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Un brin de belladone de Robert Bloch

Robert BLOCH

Textes réunis par Jacques CHAMBON



Illustration de Michel TARISSE

CASTERMAN , coll. Autres temps, autres mondes - Anthologies
Dépôt légal : avril 1983
242 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-203-22636-6
Format : 13,5 x 20,5 cm  
Genre : Imaginaire



    Quatrième de couverture    
     Un brin de belladone, c'est ce que l'on verrait volontiers à la boutonnière de Robert Bloch, ce maître aussi brillant que modeste dans l'art de distiller le délicieux poison de la peur. Un art que le lecteur de la présente collection a déjà pu apprécier avec la parution, en 1981, de La Boîte à maléfices de Robert Bloch, mais auquel un seul volume ne pouvait rendre pleinement justice. Car l'univers de l'auteur de Psychose ne se réduit pas à ce mélange d'humour et de noirceur, à cette distance un peu ironique vis-à-vis du sujet, à cette économie pouvant aller jusqu'à la sécheresse, à ces chutes à l'emporte-pièce qui ont fait sa réputation. On y découvre aussi une thématique, des obsessions, des personnages récurrents, des milieux privilégiés (notamment ceux du cinéma et du spectacle en général), et surtout une véritable passion pour les ressources du langage, pour les perspectives inattendues que les mots peuvent ouvrir à l'imagination. Bref, ce qu'il faut bien appeler une vision du monde. C'est pourquoi cette nouvelle anthologie qui parcourt près de quarante ans de la carrière de Bloch — autant dire sa presque totalité — n'a pas seulement pour but de compléter son aînée. Plus attentive aux constantes de l'oeuvre écumée qu'à sa variété, plus soucieuse de faire deviner l'homme que de faire admirer le professionnel, elle voudrait en constituer un approfondissement.
     Robert Bloch est né à Chicago en 1917. Il découvre avec enthousiasme la revue Weird Tales à 10 ans, entre en correspondance avec Lovecraft à 15 ans et, encouragé et guidé par ce dernier dans ses premiers essais littéraires, publie sa première nouvelle à 17 ans. Sans renoncer pourtant au conte de terreur, dont il s'est fait une spécialité, il se tourne au début des années quarante vers la science-fiction et le roman à suspense, affirmant de plus en plus son originalité, s'assurant même un début de notoriété avec Votre dévoué Jack l'Eventreur. Cette nouvelle lui ouvre les portes de la radio, pour laquelle il adaptera bon nombre de ses récits. Devenu scénariste pour la télévision, fort du succès de Psychose (le roman comme le film), il s'installe à Hollywood en 1960. C'est là qu'il vit depuis, écrivant surtout pour l'écran (le petit et le grand), mais poursuivant néanmoins son oeuvre de nouvelliste et de romancier.

    Sommaire    
1 - Jacques CHAMBON, Préface, pages 11 à 13, Préface
2 - Retour au sabbat (Return to the Sabbath), pages 15 à 32, trad. Jacques CHAMBON
3 - Enoch (Enoch), pages 33 à 49, trad. Paul ALPÉRINE
4 - Chapardage (Catnip), pages 50 à 65, trad. Jacques CHAMBON
5 - Le Tunnel des amoureux (The Tunnel of Love / Hell Is My Legacy), pages 66 à 76, trad. Jacques CHAMBON
6 - La Maison affamée (The Hungry House), pages 77 à 99, trad. Robert LOUIT
7 - Les Fabricants de rêves (The Dream Makers), pages 100 à 133, trad. Jacques CHAMBON
8 - Sweet sixteen (Spawn of the Dark One / Sweet Sixteen), pages 134 à 156, trad. Robert LOUIT
9 - L'Œil avide (The Hungry Eye), pages 157 à 180, trad. Bruno MARTIN
10 - Un fabuleux talent (Talent), pages 181 à 195, trad. Nicole BALFET
11 - Commis voyageur de la mort (Sales of a Deathman), pages 196 à 206, trad. René LATHIÈRE
12 - Le Labyrinthe éducatif (The Learning Maze), pages 207 à 222, trad. Jacques CHAMBON
13 - Un crime des plus singuliers (A Most Unusual Murder), pages 223 à 238, trad. Jacques CHAMBON

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Suspicion ( Saison 2 - Episode 27 : The Sign of Satan ) , 1964, Robert Douglas (d'après le texte : Retour au sabbat), (Episode Série TV)
 
