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Le Réveil d'Ymir

Nicolas BOUCHARD



Illustration de Didier GRAFFET

MNÉMOS , coll. Icares SF
Dépôt légal : septembre 2001, Achevé d'imprimer : août 2001
Roman, 288 pages, catégorie / prix : 16,77 €
ISBN : 2-911618-71-8
Format : 13,0 x 21,5 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Europa II, satellite de Jupiter et lune glaciaire. Les hommes ont creusé dans son antre d'immenses cavités où se dressent leurs cités, reflets des splendeurs et des misères de l'ancienne Terre.
     Les universitaires, organisés en loges rivales et gardiens jaloux de la connaissance, intriguent pour la jouissance du pouvoir et le contrôle de l'économie du satellite. Ambitieux et arrogants, les étudiants complotent et abusent des Hors Cursus, ces inférieurs qui ont échoué à la sélection des Compétences Premières. Parqués dans les quartiers insalubres des villes basses et soumis par des années de conditionnement, ils épuisent leurs forces sur les chantiers spatiaux.
     Quand un cadavre est découvert dans les glaces d'une station en surface, non loin des cylindres gris et inquiétants du CERC qui régulent la production d'hydrogène, la vie du tranquille linguiste Elie Merrivale est bouleversée... Chargée de l'enquête, secondé pour la cause par Eléonore, une jeune et séduisante étudiante, Elie parviendra-t-il à percer le secret qui entoure le « Réveil d'Ymir » ?
 
     Entre polar et science-fiction...
     Hommage à John Dickson Carr et clin d'oeil à Darwin, Le Réveil d'Ymir déroule une intrigue haletante d'où ne sont pas absentes les aventures sentimentales... En filigrane, c'est aussi une réflexion sur la langue et la culture qui est ici proposée.
     Né en 1962, Nicolas Bouchard est juriste. Amateur d'opéra et de romans policiers, il a déjà publié plusieurs ouvrages de science-fiction.
 
    Critiques    
     Glaçons dans le ciel...

     Sur Europa II, il vaut mieux réussir ses examens  ! Si vous parvenez à franchir la barrière des concours (évaluation des compétences premières, dès l'âge de six ans, puis les autres...), vous ferez partie des classes moyennes de la société. Voir des classes très favorisées, si vous accédez au professorat ou au doctorat. Sinon, vous serez rejeté dans la foule laborieuse et dominée des Hors-C (hors cursus). Pas d'éducation, de la musique abrutissante en permanence, un vocabulaire simplifié...
     Europa II est un des satellites de Jupiter, recouvert de glace. Au XXIIIème siècle, les hommes en occupent les cavernes situées sous la banquise. Au centre des cavernes, les grands immeubles des universités, tout autour les bidonvilles des Hors-C. Et à la surface, une immense plaine chaotique sur laquelle les riches vont patiner.
     Mais même en étant professeur, vous devrez faire face aux intrigues des loges, de vrais partis politiques se réclamant des vieilles théories sur la morale ou le comportement. Neo-darwiniens, Utilitaristes, Béhavioristes, Juillettistes ou Carnapéens...
     C'est certainement à cause d'une de ces intrigues que Philippe Kelsen, utilitariste notoire, a été assassiné. Et sans doute à cause d'une manipulation que le pacifique Elie Merrivale, professeur de linguistique spécialiste de John Dickson Carr 1, a été nommé enquêteur en chef afin de découvrir qui se cachait derrière ce meurtre.

     Le réveil d'Ymir est un formellement un roman policier à énigmes, dans la veine de ceux de John Dickson Carr, mêlant intrigue tordue (mais cohérente), aventures et humour. L'auteur s'amuse visiblement à peindre une satire du système universitaire, en jouant sur les théories morales et comportementalistes. La description de la société d'Europa est toutefois très rigoureuse, aussi bien techniquement (comment font-ils pour survivre sur ce glaçon  ?) que socialement, satisfaisant les lecteurs qui aiment croire aux mondes imaginaires qu'on leur présente.

     Le livre se permet même une forme de critique sociale en dépeignant les rapports entre la classe des élus (doctorants et professeurs) et celle des Hors-C. L'univers dépeint par Nicolas Bouchard est tristement humain, mêlant générosité, intérêt, ambition et cupidité (le personnage du préfet est d'ailleurs rendu très intéressant par l'ambiguïté de sa position et de ses actes).

     Je reprocherai juste à ce roman le traitement des personnages féminins, qui manque un peu de finesse par rapport à celui du héros, dont les maladresse sont très touchantes.

     Par contre, l'intrigue intelligente, le cadre très bien construit, le style fluide et un vrai sens récit entraînent sans problème le lecteur dans les luttes politiques d'Europa II. C'est un livre bien fait, sans temps mort, dans lequel on se plonge avec un vrai plaisir, servi parfaitement par une écriture simple et sans fioritures.

     Un livre très distrayant, intelligent sans être jamais pédant.


