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La Parabole des talents

Octavia E. BUTLER

Titre original : Parable of the Talents, 1998

Cycle : La Parabole du semeur  vol. 2

Traduction de Iawa TATE
Illustration de RAMPAZZO

AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France) n° (10)
Dépôt légal : octobre 2001
588 pages, catégorie / prix : 14,5 €
ISBN : 2-84626-019-2   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Californie, 2032. Dans un pays au comble du chaos, les milices font régner leur loi, les usines ont recours au travail forcé, l'Amérique renoue avec l'esclavage, la ségrégation raciale, et sombre dans l'intégrisme religieux... Asha, créatrice de jeux virtuels, arrachée enfant à sa communauté, découvre Semence de la Terre, le journal où Lauren, sa mère, raconte son oeuvre de résistance humaniste et pacifiste.

     Violence et humanité, aliénation et transcendance, asservissement et liberté, séparation et communauté, antiracisme... Magnifiques variations sur les grands thèmes butleriens, mais aussi inoubliables romans de résistance, La Parabole du semeur et sa suite, La Parabole des talents (Editions Au diable vauvert), prennent en ce début de millénaire, des accents d'une actualité brûlante.

     Octavia E. Butler est née en 1947 et vit en Californie. Auteur de dix romans, plusieurs fois lauréate des prestigieux Prix Hugo et Nebula, elle s'est vue décerner en 1995 le rarissime Prix Genius de la Fondation Mac Arthur Grant.

    Prix obtenus    
Nebula, roman, 1999

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     
 
    Critiques    
     Ce second roman adopte le point de vue d'Asha, la fille de Lauren Olamina, personnage central de La Parabole du semeur, mais le récit débute bien en 2032, au moment où nous avions quitté la petite communauté fondée par Lauren. En effet, l'essentiel de la narration est ici constitué par des extraits du Journal de Lauren et des Souvenirs d'Autres Mondes de Taylor Bankole, son époux.

     Ce que nous avons dit du premier volet de ce diptyque vaut également pour La Parabole des talents  : cette anticipation socio-politique à court terme, où « a conjonction accidentelle de trois crises  : climatique, économique et sociologique » aboutit à une pseudo « Epidémie » dont les effets sont « équivalents à ceux qui auraient pu naître d'une Troisième Guerre Mondiale » (p.17), fournit à Octavia Butler le cadre d'une vaste saga humaniste où le désir de survivre se mêle à une quête de spiritualité et de sens.

     La communauté de la Chênaie que dirige Lauren se caractérise à la fois par une organisation rigoureuse et par une grande tolérance  : on y accueille toutes les races, les couples mixtes et les homosexuels, les blessés et les bien portants, les jeunes et les vieux... Lauren elle-même s'est d'ailleurs mariée avec Taylor, qui a l'âge d'être son grand-père. Seule une volonté commune de survivre « avec » les autres, et non « contre » les autres, réunit les esprits autour de la « Semence de la Terre », cette foi que le charisme de Lauren parvient à répandre peu à peu. Pour elle, « ce Dieu sans visage est terrifiant, implacable, malléable cependant, et follement dynamique. » Il ne promet pas la vie éternelle, mais « l'espèce humaine gagnera l'immortalité en diffusant Semence de la Terre à travers d'autres galaxies », au prix d'un « travail acharné ouvrant la porte à de nouvelles possibilités, de nouveaux problèmes, changements, défis, encore jamais envisagés. » (p.79)
     La religion prêchée par Lauren n'est pas exempte de contradictions, et l'on comprend les hésitations de ceux qui la rejoignent. Pourquoi respecter un Dieu indifférent au sort de l'homme et qui, en fin de compte, se confond avec ce que l'on nomme communément le hasard  ? Pourquoi reproduire des rites vides de sens si l'on est conscient qu'il ne s'agit que d'un ciment social  ? Pourquoi prier si l' « on n'adresse jamais de prière qu'à soi-même » (p.439)  ?
     Il est difficile de comprendre la finalité d'un Dieu sans dessein. Lauren répète que le but est d'essaimer vers les étoiles. Mais pour quoi faire  ? Dieu est changement, certes, mais pourquoi changer sans cesse  ? Comme toujours, la réponse ultime quant au sens de la vie n'est pas fournie, mais on ne s'en étonnera pas.

