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Le Mythe d'Er ou le dernier voyage d'Alexandre le Grand

Javier NEGRETE

Titre original : El mito de Er, 2002

Traduction de Christophe JOSSE
Illustration de Francesco FONTEBASSO

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (83)
Dépôt légal : juin 2003
192 pages, catégorie / prix : 1
ISBN : 2-84172-244-9   
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     «Tu deviendras un homme et ton seigneur un dieu », tel est l'oracle que son défunt père a transmis à Euctémon.
     Si le premier volet de la prédiction lui demeure obscur (n'est-il pas déjà un homme ?), le second lui paraît évident. Car Euctémon est le médecin personnel d'Alexandre le Grand, roi de Macédoine et conquérant de la moitié du monde. Alexandre qu'il a sauvé de la mort à Babylone, qui a conduit ses armées vers l'Occident, qui vient de s'em­parer de Rome et s'apprête à l'expédition la plus extraordi­naire qui soit : la découverte des régions hyperboréennes, la quête du temple du Destin mentionné par Platon à la fin de La République, où séjour­nent les Moires qui président aux destinées humaines.
     Après Le regard des Furies, revoici Javier Negrete, avec un roman étonnant où se mêlent l'histoire, l'aventure, le mythe, la fantasy... et plus encore.

    Prix obtenus    
Bob Morane, roman étranger, 2004
 
    Critiques    
     Dans cet univers uchronique, Alexandre le Grand n'est pas mort à Babylone en 353 avant Jésus Christ. Il a été sauvé par le médecin Euctémon, qui l'accompagne depuis lors. Il a poursuivi ses conquêtes vers l'Occident et même conquis Rome. Mais il projette d'aller plus loin, vers cette Hyperborée où Platon situe le Temple du Destin dans son récit du mythe d'Er à la fin de La République. Alexandre est certain qu'il ne s'agit pas seulement d'une légende, car il a déjà trouvé une preuve certaine de l'existence de l'Atlantide, l'autre grand mythe révélé par Platon.

     Fantasy historique et voyage extraordinaire, Le Mythe d'Er suscite évidemment la comparaison avec les récents ouvrages de son compatriote, Juan Miguel Aguilera : La Folie de Dieu et Rihla. La taille de l'ouvrage n'est pas la même et on ne retrouvera ni l'imagination foisonnante ni la verve exceptionnelle d'Aguilera. Mais bien que plus simple et beaucoup plus court, l'ouvrage de Negrete ne démérite pas, au contraire. Il se lit plus facilement, quasiment d'une traite, et le plaisir de lecture est évident, agrémenté de la dimension uchronique qui n'existe pas chez Aguilera — dont les romans relèvent plutôt de l'Histoire cachée.

     Le livre s'achève sur une révélation que l'on ne peut dévoiler mais que l'on appréciera de diverses façons selon sa sensibilité. Pour ma part, elle m'a semblé inutile et un peu facile : elle ne surprend pas vraiment, à la manière du coup de théâtre attendu dans le film hollywoodien.

     Ce dénouement superflu ne diminue cependant pas l'intérêt global du récit que l'on peut conseiller à tous les amateurs d'aventures fantastiques et d'uchronie.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 18/9/2003 nooSFere
Mise en ligne le : 18/9/2003


     Un an après son entrée fracassante sur la scène française (avec Le Regard des furies, disponible chez l'Atalante), Javier Negrete revient avec un roman de fantasy historique basé sur le postulat uchronique suivant : Alexandre a survécu à la tentative d'empoisonnement dont il fut victime à Babylone grâce aux soins d'Euctémon, qui deviendra par la suite son médecin personnel et plus fidèle ami. A l'heure où commence le roman, le monarque, de retour d'Orient, achève la conquête de Rome. Mais les sept collines ne représentent en vérité qu'un avant-poste sur la route de son ultime destination : l'Hyperborée (autrement dit, le Pôle nord). Selon Platon, dans la République, c'est à cet endroit que l'axe autour duquel gravite l'univers pénètre dans la Terre, et là également que se dresse le temple du Destin où demeurent les Moires (équivalent grec des Parques latines). Nous suivrons à travers toute l'Europe occidentale les aventures de l'armée alexandrine vues par les yeux d'Euctémon, à qui une prophétie a révélé qu' « il deviendrait un homme et son seigneur un dieu ».

     En faisant d'un médecin son personnage principal, Javier Negrete propose une lecture nouvelle et résolument humaniste de la grande épopée. Il est moins ici question de formidables batailles rangées façon Gemmell (encore que certaines sont décrites avec force détails, les amateurs de phalanges, hoplites et autres sarisses ne seront pas déçus), de conquêtes et de luttes politiques que de l'accomplissement des hommes face à leur destin. L'auteur s'attache aux individus, à leurs qualités, à leurs faiblesses, à leurs vertus, à leurs doutes bien plus qu'aux mouvements de troupe. La progression de l'armée vers le lieu mythique où la naissance, la vie et la mort sont confondues, devient une espèce de fatum dans lequel prend forme une grande histoire d'amitié, de loyauté et de trahison. L'Espagnol transpose ainsi la grande aventure épique dans le genre tragique qui lui est si cher.

     Car Javier Negrete est professeur de lettres classiques et ne manque pas de nous le rappeler à toutes les pages. Si sa connaissance parfaite de l'antiquité apporte à son univers une grande crédibilité, on tombe assez rapidement dans l'étalage de culture un peu gratuit, sensation que renforce la présence d'un lexique. Ceci nous laisse d'autant plus perplexe que le roman est très bref. Pourquoi développer un décor et des personnages aussi travaillés pour un roman que le lecteur bouclera en deux heures ?