Notes :

1. Auteur fameux de romans policiers « à énigmes  », trois fois plus tordus qu'Agatha Christie ou que Gaston Leroux, Carr était le spécialiste du meurtre en chambre close, sujet qu'il a théorisé dans l'un de ses romans.

Laurent KLOETZER
Première parution : 20/10/2001 nooSFere


     L'action se passe sur Europa, satellite glacé de Jupiter, ou plutôt sous la surface, puisque les hommes venus de la Terre y ont creusé de gigantesques cavernes. Composés en grande majorité d'universitaires, ils vivent là regroupés en loges antagonistes. Il existe toutefois des hors castes (les hors-C), ceux qui ont eu le malheur d'échouer à l'examen d'aptitudes qui marque leur passage de l'enfance à l'âge adulte. Ces recalés sont cantonnés dans les travaux manuels : perçage de tunnels entre les cavernes, voirie, ateliers... et à la reproduction de l'espèce.
     Le roman commence par l'assassinat d'un professeur renommé, dans une station « balnéaire » de surface. Les loges confient l'enquête au linguiste Elie Merrivale –à cause de sa maîtrise sur John Dickson Carr  ! – et lui adjoignent une ravissante étudiante. Au début récalcitrant, Merrivale va se prendre au jeu, d'autant plus que la victime était visiblement un homme hautement estimable, et qu'il semblerait que le meurtre soit le révélateur d'un complot d'envergure.
     Ce nouveau roman de Nicolas Bouchard (dont deux autres romans sont publiés presque simultanément, un policier chez Flammarion et un roman de SF, L'ombre des cataphractes, au Fleuve Noir) présente plusieurs points communs avec le premier livre publié par l'auteur : Terminus Fomalhaut. Tous deux commencent par un meurtre en huis-clos, même si ici celui-ci a lieu en plein air... Les sociétés sont organisées en castes rivales : économiques dans Terminus Fomalhaut, elles sont ici culturelles, philosophiques et politiques. Et, comme toujours chez Bouchard, derrière l'action rondement menée se profile une étude sociale particulièrement travaillée. On aurait tort de n'imaginer qu'un banal roman policier, car l'auteur s'ingénie à susciter la réflexion chez le lecteur. Ici, l'hommage à Dickson Carr (à travers la résolution de l'énigme) se double d'un autre à Charles Darwin, dont des extraits de L'origine des espèces introduisent chaque chapitre. La théorie de l'évolution n'est du reste pas circonscrite aux exergues, mais se trouve bel et bien au cœur du livre. Et Merrivale, qui se coulait parfaitement dans le moule de sa société au début de l'aventure, se rend peu à peu compte du traitement humiliant infligé aux hors castes. Ce cheminement intellectuel et moral donne une épaisseur supplémentaire à Elie, mais tous les personnages sont parfaitement campés. Ajoutez à cela un sens de l'humour certain, et vous obtiendrez un très bon roman, à la fois délassant et intelligent.
     Tranquillement, sans bruit, mais non sans efficacité, Nicolas Bouchard continue de tracer son petit bout de chemin (déjà six romans publiés, sa bibliographie étant complétée par Colonies parallèles et Astronef aux enchères).

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 7/1/2002 nooSFere


     Nous sommes sur Europa II, un satellite de Jupiter, un monde glacé où les hommes ont dû s'enfoncer dans des villes souterraines pour survivre. Nous sommes dans une dictature intellectuelle, où les universitaires, organisés en loges souvent rivales, luttent pour le pouvoir et le contrôle des connaissances. Des Hors Cursus, considérés comme non-humains, assurent les tâches matérielles et subissent le joug des lettrés. C'est dans cette société très cloisonnée et sclérosée que se produit un meurtre en surface  : celui d'un savant dont les idées humanistes dérangeaient bien des collègues à l'esprit étroit. C'est le linguiste Elie Merrivale, spécialiste du roman policier ancien, qui est chargé de l'enquête, secondé par la belle étudiante Eléonore. Elie doit quitter son univers douillet pour mener à bien sa tâche et ce qu'il découvre met en péril les fondations mêmes de toute la société ...
     Avec ce titre, la collection « Icares », vouée jusque là à la fantasy, fait une entrée remarquée en science-fiction. Sous couvert d'une enquête policière fort bien menée et un peu décalée dans le ton, N. Bouchard propose plusieurs pistes de réflexion  : comment une société peut-elle se figer en refusant d'évoluer et de s'ouvrir, comment peut-on exclure sous prétexte de critères intellectuels obsolètes, comment le savoir et le pouvoir se combinent pour installer une dictature. Le roman est passionnant de bout et bout et donne aussi à réfléchir. A partir de 14 ans.

