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Un monde magique

Jack VANCE

Titre original : The Dying Earth / Mazirian the Magician, 1950

Cycle : La Terre mourante  vol. 1 


Illustration de Arnaud CREMET

J'AI LU (Paris, France), coll. Fantasy (2000 - 2007) n° 836
Dépôt légal : avril 2003
192 pages, catégorie / prix : E
ISBN : 2-290-33282-8   
Genre : Fantasy


Autres éditions
   J'AI LU, 1978, 1984, 1989, 1992
   in La Terre Mourante, l'intégrale - I, PYGMALION, 2010

    Quatrième de couverture    
     La Terre n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut. Eclairée par un soleil mourant, ses habitants ont oublié la science des anciens temps. Désormais, magie et sorcellerie sont leurs seules armes face aux démons. Pour survivre dans ce monde impitoyable, des héros de tous horizons vont chacun entamer une quête désespérée : Turjan de Mir, le magicien qui veut créer la vie à partir de ses cuves de synthèse ; Liane le ménestrel, toujours en quête d'un nouvel amour ; Ulan Dhor, à la poursuite de tablettes magiques au cœur d'une ville déchirée par la guerre civile ; ou encore Guyal de Sfere, jeune homme curieux de tout cherchant le détenteur de tous les savoirs.

     Jack Vance est né en 1916. Après des études d'ingénieur, il se lance dans le journalisme avant de servir dans la Marine pendant la Seconde Guerre mondiale. De ses voyages, il a gardé un goût de l'exotisme et une verve de conteur qui se manifestent dans toute son oeuvre, à commencer par son extraordinaire cycle de Tschaï.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantasy (liste parue en 2002)  pour la série : La Terre mourante

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) (1978)


 
[ critique de 2 romans de Jack Vance : « Un monde magique » Ed J'ai Lu et de « Emphyrio » Ed Opta.
note nooSFere]

     REVERIE ESTHETIQUE ET FABLE POLITIQUE

     Heureux hasard que la parution presque simultanée de ces deux livres. D'abord parce qu'ils sont à ranger dans ce que Vance a produit de plus achevé au cours de sa longue carrière. Ensuite parce qu'ils encadrent pratiquement son œuvre (le premier date de 1950, le second de 1969), permettant au lecteur de saisir à la fois dans sa cohérence et son évolution un des univers imaginaires parmi les plus fascinants que nous ait donnés la SF.
     Un monde magique appartient à ce sous-genre de la SF qu'est l'« heroic-fantasy »,  une salade qui donne souvent lieu au pire, rarement au meilleur -sauf avec des gens comme Vance, Leiber ou Moorcock, auteurs des quelques exceptions qui confirment la règle. Ce livre, le premier que Vance ait publié, est une de ces exceptions.
     Très élaboré dans sa construction, il se présente sous la forme d'un cycle de nouvelles qui sont bien loin de s'articuler selon le principe de la successivité. Comme dans un puzzle, elles s'interpénètrent, se font écho par l'atmosphère, le décor, l'intrigue ; tel personnage qui joue un rôle épisodique dans un récit devient le héros d'un autre et réciproquement ; tel fil vient s'entrecroiser avec tel autre pour tisser une chatoyante broderie, pour créer un climat. Car c'est surtout ce qui compte ici : l'ambiance poignante d'un monde en train de mourir. Et l'on regrettera une fois de plus que le titre original, The Dying Earth, n'ait pas été respecté dans la version française. Ce monde n'est magique qu'accessoirement ; situé dans un futur prodigieusement lointain, il est avant tout moribond. Tout y est placé sous le signe de l'épuisement : l'homme et les animaux se sont diversifiés en une multitude d'espèces étranges, et toute cette vie à bout d'inventions « suppure, riche comme un fruit pourri » ; la science a atteint de tels raffinements qu'elle se confond avec la magie des premiers âges ; la lune a disparu ; tout baigne dans le pâle éclat d'un soleil rougeâtre « pareil à un vieillard qui se traîne vers son lit de mort ». Ce décor aux couleurs automnales, Vance devait le reprendre plus tard dans le cycle de Cugel l'Astucieux (J'ai Lu), mais sans arriver à se surpasser dans l'art d'évoquer la grandiose décadence des empires trop opulents. « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » La célèbre phrase de Valéry a trouvé ici une de ses illustrations les plus envoûtantes. S'y plonger au milieu des ruines de quelque ancienne cité orientale.
     Emphyrio est aussi le récit de la mort d'une civilisation. Une civilisation future de type féodal campée avec tout le luxe de détails propre à la rendre crédible en dépit de son étrangeté — un art difficile où Vance est passé maître. Mais le point de vue est différent. Alors qu'Un monde magique se présente comme une rêverie esthétique, Emphyrio est une fable politique. La mort d'un monde n'y est pas l'occasion d'un spectacle émouvant, mais une étape vers un monde plus juste. De quoi faire réfléchir ceux qui croiraient encore que Vance est un auteur réactionnaire...
     Cette dynamique se traduit par un discours romanesque qui emprunte la forme de l'épopée avec ses 24 chapitres (les 24 chants de la tradition) consacrés, selon un schéma cher au genre, aux enfances, aux exploits et à l'apothéose de Ghyl Tarvoke, libérateur de la cité d'Ambroy. Choix particulièrement heureux dans la mesure où c'est précisément une légende épique, celle d'un certain Emphyrio, qui amènera Ghyl Tarvoke à s'interroger sur le bien-fondé de la réalité sociopolitique où il vit, à rêver d'un changement radical et à accéder aux vérités qui le rendent possible. Mais plus qu'une de ces « mises en abyme » dont le livre est farci, Vance jouant en virtuose de toute une série d'effets de miroir, il y a là un véritable code de lecture. Il faut lire ce texte comme Ghyl Tarvoke lit le mythe d'Emphyrio, c'est-à-dire en tant que mythe. Mythe du passage, aussi bien individuel que collectif, de l'enfance à l'âge adulte. Mythe de l'accession à la lucidité (ainsi ces marionnettes vivantes qui miment le destin d'Emphyrio sous les yeux fascinés du jeune Ghyl renvoient de toute évidence au mythe de la caverne). Mythe de l'imposture sur laquelle repose tout pouvoir. Et surtout, mythe de la puissance même du mythe comme facteur de progrès.
     C'est dire que nous sommes très loin de la SF politique rase-bitume par laquelle certains de nos petits maîtres croient pouvoir réinventer à la fois la SF et le monde. Dans cette superbe machine polysémique, Vance suggère qu'une grande fiction poétique aura toujours plus de chance d'éveiller à la conscience et à l'action révolutionnaires que le disque passablement morne des « nous-sommes-tous-pollués-coincés-fliqués ». A lire en face d'un coucher de soleil mauve et or pour se remettre des dernières élections et ne pas désespérer des prochaines.

Jacques CHAMBON
Première parution : 1/11/1978
dans Fiction 295
Mise en ligne le : 18/4/2010


 Critique de la série par Pierre-Paul DURASTANTI


 
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