     En conclusion, on peut dire que Le Mythe d'Er est un roman intéressant avec lequel on passera un agréable moment. Le tour de force que représente un regard neuf sur un sujet utra-balisé confirme le talent du romancier ibère. Malgré cela, son inexplicable brièveté (contrainte éditoriale ?) en fait une œuvre mineure qu'on risque d'oublier assez vite.

Thibaud ELIROFF
Première parution : 1/10/2003 dans Bifrost 32
Mise en ligne le : 10/1/2005


     Poursuivant courageusement leur politique d'ouverture européenne, pour le plus grand plaisir des lecteurs curieux d'horizons inhabituels et de sources culturelles variées, les éditions de l'Atalante, après Le Regard des Furies l'an dernier, nous proposent, avec Le Mythe d'Er, un second roman de Javier Negrete, madrilène installé en Estrémadure et membre éminent de la moderne armada espagnole de la science-fiction.

     Cette fois, plus rien à voir avec le space opera. Professeur de lettres classiques, Negrete convoque ses vastes connaissances de l'Antiquité pour marier allègrement histoire, mythologie, philosophie, fantasy et SF. Ce faisant, il entraîne son lecteur dans une étrange uchronie, située comme le sous-titre l'indique à l'époque d'Alexandre le Grand. Dans cet univers (à la différence du nôtre), le conquérant macédonien a survécu, grâce à son médecin Euctémon, à la fièvre contractée à Babylone en 323 avant J.-C. Lecteur de La République, il se lance dans une ultime expédition, cette fois en direction du Nord, à la rencontre du mythe d'Er, relaté par Platon à la fin de son œuvre ; le récit de ce « dernier voyage » constitue la trame du livre.

     Le fait que l'action soit située en immédiat aval du point de divergence entre l'Histoire et l'« Histoire-fiction », pour reprendre l'expression de l'auteur, donne au Mythe d'Er le caractère d'un roman historique pur jus (ou presque), l'uchronie ne servant ici que de prétexte à l'intrigue. Ce livre n'offre donc pas les réflexions sur la causalité généralement caractéristiques des textes uchroniques. Comme l'auteur le souligne lui-même dans sa postface, il s'efforce « d'être fidèle au monde gréco-macédonien de la fin du IVe siècle » et, par ailleurs, ce qui se trouve « au-delà des Alpes correspond plus ou moins à [ce à quoi les expéditionnaires] auraient pu s'attendre à une époque où tout le Nord de l'Europe était terra incognita pour les Grecs » : Negrete a de belles lettres, et le monde qu'il imagine autour d'Alexandre et ses compagnons (en particulier Euctémon, le protagoniste fictif du récit), bien documenté, est crédible. On signalera toutefois une petite incursion dans la fantasy, lorsque la troupe en route vers l'Hyperborée croise une peuplade de satyres, et une conclusion qui, pour être inattendue, n'en est pas moins nettement science-fictive, presque cyber-punk.

     Il est probable que seuls les amateurs de romans historiques et/ou les férus de la Grèce antique accrocheront véritablement au Mythe d'Er. L'argument SF est sans doute trop ténu pour permettre à ce roman de s'inscrire véritablement dans le genre. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là d'une lecture agréable, qui ravive généreusement de bons vieux souvenirs d'école (le petit glossaire en fin de volume est tout de même très utile) et repose, l'air de rien, quelques questions essentielles. Comme de surcroît le roman est court et enlevé, pourquoi s'en priver ? Même s'il s'agit à l'évidence d'un texte mineur, il est encore permis, à l'occasion, de jouer quelques accords délicieusement nostalgiques sur les cordes de notre mémoire à long terme ; et une petite détente intelligente de temps en temps ne peut pas nuire.

Bruno DELLA CHIESA
Première parution : 1/9/2003 dans Galaxies 30
Mise en ligne le : 25/11/2008


     Si Alexandre le Grand...

     « Uchronie ». Ce néologisme du XIXe siècle, fondé sur « utopie » et « chronos » désigne une catégorie de récits, traditionnellement classés dans la science-fiction, qui décrivent une Histoire différente de celle que l'on lit dans nos manuels scolaires. A n'en point douter, le roman de l'espagnol Javier Negrete intitulé Le mythe d'Er ou le dernier voyage d'Alexandre le Grand vient enrichir le corpus de ces utopies historiques.

     Le personnage principal en est Euctémon, médecin d'Alexandre le Grand, auquel un oracle à prédit : « Tu deviendras un homme et ton seigneur un dieu ». Bizarre : Euctémon n'est-il pas déjà un homme ?

     Alexandre le Grand s'est mis en marche vers le Nord à la tête de son armée. Il désire se rendre en Hyperborée, là où s'enfonce l'axe du monde et où se trouve le Temple du Destin, selon la cosmogonie grecque. Félicitons Javier Negrete, par ailleurs professeur de grec ancien, de savoir parfaitement rendre l'ambiance d'une époque depuis longtemps disparue dans les replis du temps. Tactique guerrière de la phalange macédonienne (l'armée d'Alexandre), sensualité et exotisme (à la manière du Salammbô de Flaubert), puissance philosophique des dialogues, rencontre avec des personnages mythologiques, tels sont les atouts de ce somptueux récit qui entraîne le lecteur à sa suite, comme un membre externe de la suite d'Alexandre.

     Jusqu'à la révélation finale, inattendue, surprenante et décisive.

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/9/2003 24 heures
Mise en ligne le : 3/1/2009


 
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