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Les Larmes du Démon

Nicolas CLUZEAU


Cycle : Le Dit de Cythèle  vol.


Illustration de Luis ROYO

NESTIVEQNEN , coll. Fractales / Fantasy n° (21)
Dépôt légal : juillet 2003
416 pages, catégorie / prix : 21,90 €
ISBN : 2-910899-76-4   
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Cythèle, amère et déçue après avoir accompli la vengeance de Plutonis, décide de retrouver les trois âmes perdues de sa famille. Cependant, celles-ci sont éparpillées dans tout le Multivers, et seules les paroles énigmatiques d'une prophétie ancienne sont censées lui indiquer la voie. Tout pointe à nouveau vers Corollis, à présent libéré de sa malédiction.
     Cette fois, néanmoins, ce n'est qu'une étape vers le monde terrifiant et fascinant d'un Prince-Démon, Desrad. Une dimension où, pour accomplir sa première quête — et simplement survivre — , Cythèle devra bon gré mal gré s'associer avec de bien singulières et exotiques créatures. Ensemble, ils découvriront le secret trimillénaire qui se dissimule derrière les Larmes du Démon.

     Vivant aujourd'hui entre Paris et Istanbul, Nicolas Cluzeau a toujours été un grand voyageur, ce qui se reflète dans tous ses écrits et romans, où mondes colorés et personnages truculents succèdent les uns aux autres. Aimant J.R.R. Tolkien et Jack Vance, il se dit volontiers influencé par leurs mondes dynamiques et leurs magnifiques proses.
     Les Larmes du Démon est le deuxième tome d'une série située dans un Multivers ambitieux où merveille et cruauté se côtoient allègrement.
 
    Critiques    
     [critique conjointe des Larmes du Démon et de La Citadelle du Titan]


     Suite aux événements contés dans La Ronde des vies éternelles, la Hiérarche Cythèle part à la recherche des âmes dispersées de sa famille. Elle commence par celle de Thadélis Argélys, son mari dans une vie antérieure, enfermée dans une des larmes de sang versées par le prince Desrad : Les Larmes du Démon.

     Il n'est ni facile ni utile de résumer davantage cet ouvrage dense à la construction complexe. Si Cluzeau reprend le schéma classique d'une quête, ce n'est pas pour nous offrir un récit linéaire paresseusement émaillé de péripéties sans imagination mais pour réunir une impressionnante foule d'anecdotes, de hauts-faits, de héros et de monstres, pour façonner une Histoire aussi fourmillante, tortueuse et partielle que l'Histoire véritable, bref pour asseoir la construction de son épatant Multivers.
     Le parcours de Cythèle alterne ainsi avec les Confessions de Thadélis Argélys et avec d'autres récits enchâssées indépendants mais complémentaires. Ici nous apprenons comment les créatures nommées « Naturae Mesquinus » — Tranchepierres, Videsèves et Cassetroncs — ont été conçues par un nécromant fou ; là nous assistons à l'extraordinaire bataille de Dammarius Havrial, l'une des Grandes Tragédies de la Magie ; ailleurs nous suivons une nouvelle enquête des magiciennes-détectives Harmelinde et Deirdre, les héroïnes du recueil éponyme ; autre part nous déplorons la mort de l'Archimage Triliock, parti dérober un objet magique avec son dragon Jetrothramberylstiyidimistir ; plus surprenant encore, nous voyons soudainement surgir d'une autre dimension des navires de guerre et des blindés, des engins apparemment modernes mais qui tirent leur énergie d'un minerai, le terraverre, mélangé à la substance d'élémentaires de feu...
     Il s'agit donc d'un véritable roman-mosaïque, d'un puzzle narratif foisonnant qui exige du lecteur une attention constante, car les protagonistes, lieux et temps changent d'un chapitre à l'autre. Comme le souligne Cluzeau : «  Même s'ils semblent plus particulièrement sortis des méandres compliqués d'un auteur qui aime perdre son lecteur, ces passages sont révélateurs, par un bien étrange paradoxe qu'ici nous appelons “La Semence des Indices Choisis”, de la cohésion du Multivers. » En effet, si ce Multivers autorise, comme celui de Moorcock, la coexistence d'univers a priori incompatibles et de panthéons contradictoires, sa cohésion est soulignée par un subtil jeu d'influences qui permet de trouver les causes d'une situation donnée dans des événements vieux de plusieurs millénaires ou situés dans d'autres plans de la réalité — un jeu sous-tendu par une réflexion sur la politique et le pouvoir, hors de tout manichéisme, hors de toute dichotomie réductrice entre bien et mal.

