au bout, autant ne pas trop en montrer et fonctionner par ellipses dès qu'il s'agit de décrire la chose poilue et griffue qui transforme les humains en puzzles. Clichés, clichés, clichés, sans doute, mais à la sauce Simmons, c'est-à-dire transformés, adaptés, magnifiés, détournés. De fait, The Terror est un roman impeccable et effrayant, bref, The Terror fonctionne.

     Située en plein milieu du XIXe siècle et axée autour de la désastreuse expédition Franklin partie à la recherche du Passage du Nord-Ouest, l'intrigue se met en place doucement et distille son poison au compte-gouttes. Dan Simmons ne plaisantant pas vraiment avec la documentation, autant savoir que l'expédition Franklin dont il est question est rigoureusement authentique et que l'auteur jouit de son statut de romancier en s'immisçant uniquement dans les failles de l'Histoire. Dès lors, l'ensemble en devient affreusement crédible, et le mystère encore plus épais. Deux navires modifiés pour l'occasion (les célèbres HMS Erebus et Terror) partis de Londres avec 129 hommes à bord, commandés par Sir Franklin, disparaissent corps et biens dans le grand nord canadien. Ironie de l'histoire, c'est paradoxalement cette disparition qui entraîne la découverte du mythique Passage du Nord-Ouest (début XXe, par un certain Amundsen, mais en traîneau et pas en bateau) suite aux nombreuses et infructueuses expéditions de recherches menées par la suite qui contribuèrent à l'amélioration des connaissances géographiques de la zone.

     Il faut attendre plusieurs décennies pour qu'un cairn soit découvert, avec deux corps. De l'analyse pratiquée sur les cadavres, il ressort que les deux hommes souffraient de saturnisme, maladie liée au plomb et dont la médecine de l'époque ignorait à peu près tout. Un indice suffisamment fort pour avancer l'idée que les boîtes de conserve embarquées à bord des deux navires présentaient sans doute des défauts de soudure (une technique encore mal maîtrisée), ce qui expliquerait le lent empoisonnement de l'équipage. D'autres expéditions archéologiques menées en 2002 ( !) découvrirent d'autres traces, dont un canot contenant des restes humains et... la preuve avérée de cannibalisme. Pour le reste, mystère...

     Une histoire tragique trop belle pour être vraie, et évidemment tentante... Le talent de Simmons fait le reste et embarque son lecteur à bord du Terror sous les ordres du Capitaine Crozier (après la mort de Franklin dévoilée dès les premières pages), dans un paysage désolé, sous des températures inconcevables, dans des conditions hallucinantes de rudesse, avec en plus une sorte de monstre multiforme qui s'amuse à dévorer les membres d'équipage les uns après les autres. Le tout pendant plusieurs mois (les expéditions sont longues, à l'époque, tout comme les ténèbres de la nuit polaire), alors que les mutineries grondent, que l'espoir s'amenuise et que la mort est partout. On imagine sans mal l'ambiance, donc, d'autant que Simmons ne prend pas de gants pour nous la balancer en pleine figure.

     Impossible de ne pas être immédiatement happé par cette histoire épouvantable, racontée de main de maître et millimétrée comme un thriller. Simmons n'a pas son pareil pour rythmer le texte, tout en approfondissant des personnages attachants et universels. Courage, aveuglement, terreur et volonté de vivre forment l'ossature du roman. Un roman tout bonnement superbe à ne rater sous aucun prétexte.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/11/2007
dans Bifrost 48
Mise en ligne le : 16/12/2008




 
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