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L'Origine du monde

Serge REZVANI




ACTES SUD (Arles, France), coll. Domaine français
Dépôt légal : août 2000
Première édition
Roman, 406 pages, catégorie / prix : 139 FF/21,79 €
ISBN : 2-7427-2878-3   



    Quatrième de couverture    
     L'origine de l'incendie criminel qui va ravager en 2020 le Grand Musée tient d'abord à la folie de Bergamme, nain cleptomane et iconoclaste, atteint de la pire des « pathologies nauséeuses ». Pour sauver ce qui, selon lui, dans l'Art serait unique, cet étrange personnage prétend dérober, retoucher, inachever les plus célèbres tableaux — à commencer par L'Origine du monde devant lequel il vient si souvent faire scandale au Grand Musée...
     Mais la responsabilité de la tragédie incombe également à Gerbraun, conservateur en chef, apôtre de la duplication en série des chefs-d'œuvre. Séduit, amusé, puis fasciné par les baroques provocations du nain, c'est lui qui ouvre à Bergamme — dans quel secret dessein ? — les coulisses du prestigieux établissement.
     En haut, veille l'inénarrable commissaire Quevedo, chargé de la sécurité — un « déveinard » de la pire sorte, flanqué d'un chien doué de parole : M. Bull.
     Au laboratoire s'activent la pulpeuse Roberte, restauratrice en chef, et l'hygrométreur Alf, qui élève (secrètement) des rats-taupes glabres originaires du Kenya, et voue à L'Origine du monde un culte fétichiste.
     Dans les combles s'entasse depuis des siècles un véritable millefeuille de toiles abandonnées. Là, forant l'épaisseur des chefs-d'œuvre pourrissants, le personnel de l'établissement a creusé des niches où les uns et les autres s'adonnent à tous les plaisirs du commerce amoureux.
     Est-ce la présence obsédante de L'Origine du monde ? Une dangereuse ébriété sexuelle semble avoir envahi le Grand Musée — à quoi s'ajoute désormais la menace que constitue, dans ce temple de la conservation, l'inquiétante folie de Bergamme, qui confessera ses crimes au narrateur...
     En peintre et en romancier — en créateur indiscipliné — , Rezvani passe au crible d'une imagination provocante les aspirations les plus élevées et les ridicules les plus achevés de nos pratiques muséeuses. Avec une inimitable manière de dire gaiement les choses les plus graves, il poursuit ici une « poétique du désastre » entamée avec La Traversée des monts Noirs (Stock, 1992) puis La Cité Potemkine (Actes Sud, 1998), et fait de l'amour de l'Art — après celui de la Science — une des passions les plus ambiguës et les plus dangereuses du monde.

     Auteur de pièces de théâtre, de romans, d'essais, de poésie, Rezvani vit en Provence et à Venise.
 
    Critiques    
     Parle-t-on du futur, on ne parle que du présent, et de soi, en se libérant de la réalité. Le 2020 de Rezvani lui permet de brûler le Louvre, et d'évoquer une machine à détruire les tableaux pour en faire à volonté des doubles indiscernables. Comme il ne veut pas faire œuvre d'anticipation, son après-demain n'est pas plus détaillé. Et il le truffe de coupures de presse pouvant remonter à ces derniers mois, ou d'histoires adventices que l'on a déjà vu traîner. L'amateur de SF trouvera pourtant la brève évocation d'un avenir lointain, où l'homme aurait muté sur le modèle des rats-taupes du Kenya, seuls mammifères dont les rôles sociaux et sexuels soient fixés sur le modèle de la ruche, et une page à base de clones, d'unicité et d'eugénisme.
     Ce n'est après tout pas si mal. Et on s'attache au récit d'un nain fou de peinture, à des personnages invraisemblables et quotidiens (même si le chien parlant n'est tel qu'en quatrième de couverture), à des folies croisées, voire aux redites. On oublie le début, on le retrouve au terme du flash-back, après s'être emmêlé dans les tableaux volés et en partie repeints, dans la toile éponyme et d'autres, dans les rancunes du personnel d'un Louvre abritant des toiles d'Orsay, dans ses stocks maltraités, dans la critique teigneuse de l'art contemporain. On en oublie de s'irriter de l'abus de la caricature et de l'étalage de mépris, pour le public par exemple, réputé ne rien voir des œuvres. Le vitriol au kilo offre au lecteur la plaisante illusion d'être d'essence supérieure, sauf s'il s'aperçoit qu'il ne peut pas être épargné, et que Rezvani doit se sentir seul, muré dans son supposé génie.
     Reste que la SF se glisse en bien des lieux du mainstream, et le fait avec bonheur quand le décalage vers l'avenir apporte le souffle nécessaire pour passer d'un pamphlet réactionnaire sur l'art (décadent ?) à un vrai roman, se lisant avec plaisir.


Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/6/2001 dans Galaxies 21
Mise en ligne le : 6/9/2002


     « A faire un art de l'inconséquence, cette civilisation aura tout naturellement dû nous convaincre de l'inconséquence de l'art. Avec cette conséquence terrifiante que la première victime de cette négation du temps est le corps » (Annie Le Brun, Qui Vive, Ramsay-Pauvert 1991)...
     Me voilà bien avancé... Un roman qui ne figure dans aucune collection de SF et que je n'ai pas vu dans les librairies spécialisées, de plus Rezvani auteur-compositeur (voir au moins Jeanne Moreau) et auteur de théâtre ne s'est jamais illustré dans le genre... Et une citation d'une dame qui fait dans l'analyse et la critique littéraire. Pourquoi en parler alors ? A cause de la première phrase de présentation en quatrième de couverture : « L'origine de l'incendie criminel qui va ravager en 2020 le Grand Musée tient d'abord à la folie de Bergamme, nain cleptomane et iconoclaste, atteint de la pire des pathologies muséeuses ». Le lecteur aura de lui-même établi la relation avec la citation et compris que le titre du roman fait référence au célèbre tableau éponyme de G. Courbet...
     Le roman se présente sous la forme d'une succession de récits plus ou moins longs faits à un journaliste ( ?) par le nain Bergamme dans sa prison. Ils sont postérieurs à l'incendie et tentent de l'expliquer.
     Mis à part la date, quelque passage concernant un laboratoire particulier installé dans le musée et voué à des expériences précises sur des animaux et le fait qu'il soit question d'une machine capable de reproduire à l'infini n'importe quel tableau en détruisant l'original... il n'est guère question de SF. Le monde présenté est celui d'un musée qui ressemblerait à Baubourg et les informations concernant l'extérieur sont rapportées ou lues — en général dans des journaux allemands.
     Quel intérêt peut donc y trouver le lecteur de SF ? Aucun ! En revanche le lecteur curieux de son monde, lui, y trouvera une réflexion sur l'art qui me semble partiellement résumée par la citation ci-dessus et sur le comportement individuel induit par la fréquentation des musées... Réflexions du genre de celles qui bousculent les idées reçues.
     Si j'osais une comparaison audacieuse, je proposerais au lecteur de SF de se souvenir de Jacques Sternberg (ça doit encore se trouver, chez les bons libraires à moins que ce ne soit complètement épuisé). A défaut d'écriture identique il pourrait retrouver le même esprit caustique chez Rezvani le Provençal et Sternberg le Belge.

Noé GAILLARD
Première parution : 21/11/2002 nooSFere


 
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