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Le Troisième millénaire - Une histoire du monde, de l'an 2000 à l'an 3000

David LANGFORD & Brian STABLEFORD

Titre original : The Third Millennium: A History of the World AD 2000-3000, 1985
Première parution : Sidgwick & Jackson, juillet 1985
Traduction de Dominique DEFERT

AUBIER
Dépôt légal : 1986
Première édition
Essai, 224 pages
ISBN : 2-7007-2628-6


Critiques
     Voilà un assez luxueux album, britannique d'origine, et sorti en France « pour les fêtes », qui se propose de tracer une histoire chronologique de l'an 2000 à l'an 3000... Un territoire que naturellement la SF ne cesse de baliser, en gros ou en détail, et que périodiquement des ouvrages moins romanesques et plus tournés vers la futurologie, abordent avec plus ou moins de bonheur et plus ou moins de sérieux (les deux choses n'étant pas forcément liées) : Clarke y a souscrit un des premiers avec son Profiles of the Future, Herman Khan y est revenu souvent, Adrian Berry n'a pas hésité à longer Les 10.000 prochaines années (Laffont), et on peut citer encore le joli album En direct du futur paru chez Casterman dans la défunte série « Les chemins du savoir »...
     Bref les antériorités et les références ne manquent pas. Qu'apporte alors ce Troisième millénaire ? Rien, ou en tout cas pas grand chose de neuf, Curieusement, cet ouvrage, daté de 1985 rend un son plutôt désuet, comme si les auteurs avaient péché par timidité, ou peut-être, voulant s'adresser à ce fameux « grand public » qu'on ne parvient jamais à cerner (il est trop nombreux), s'étaient astreints à une féroce auto-censure. L'histoire de mille ans de la Terre ainsi proposée parait curieusement morne, sans hiatus, et d'une très grande, trop grande linéarité. Certes on y compte quelques catastrophes (la submersion du Japon — qui est la cause, ce qui est plus intéressant, d'une nouvelle diaspora, nippone cette fois — ou la destruction nucléaire de Buenos-Aires), mais elles ne sont présentées que comme des incidents sans trop de gravité. Quant à l'effet de serre causée par la pollution grandissante, il s'inverse par miracle à la fin du XXIe siècle, avec la généralisation de la fusion.
     Une même timidité renvoie le sexe aux calendes (il n'est abordé elliptiquement que vers le XXVIIIe siècle, et un ouvrage au titre référenciel et transparent tel que La famille dénaturée est daté du XXVe : Silverberg, dans Les monades urbaines, avait quand même été plus pointu !), et la politique des blocs, de même que la rivalité nord-sud, sont vite évacués grâce à une bien improbable montée en puissance de l'ONU. Mais que deviennent les conflits moyens-orientaux, le problème de l'Afrique du Sud ? On n'en sait trop rien, ou si peu... Le credo des auteurs, c'est que les hommes deviennent vite raisonnables (... changer ou disparaître, sans doute), et qu'ils le peuvent grâce à la science, enfin mère d'une technologie à la fois triomphante, sans frein, et bien entendu sans péril. Le troisième millénaire, en fait, n'est que l'illustration d'une confiance sans limite dans les possibilités d'une science qui n'en a guère (les écologistes, toujours nommés les « Verts » après des siècles, sont d'ailleurs le plus souvent représentés comme des irresponsables gaffeurs ou folkloriques par les auteurs). Corollaire de cette idéologie techno-scientistes, les paragraphes les plus intéressants sont consacrés aux transformations génétiques et à la conquête de l'espace... qui laissent même place, parfois, à l'humour : témoin le chameau à trois bosses de la p. 134, ou la démolition du fameux « ascenseur spatial » cher à Arthur Clarke.
     Mais on ne pouvait s'attendre à une véritable pensée futurologique de la part d'un auteur d'aventures spatiales comme Brian Stableford, ou d'un écrivain de hard science comme Langford. Pareille déception en ce qui concerne l'iconographie. Alors que la Grande-Bretagne regorge d'illustrateurs de talent, l'album n'est que pauvrement et trop rarement éclairci par des photos ou des dessins contemporains, qui n'ont qu'un lointain rapport avec les sujets prétendument illustrés. Seules quelques photomontages de Michael Freeman (la « maison organique » de Gantz, p. 7) apportent un brin de beauté et de fantaisie à une somme de platitudes. Pour parler du futur, rien ne vaut la SF : les deux auteurs, qui pourtant sont du sérail, auraient dû y penser.
     Reste qu'un tel ouvrage, pour des auteurs de SF précisément, contient forcément des pistes à suivre et à prolonger, des idées à développer. Pour cela, il n'est pas inutile.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire) (site web)
Première parution : 1/5/1987 dans Fiction 386
Mise en ligne le : 28/1/2003

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