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Une éducation anglaise

Christian LEHMANN


Illustration de René BURRI

OLIVIER (Éditions de l')
Dépôt légal : janvier 2000
Première édition
Roman, 322 pages, catégorie / prix : 18,46 €
ISBN : 2-87929-245-X
Genre : Hors Genre


Quatrième de couverture
     « J'imaginais que toutes les familles du monde étaient basées sur le modèle de ma famille maternelle. Une matriarchie étendue, tentaculaire, dans laquelle chacun était tenu de venir présenter ses respects une fois par semaine à ma grand-mère, en une parodie inconsciente des dîners de cour auxquels nos aïeux avaient été habitués. Car, nous ne nous gênions pas pour le rappeler à tort et à travers, nous descendions de la haute noblesse française. Rohan, disait le Larousse, était le nom d'une des plus illustres familles de France. » Mais le Larousse ne permet pas à Christian de comprendre pourquoi sa grand-mère a une telle aversion pour les singes. Il devra attendre des années et le passage à Paris d'un parent plus bavard, un « dangereux trublion marxiste » vivant en Australie, pour être éclairé sur la question, et par la même occasion sur son teint hâlé et son nez légèrement épaté. Le garçon qui passe ses journées retranché derrière ses livres s'ouvre alors au monde et à ses merveilles inconnues : la beauté du corps nu d'Anne-Marie, la lutte finale, la grand-mère corse capable d'avaler tout cru les crabes qui courent sur le sable... Mais le plus important, ce sont les séjours fréquents en Angleterre, où l'accueillent sa cousine, Susan et Mark, son mari. Christian découvre les piers de Brighton, les filles, la S.F., la pornographie, l'écriture. Et la tragédie qui se prépare.
     Ce sont trois années de sa vie que décrit Christian Lehmann, dans ce roman d'apprentissage d'un écrivain métissé. Car c'est à une identité divisée qu'il doit se confronter en accomplissant ce retour sur soi.

     Christian Lehmann est né en 1958 à Paris. Médecin, journaliste, il est aussi romancier. Outre des livres pour la jeunesse, il a publié plusieurs romans dont La Folie Kennaway, Un monde sans crime et L'Évangile selon Caïn.
Critiques
     Le narrateur, Christian Lehmann, est né dans le giron d'une famille cosmopolite  : son père est issu de l'union d'un Alsacien et d'une Corse, sa mère d'une branche oubliée des Rohan, un nom qui a marqué l'Histoire de France, une branche qui — peut-être — s'est quelque peu colorée au fil d'amours coloniales. Le petit Christian étouffe dans la société française d'avant Mai-68, et son amour immodéré pour la lecture sera le premier pas d'une longue émancipation. Grâce à une cousine anglaise, il fera de fréquents séjours en Albion, découvrant un monde plus riche, moins étriqué, y apprenant la vie, avec ses joies et ses drames.
     Fidèles de Galaxies, je vous sens perplexes à la lecture de ce résumé. Pourquoi parler d'un tel ouvrage dans ces colonnes  ? Parce que les livres que dévore le petit Christian nous sont familiers  : l'un de ses plus grands chocs est la lecture de Harlan Ellison  ; parce que ses nombreux séjours en Angleterre sont prétexte à hanter les librairies de Londres et de Brighton, où il amasse les livres de Simak, Ballard, Silverberg, etc. Parce que son oncle d'Oxford, Luther Rohan, est un écrivain peu connu, grâce auquel il assiste à la Convention mondiale de 1973, à Brighton...
     On l'a compris  : ce livre aurait tout aussi bien pu s'intituler Une éducation science-fictive. Reste à en déterminer le genre. S'agit-il vraiment d'un récit autobiographique  ? Si oui, il est fortement coloré d'uchronie  : la Convention mondiale de Brighton a eu lieu en 1979 et non en 1973  ; c'est en vain que l'on cherchera le nom de Luther Rohan dans les encyclopédies de SF  ; si A. E. van Vogt a bien écrit un livre intitulé The Violent Man, il s'agit d'un thriller se déroulant en Chine communiste et non d'une étude sur la violence masculine.
     Reste un livre attachant, où l'utilisation de la SF comme toile de fond n'est ni gratuite ni innocente. Un livre superbement écrit, émouvant sans jamais sombrer dans la mièvrerie, un livre où l'imaginaire permet de supporter la réalité, voire de l'altérer. Un livre où se reconnaîtra, sinon une génération, du moins un « groupe social  » (pour citer Gérard Klein) dont font partie les lecteurs de cette revue.

Jean-Daniel BRÈQUE
Première parution : 1/3/2000 dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 17/5/2001

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