Catherine GENTILE (lui écrire)
Première parution : 1/1/2002 InterCDI 175
Mise en ligne le : 1/3/2002


     Voici un roman dense, riche d'une multitude d'éléments qui se mêlent dans le corps d'une intrigue policière avec une harmonie qui laisse songeur.
     Nicolas Bouchard revient sur ses thèmes favoris. Un paysage galactique : Europa II, le célèbre satellite de Jupiter. Le meurtre d'un universitaire, qui en savait long sur le Réveil d'Ymir (mais qu'est-ce donc ?), dans les premières pages. Un héros « désigné volontaire » pour mener l'enquête malgré sa méconnaissance presque totale du sujet. Une machination qui se révèle de plus en plus vaste au fil des pages. On reconnaît bien ici l'auteur d'Astronef aux enchères ou d'Une note de jurisprudence.
     Et, comme à l'accoutumée, le contexte de l'histoire a au moins autant d'intérêt que l'action. Dans la lignée de ce qui était déjà plus qu'ébauché dans Terminus Fomalhaut, Bouchard construit une société hiérarchisée à outrance. Son évidente sensibilité sur le sujet lui permet de la présenter sans grand renfort d'allusions comme une caricature de la nôtre.
     Sur Europa II, le destin social des individus est décidé dès le plus jeune âge par un examen dont le ridicule souligne avec ironie celui des tests auxquels nous ajoutons foi (comme le QI ou le baccalauréat). Ainsi on accède au savoir ou on croupit dans l'ignorance. Nicolas Bouchard brosse un tableau de clivages sociaux qui ne rappellent que trop bien ceux dont nous sommes tous les jours témoins, victimes ou responsables. Mais à un regard amer sur la condition des laissés pour compte de la société, l'auteur ajoute ici une analyse aussi polémique que mordante sur les us et coutumes des Élus, qui trustent le droit à la pensée.
     Ici, ce sont des universitaires qui, au cours de leur cursus, adhèrent à des écoles philosophiques, des loges qui entendent imposer leurs schémas dans toutes les disciplines. Il s'agit bien là d'un trait de la pensée occidentale. Les idées ayant donné d'apparents résultats dans un domaine précis essaient par la suite, pour le meilleur mais surtout pour le pire, de s'imposer dans tous les autres comme des solutions ultimes : la relativité a donné le relativisme, la théorie de l'évolution a accouché du behaviourisme, etc. Accédant ainsi au statut d'idéologies, elles finissent en doctrines aux relents de totalitarisme, avant de mourir sous forme de discours politique...
     Intéressant ? Certes... Mais celui qui souffre dans tout cela, que devient-il ? Nicolas Bouchard ne l'oublie jamais.
     Ce roman est le fait d'un écrivain qui ne se laisse pas aveugler par ses propres visions.

Xavier NOY
Première parution : 1/12/2001 dans Galaxies 23
Mise en ligne le : 1/9/2003


     Nous sommes en 2284 sur Europa II, satellite de Jupiter (enfin, c'est ce que veut nous faire croire l'auteur). Le professeur Philippe XVI Kelsen met fin à ses jours en coupant le chauffage de sa combinaison spatiale plutôt que de tomber dans les griffes de l'assassin qui le poursuit. Kelsen enquêtait sur le « Réveil d'Ymir ». Sa mort suspecte appelle une autre enquête qui sera, elle, menée par le linguiste Elie IV Merrivale et une jolie étudiante : Eléonore.

     Il y a beaucoup à dire sur ce quatrième roman de Nicolas Bouchard, auteur découvert avec le sympathique Terminus Fomalhaut (Encrage). On regrettera tout d'abord la première scène de poursuite, qui aurait dû être haletante, rythmée, et qui se contente (sans doute la faute à un style qui oscille entre le médiocre et l'épouvantable) d'être fort ennuyeuse, sans relief, avec une psychologie à peu près du niveau d'un roman de Jimmy Guieu à l'époque où il écrivait ses œuvres seul. Et puis, dans ce même chapitre, on trouvera, outre des ficelles narratives dignes de la pire littérature de gare (ce personnage que Kelsen connaît et qu'il appelle « elle »), des spéculations scientifiques qui se rapprochent dangereusement du concept révolutionnaire de l'éradication du moustique nocturne au lance-roquettes (notamment les moteurs ioniques sur les propulseurs dorsaux, rien que ça !, comme si des cartouches de gaz comprimé ne pouvaient pas suffire).

     Dommage, car le sujet du livre : le langage et la description d'une société coupée entre universitaires plénipotentiaires et hors cursus aurait pu donner un très bon polar-SF. Mais comparé à des œuvres comme Babel 17 de Samuel Delany ou encore Les Langages de Pao de Jack Vance, Le Réveil d'Ymir fait bien pâle figure, surtout à 110 FF/16,77 € (alors que vous trouverez les ouvrages sus-cités en poche). Il serait bon que les éditeurs de tous poils (notamment Bragelonne, Mnémos et Nestiveqnen, qui vient de battre un record en publiant un gros navet de Claire Panier à 159 FF) cessent de publier à plus de 15 euros les « petits bouquins sympas sans plus » qui ont fait les grandes heures du Fleuve Noir « Anticipation ». Il y a un vrai danger à publier en grand format des romans qui ne le méritent pas : à force de se foutre de la gueule du lecteur, il finit par changer de fournisseur.

CID VICIOUS
Première parution : 1/1/2002 dans Bifrost 25
Mise en ligne le : 9/9/2003


 
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