     Les autres thèmes sont l'esclavage, le fanatisme et l'intolérance. Dans ce monde en proie au désarroi, les enfants sont des victimes toutes désignées pour divers commerces comme l'esclavage et la prostitution. Le cou enserré dans un collier télécommandé, la langue coupée parfois, les nouveaux serfs n'ont pas d'autre option que la soumission et la déshumanisation. A l'autre bout de l'échelle sociale, de nouveaux puissants se dressent, prônant, au nom de Dieu et de la gloire passée de l'Amérique, une sorte de grand nettoyage qui consiste à éliminer les faibles, ceux qui n'ont pas la même couleur de peau, ou ceux qui sont considérés comme hérétiques parce que différents. Au chaos succède un ordre fascisant et faussement puritain guère plus reluisant.

     Même si elle se déroule dans le futur, cette impressionnante fresque aborde des thèmes universels qui auraient pu être traités de manière similaire dans un tout autre décor du passé. En ce sens, elle est plus proche du drame historique et donc de la littérature générale que d'une SF prospective et spéculative, mais elle témoigne cependant d'inquiétudes bien actuelles, notamment sur l'insécurité et la « fracture » sociale. Pour être alarmiste, le discours de Butler n'est évidemment pas réactionnaire  : sa morale est surtout que, quoiqu'il arrive, l'humanité rebondira et progressera, jusqu'aux étoiles.
     Malgré quelques longueurs dans le second volume, essentiellement sous forme de redites, les deux Paraboles forment un intelligent diptyque qu'Octavia Butler mène avec passion et vigueur. Et Lauren est un personnage d'une force surprenante, que le lecteur n'oubliera pas de sitôt.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/2/2002 nooSFere


     À la fin de La Parabole du Semeur 1, Lauren a réussi à stabiliser une petite communauté. La Parabole des Talents présente une structure dramatique parallèle à celle du premier volume : un début relativement calme, traversé de péripéties ; une catastrophe-pivot, la destruction du cadre de vie — à l'exil du premier volume répond l'asservissement sur place et un difficile retour à la vie, conclu ici par une mise en abîme avec une avance rapide de quelques décennies montrant Lauren à la fin de sa vie, et le devenir de la religion qu'elle a fondé. Mais ce sont les pages centrales, les plus terribles, qui sont les plus marquantes. L'esclavage figurait déjà dans La Parabole du Semeur : menace périphérique sur l'adolescence de Lauren sous les formes encore lointaines de la prostitution ou du sort des employés enchaînés à leur employeur par une dette sans cesse croissante. Là, il touche Lauren et les siens de plein fouet, avec tortures, négation de la personnalité, dispersion des familles... Butler avait déjà mis en scène l'esclavage dans son contexte historique (Liens de Sang), mais ici elle le fait renaître dans un XXIe siècle terriblement proche.

     Car ce roman se distingue en décrivant un effondrement de la société qui n'est pas tant un contraste avec le système contemporain qu'une extrapolation de ses côtés les plus désastreux. L'État fédéral américain ne disparaît jamais ; il abandonne simplement de vastes portions de son territoire et de sa population aux mains d'une délinquance incontrôlée, de milices ou de compagnies sans scrupules. Et quand il reprend du poil de la bête, c'est pour adopter un style fasciste bigot et persécuter à nouveau les citoyens — et principalement les plus basanés, cela va de soi.

     Butler s'engage ici franchement sur des thèmes qui lui tiennent à cœur (féminisme, discrimination raciale). Avec d'autant plus de force que la narratrice et protagoniste est par certains aspects proche de son auteur. Elle ressent l'envie irrésistible d'écrire ; elle est grande et d'aspect plutôt masculin, et n'a aucune envie de se cantonner au rôle de petite fille soumise. Si le chemin de Lauren la conduit à la reconnaissance pour la postérité, il passe par tant de souffrances qu'elle aurait peut-être préféré mener une vie ordinaire...

     Autant La Parabole des Talents que La Parabole du Semeur sont des livres passionnants, écrits dans un style sans ostentation qui ne laisse pourtant jamais le lecteur en répit, nourris par un humanisme sans faille et un sens dramatique aigu.

Notes :

1. Le début de la chronique, non reproduit ici, portait sur La Parabole du Semeur, auquel on peut se reporter pour lire l'intégralité du papier de Pascal J. Thomas. (Note de nooSFere)

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/1/2002 dans Bifrost 25
Mise en ligne le : 9/9/2003


