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Aucun homme n'est une île

Christophe LAMBERT




J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (2007 - ) n° 11445
Dépôt légal : mai 2016
Roman
ISBN : 978-2-290-07219-6
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Avril 1961. Le président Kennedy retient in extremis le débarquement des troupes antirévolutionnaires à Cuba : le fiasco de la baie des Cochons n'aura pas lieu. Quelques mois plus tard, mieux préparés militairement, les Américains parviennent à envahir l'île et à renverser le régime castriste. Le Lider Maximo et ses troupes se retranchent dans les montagnes imprenables de l'Escambray, et la guérilla reprend.
     Ernest Hemingway, qui ne s'est pas suicidé au cours de l'été 1961, voit là une occasion unique de réaliser le scoop de sa vie : une interview de Castro et Guevara in situ. Accompagné par un faux photographe/véritable garde-chiourme de la Cl A, cigare entre les dents et fusil en bandoulière, l'auteur de Pour qui sonne le glas reprend les sentiers de la guerre...

    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, roman français, 2015
ActuSF de l'Uchronie, littérature, 2014
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Nouveaux Millénaires (2014)


     Christophe Lambert, qui a déjà œuvré dans le registre de l'uchronie, nous revient dans ce genre avec un roman au très beau titre, Aucun homme n'est une île. L'île du titre, c'est Cuba. Et le point de divergence choisi par l'auteur concerne le débarquement de la baie des cochons : le gouvernement américain, qui doute de la réussite de l'opération, décide d'annuler celle-ci et de la reporter de quelques mois... En manœuvrant finement, les États-Unis réussissent à passer pour des victimes, et le nouveau débarquement est un succès. Les anticastristes investissent l'île, et acculent les troupes de Castro dans les montagnes. Au même moment, à Ketchum, dans l'Idaho, Hemingway, au fin fond de la dépression est sur le point de se suicider lorsqu'il prend connaissance de l'opération. Il décide de reprendre sa carrière de correspondant de guerre et de se rendre sur Cuba pour couvrir l'événement. Toutefois, on lui adjoint un aide, Robert Stone, officiellement son assistant mais en réalité un officier de la CIA chargé d'éliminer Castro et Guevara...
     Il y a (au moins) deux manières d'aborder l'uchronie : soit se placer quelque temps après le point de divergence sans parler de celui-ci, et laisser le lecteur comprendre progressivement la nature du changement opéré dans le monde décrit, soit démarrer le récit dès que la divergence se produit, et dérouler le fil des événements qui en découlent. Cette deuxième méthode est sans doute la plus délicate, car il faut que le déroulement soit logique et crédible. Christophe Lambert l'a bien compris, qui nous donne à lire une évolution de l'histoire qui fait sens, et se sert habilement des manipulations médiatiques (le subterfuge américain pour rallier la classe internationale à sa cause ressemble fort à un autre tour de passe-passe, plus récent, orchestré par le même pays). On sent que l'auteur s'est énormément documenté, les notes de fin de l'ouvrage l'attestent, et a suffisamment digéré le tout pour présenter de manière sensée sa vision de la crise cubaine. L'autre écueil possible, lorsqu'on s'attaque à des personnages emblématiques comme Castro, Guevara ou Hemingway, c'est de ne pas en dresser des portraits fidèles. Encore une fois, Lambert s'en tire avec les honneurs, puisqu'il dépasse la simple utilisation de figures historiques éminemment connues en leur conférant une vraie profondeur, qu'il travaille sur la base des idéaux, mais aussi des faiblesses (la maladie pour Guevara, la vieillesse et la dépression pour Hemingway) des uns et des autres. Face à de tels monstres qui attirent l'attention, les personnages secondaires, Robert Stone, mais aussi le photographe Nestor Almendros, futur chef-opérateur de François Truffaut, ne sont pas réduits à de la figuration, mais ont aussi leurs propres aspirations et désirs.
     Le roman démarre par le subterfuge américain, mais cela ne s'arrête pas là : la manipulation est au centre de cette histoire, elle en constitue même le moteur principal. Il n'y a qu'à voir les relations qu'entretiennent Hemingway et Stone, dont on ne sait plus qui manipule qui au final. Et les manœuvres obscures cumuleront dans une mise en scène finale atroce mais tellement révélatrice de ce dont est capable un homme pour faire avancer sa cause...
     Aucun homme n'est une île est, de l'aveu même de son auteur, une tentative de faire «  son Vietnam aux Caraïbes ». Mission réussie, ce livre est une uchronie impeccable, cohérente de bout en bout, éminemment humaine, et rythmée comme il faut. Une très belle réussite à mettre au crédit de Christophe Lambert, décidément très à l'aise dans l'uchronie.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 27/4/2014
nooSFere