     Par comparaison, La Citadelle du Titan est beaucoup plus simple : seuls quelques Rêves y ponctuent les étapes d'une quête moins éclatée qui se déroule cette fois dans les glaces du Nord, parmi les figures des mythologies nordiques comme Loki, et qui permet de découvrir l'histoire millénaire des Sorciers d'Argile.
     Il est d'ailleurs remarquable de noter à quel point l'unité de chacun des trois romans qui composent le Dit de Cythèle est grande, aussi bien sur le fond que sur la forme ou la tonalité : chacun pourrait quasiment être lu indépendamment, tout en demeurant étroitement lié aux autres ouvrages de Cluzeau situés dans le même Multivers. Leur richesse et leur diversité ont l'avantage d'éviter la monotonie et de rendre la lecture stimulante, même si, pour s'y retrouver, le lecteur apprécierait parfois de pouvoir consulter une chronologie ou une encyclopédie « multiverselle », au lieu des trop nombreuses notes de bas de page, pas toujours très utiles et qui rompent le rythme de lecture.

     Au fil des romans et des recueils, l'ambition et l'originalité de l'œuvre de Nicolas Cluzeau se sont confirmées : à l'attrait de son pittoresque Multivers, soumis aux lois précises de la magie « ondiligne », s'ajoute le charme d'une écriture tonique qui sait se faire tour à tour truculente, onirique, épique ou horrifique... Désormais, il peut rivaliser avec les plus grands créateurs d'univers d'heroic, de high mais aussi de science fantasy.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/6/2004 nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition BLACK BOOK, A dé couvert (2011)


     Après avoir vaincu son fils devenu tyran, Cythèle, prêtresse de Plutonis, part en quête des âmes du reste de sa famille, éparpillées à travers le multivers, à commencer par celle de son époux. Avec ce voyage, véritable retour aux sources vers l'ancienne cité maudite de Corrollis, celle qui a tout perdu espère combattre la fatalité et annuler la malédiction familiale.

     Comme dans le premier tome de la série, le départ des Larmes du démon s'apparente à de la fantasy classique : un monde alternatif, une héroïne, une quête, et sept cents pages de texte. Cependant dans le précédent volume, Nicolas Cluzeau faisait montre d'originalité en faisant glisser son récit vers une « fantasy horrifique ». Or il ne continue pas sur sa lancée dans ce deuxième ouvrage. Ici, point d'atmosphère noire et ténébreuse, propre aux revirements de situation et aux catastrophes.

     À travers la quête de Cythèle, l'auteur développe deux nouveaux plans de son univers : celui des Kzenrans tout d'abord, peuple guerrier félin redouté dans tout le multivers pour leur agressivité et leur technologie, puis celui des démons. Loin de l'image des neufs cercles de l'enfer de Dante, on découvre plutôt une société relativement proche de la nôtre, à savoir régie par des lois strictes (physiques et « humaines ») et un régime politique que tout individu fusse-t-il prince-démon doit respecter, même envers un pitoyable démon inférieur. On remarque là le goût de l'auteur pour une véritable science-fantasy : dans le premier de ces mondes se trouve des guerriers possédant armes « à feu », tanks, et systèmes de communications ; dans l'autre des êtres maitrisant magie destructrice, contrôle des âmes, résurrection, etc. Bref, Nicolas Cluzeau mêle allégrement magie et technologie dans un tout qui reste cohérent.

     Ainsi, il développe avant tout ici son univers. Son côté scénariste de jeu de rôle s'affirme et on ressent la pâte du joueur pointilleux qui aime autant la résolution des péripéties que la découverte des moindres détails du monde où elles se déroulent. Il a bien pensé ce fameux multivers et le dévoile de manière approfondie, par des descriptions, des récits historiques, des anecdotes, etc., au point que l'avancement de l'intrigue proprement dite (la « quête principale ») ne doit pas occuper plus de la moitié du livre. Au point même que « l'héroïne » n'apparaisse pas très souvent.

     Alors si on peut regretter l'ambiance moins personnelle et plus familière de high fantasy, on salue la maîtrise certaine dont fait preuve Nicolas Cluzeau pour créer son monde. Cette perte d'originalité par comparaison au premier volume pourra décevoir, mais la lecture et le voyage demeureront agréables pour les lecteurs qui apprécient d'explorer un univers riche et cohérent, quand l'auteur fait tout pour satisfaire leur curiosité.

Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 26/6/2011
nooSFere




 

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