     La Parabole des talents 1 reprend le fil de l'histoire quelques années plus tard. Lauren Olamina, qui attend un enfant, fait vivre et croître sa communauté, mais de nouvelles épreuves l'attendent... Par rapport au premier livre, deux innovations importantes. Tout d'abord, la violence s'est institutionnalisée : après l'élection d'un fasciste pur jus à la tête des États-Unis, des extrémistes fanatiques regroupés en milices religieuses font régner la terreur. Semence de la Terre est directement en ligne de mire. Le deuxième changement est d'ordre narratif. Les extraits du journal de Lauren sont entrelacés avec les notes d'un nouveau personnage, sa propre fille, qui n'a pas connu sa mère et désapprouve franchement ses idées religieuses.
     Cet artifice narratif permet d'ailleurs de mettre en perspective les enseignements de Lauren, peut-être trop présentée comme un prophète dans le premier volume. Octavia Butler n'est pas Ron Hubbard, et Semence de la Terre n'est qu'une construction d'idées dans un livre de science-fiction, pas un début de secte créée par un gourou (même s'il faut bien reconnaître qu'une bande d'illuminés américains en discute sur Internet comme s'il s'agissait d'une religion révélée...).
     On ne peut qu'être admiratif devant le talent d'Octavia Butler, sa faculté de rendre crédible ce futur proche si atroce. La violence de certains passages (le massacre de Robledo dans le semeur, l'esclavage concentrationnaire imposé à Lauren et ses amis dans les talents...) n'est pas gratuite. Il s'agit d'une grande histoire de science-fiction humaniste, et il convient de remercier Au diable vauvert, qui n'a rien publié jusqu'ici qui ne fût excellent.

Notes :

1. Le début de la chronique, non reproduit ici, portait sur La Parabole du Semeur, auquel on peut se reporter pour lire l'intégralité du papier d'Alain Jardy. (Note de nooSFere)

Alain JARDY
Première parution : 1/3/2002 dans Galaxies 24
Mise en ligne le : 11/9/2003


     [...] 1
     Dans le deuxième tome, en 2032, la communauté s'est agrandie, a prospéré. Lauren Olamina est devenue son guide, bâtissant une espèce d'utopie, autant que faire ce peut dans ce pays ravagé. Mais voici qu'une nouvelle menace se profile : Jarrett, le nouveau président, a décidé de redresser le pays par une politique plus que musclée, dont son mouvement les Chrétiens de l'Amérique est le bras armé. Ses ennemis : les pillards, les drogués, les négros, les vagabonds, les impies et autres suppôts de Satan qui, selon lui, ont plongé l'Amérique dans le chaos. La communauté est de nouveau attaquée et détruite par les milices de Jarrett, les enfants enlevés, tous ses membres réduits en esclavage grâce à un collier électronique infligeant des souffrances insupportables. S'ensuivent dix-sept mois d'enfer, ponctués de prêches interminables, de viols, de tortures, de travail harassant... Olamina résiste, et à la faveur d'un glissement de terrain, parvient à s'enfuir. La voilà de nouveau jetée sur les routes... à la recherche de sa fille disparue. Mais Semence de la Terre n'a pas succombé sous la torture, et peu à peu, avec opiniâtreté, elle recrute de nouveaux disciples... pour un Destin qui paraît inaccessible : l'humanité doit devenir adulte, quitter son berceau, essaimer dans les étoiles. Une utopie, encore ? Mais les rêves les plus fous peuvent devenir réalité — si l'on y croit assez fort.
     Ce long résumé ne donne qu'une petite idée de ce que contiennent ces deux gros volumes (390 et 580 pages). En filigrane de l'errance et de l'obsession de Lauren Olamina, Octavia Butler dresse un tableau terrifiant de l'Amérique de demain. Terrifiant non seulement par ses descriptions — dans un style limpide servi par une traduction impeccable — mais surtout par son réalisme : cette Amérique en proie au chaos, à l'intégrisme religieux, à l'esclavagisme, on y croit d'autant mieux qu'on en perçoit déjà les signes, pour qui s'informe ailleurs qu'au journal télévisé. Dans cet univers de violence, de peur et de misère, Lauren et ses compagnons survivent, se débattent, tentent de rester humains, de porter l'espérance d'un possible renouveau. On souffre avec eux, on partage leurs joies et leurs peines, on se demande s'il ne va pas nous arriver la même chose à nous aussi, dans notre vieille Europe si veule et hypocrite. Après avoir refermé ce roman, on est partagé entre l'angoisse d'avoir entrevu un avenir trop probable, et l'espoir de se dire que puisque Olamina parvient à s'en sortir, pourquoi pas nous ? Mais il nous reste à inventer notre propre Semence de la Terre... faute de quoi nous mourrons.
     En ces temps incertains, c'est un roman indispensable — mieux : fondamental.


Notes :

1. Le début de la chronique, non reproduit ici, portait sur La Parabole du Semeur auquel on peut se reporter pour lire l'intégralité du papier de Jean-Marc Ligny. (Note de nooSFere)


Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
Site officiel de J.-M. Ligny
Mise en ligne le : 15/2/2007


 
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