    Critiques    
     On ne surprendra personne en affirmant que le moteur essentiel des histoires racontées par Bloch est la peur. Le moteur — et pas seulement le but... La peur fait partie de la manière de raconter de l'auteur, et détermine la composition de l'histoire, la manière d'être des personnages et leurs réactions, et bien sûr la chute des récits. Au fond, si Bloch nous intéresse tant, c'est peut-être parce qu'il n'a jamais l'air de se prendre au sérieux... écrit Chambon dans sa préface, argumentant son hypothèse par le fait que Bloch joue, prend une distance un peu Ironique vis-à-vis du sujet, tout simplement parce que, selon Bloch lui-même, s'il ne devait pas gagner sa vie en faisant peur aux gens, il n'écrirait que des romans du genre Le crépuscule des stars 1....
     Mais est-ce si simple ? La peur qui est à l'œuvre dans les textes de Bloch semble bien provenir de l'incommunicabilité, de l'incompréhension — source de tous les malentendus, qui vont comme on sait jusqu'au meurtre... et jusqu'aux guerres. Ne pas comprendre quelqu'un, c'est ne pas savoir ce qu'il y a dans sa tête. Le pitoyable et touchant héros simple d'esprit d'Enoch a très littéralement quelque chose dans sa tête, quelque chose que personne ne peut comprendre, pas même lui, et qui le pousse à tuer. Mais qu'est-ce qui, dans cette histoire, fait véritablement peur à Bloch (et à ses lecteurs) ? Le fait qu'un démon d'origine inconnue a pris possession d'un homme, ou le fait que celui-ci soit d'abord un diminué, un sauvageon qui vit à l'écart des hommes, donc un être différant ?
     La différence, voilà bien là où le bât blesse, dans les rapports entre humains. Et précisément, tous les meurtriers de Bloch sont des êtres en marge, des marginaux, des dingues, des psychopathes — le Norman Bates des deux versions de Psycho en étant l'exemple type. Son intérêt pour Jack l'éventreur, qui apparaît dans différentes de ses œuvres 2 peut aussi être significatif de cette attirance répulsion pour un être que l'on ne comprendra jamais... Bloch, que tous ceux qui l'ont approché décrivent comme quelqu'un de doux et de timide, est-il hanté à ce point par la différence ? Cela saute aux yeux dans une de ses rares approches directement sociologiques, en l'occurrence Sweet sixteen, un texte de 1958 mettant en scène le phénomène motards. La peur que ces « anges de l'enfer » provoque chez l'auteur (ils sont bel et bien les envoyés de Satan sur Terre) lui fait carrément perdre les pédales à l'occasion d'une nouvelle de la plus belle eau réactionnaire qui soit.
     Mais, comme tous les instinctifs qui se mettent soudain à théoriser, Bloch n'est pas à son aise quand il veut désigner trop explicitement ses peurs. Sweet sixteen, exagérément bavard, est le texte le plus faible du recueil, avec Le labyrinthe éducatif, où la hantise de l'enfermement, de la dépersonnalisation, mise en évidence par Chambon dans sa préface, ne lui fait accoucher que d'un aride exercice de style. C'est quand il ne se prend pas au sérieux, comme dans Le tunnel des amoureux (un crime dans un parc d'attraction), dans Un fabuleux : talent (des dangers du cinéma chez un enfant doué d'un singulier sens de l'osmose — encore un être différent !), ou dans Un crime des plus singuliers (où est évoqué une fois encore l'Eventreur) que Bloch est le meilleur. Et il est meilleur encore que le meilleur quand il peut en toute liberté se mouvoir dans le monde du cinéma, comme dans Les fabricants de rêves, qui annonce Le crépuscule des stars.
     Mais pourquoi le cinéma est-il si important pour Bloch, au point que le meilleur de son œuvre en est imprégné ? Parce qu'il l'a beaucoup côtoyé en tant que scénariste, et qu'il est ainsi au courant de toutes les ficelles ? Sans doute. Mais aussi parce que le cinéma vous permet de vivre par procuration, et d'anesthésier ses peurs réelles sous la peur factice qui provient de l'écran. Parce qu'on peut aussi s'y déguiser, y prendre mille apparences, être différent, ou frôler la différence sans danger pour sa peau.
     Une interprétation réductrice ? Je ne pense pas. L'essentiel chez Bloch, c'est que ça fonctionne — sans doute parce qu'il sait faire vibrer chez son lecteur la corde sensible 3. A ce titre, les douze nouvelles de 1946 à 1976 réunies par Chambon nous comblent — comme toutes les anthos Casterman. Et à ce sujet, il est peut-être temps de dire combien la disparition de la collection, qui va s'arrêter à la fin de l'année, après parution des deux derniers titres, va laisser un vide. Bien sûr elles ne se vendaient pas comme Tintin. Et on sait que les impératifs commerciaux sont une pratique éditoriale comme une autre. Mais n'y avait-il pas d'autres moyens de sauver la collection ? En la transformant en Poche et en rééditant tous les anciens titres ? Mais il paraîtrait qu'une collection de Poche n'est pas assez chic pour la Maison.
     Chaque antho Casterman était pour moi un cadeau. Beaucoup de lecteurs partageaient ce plaisir. Il est bien dommage que ce cadeau nous soit aujourd'hui enlevé...


Notes :

1. Chez PAC, dans la défunte collection « Red Label ». Il ne s'agit pas d'un polar, mais d'une évocation du déclin des stars et des réalisateurs du muet à l'arrivée du pariant.
2. Voir récemment L'éventreur, en « Engrenage-International » au Fleuve Noir.
3. Tellement sensible que le traducteur et correcteur d'épreuves Jacques Chambon, perdant les pédales, nous offre en prime le plus beau lapsus de toute l'histoire, de la littérature fantastique : p. 225, faisant l'inventaire des trésors d'un brocanteur, il y recense des monstres gousset. Chez Bloch, même l'heure fait peur.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/7/1983 dans Fiction 342
Mise en ligne le : 5/3/2006


 
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