 

Edition J'AI LU, Nouveaux Millénaires (2014)


            « L’écrivain ne bandait plus.

            Pas plus pour les femmes que pour les livres ou la vie en général. » (p. 9)

            Cet écrivain c’est Ernest Hemingway, Prix Nobel de littérature, grand amoureux de Cuba, de la guerre, de la chasse, de la pêche et de la tauromachie. Alors qu’il s’apprête à se faire sauter la cervelle avec son fusil de chasse, Hemingway apprend que les Américains viennent de débarquer à Cuba et qu’ils ont repoussé dans la jungle Fidel Castro et le commandante Guevara. Alors naît en lui une idée, un moyen de partir sur un dernier grand coup d’éclat : rejoindre les barbudos dans l’Escambray et interviewer Castro, qu’il connaît, et Guevara, qui le fascine. Mis au courant des projets de l’écrivain, la CIA lui colle aux basques un « photographe », Hooper, qui aura pour mission d’éliminer les deux chefs de la revolución. Le long voyage au cœur des ténèbres, d’abord en voiture, puis en bateau, peut commencer.

            Avec Aucun homme est une île, Christophe Lambert tente d’une certaine façon de retrouver le succès commercial de La Brèche, qui doit être, encore aujourd’hui, son plus grand coup d’éclat en littérature adulte. Ici, le point de divergence de l’uchronie est l’annulation de l’opération de la (célèbre) Baie des cochons, et la mise au point d’un meilleur plan pour récupérer Cuba. Les débuts du roman sont époustouflants : le suicide avorté d’Hemingway, la rencontre à La Havane de l’écrivain et de l’agent de la CIA qui se fait passer pour son photographe, la partie d’échecs qui oppose Ernesto Guevara au cameraman Nestor. On est pris dans le récit, pris à la gorge, et on ne lâche pas. Puis vers la page 60 (sur 280) le roman entame son inexorable descente, rien de catastrophique, mais à l’exception du chapitre 22 (pp. 189 à 195 – qui n’est pas aussi réussi qu’il aurait pu l’être, en plus), on ne ressent plus cette puissance évocatrice, idéale, que Christophe Lambert avait su insuffler dans les premières pages, les premiers chapitres. Plus embêtant, le lecteur n’a de cesse d’être héliporté en pleine guerre du Viêt-Nam. Comment ne pas rapprocher la remontée du fleuve qu’entreprennent Hooper et Hemingway de celle d’Apocalypse Now, comment ne pas penser au Viêt-Nam quand interviennent les hélicoptères Huey ?

            Aucun homme est une île pâtit sans doute d’être raconté dans l’ordre chronologique : la partie d’échecs aurait fait un dernier chapitre parfait. La critique peut sembler sévère ; elle est surtout injuste. Christophe Lambert a depuis longtemps toutes les armes pour signer un chef-d’œuvre (attendu, donc) ; pendant soixante pages, on a vraiment cru le tenir entre les mains.

            Il n’y a rien de plus rageant qu’une belle allumeuse qui s’ennuie au lit.

Thomas DAY
Première parution : 1/7/2014
Bifrost 75
Mise en ligne le : 1/4/2020




 
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