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Mort d'un parfait bilingue

Thomas GUNZIG



Illustration de RAMPAZZO

AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France) n° (6)
Dépôt légal : mars 2001
Roman, 252 pages, catégorie / prix : 11,43 €
ISBN : 2-84626-011-7   



    Quatrième de couverture    
     « Maintenant on se demandait vraiment quel effet ça pouvait bien faire une balle dans le ventre ou un éclat d'obus dans la figure, on se demandait comment c'était une vie sans jambes ou sans bras, une vie à plus rien y voir et on se demandait enfin à quoi ça pouvait servir qu'on se les gèle, qu'on nous réveille à des heures impossibles, que les camions de transport militaire soient aussi pourris, si ça aidait à gagner la guerre ou si c'était juste à l'image de l'univers : nul du centre à la périphérie. »

     Racontées à la manière d'un Ravalec grinçant nourri de Franz Kafka, les aventures d'un jeune homme tenant de Gaston Lagaffe autant que de Bardamu, amoureux par nature, cruel par instinct de survie et ironique par nécessité, au pays de la sale guerre.

     Né en 1970 à Bruxelles, lauréat de plusieurs prix en Belgique, Thomas Gunzig, en trois recueils de nouvelles burlesques et (très) noires, a imposé son style : humour ravageur et fantaisie réaliste, pessimisme objectif assorti d'une imagination bondissante. Mort d'un parfait bilingue est son premier roman.
 
    Critiques    
     Mars 1978. Un endroit mal localisé (Europe de l'Est  ?). Une drôle de guerre.
     Parce qu'il a cassé les dents de la femme d'un caïd chanteur, le héros se voit contraint d'accepter de tuer Caroline, une artiste dont la tournée est très – trop – populaire auprès des soldats. Il doit pour cela s'engager dans un bataillon spécial, « Les Pluies de l'automne », commandé par un ancien serial killer.

     Comment justifier que ce roman, manifestement ni SF ni fantastique, fasse l'objet d'une critique sur nooSFere  ? Tout simplement parce qu'il illustre parfaitement ce genre assez flou que Daniel Conrad nomme la dark fiction et qu'il définit comme devant instiller et distiller un malaise 1.

     Tout d'abord, le malaise s'installe car le lecteur n'a aucun repère. Les faits racontés ne semblent correspondre à aucune guerre précise, et aucun conflit remarquable ne s'est produit en mars 1978 2. Le personnage de Caroline évoque celui de Marylin au Vietnam, les lieux pourraient correspondre à la Bosnie, tandis que la couverture médiatique rappelle celle de la Guerre du Golfe.
     Il serait d'ailleurs plus juste de parler d'invasion médiatique. Les soldats revêtent des T-shirts mentionnant les marques des sponsors avant de se lancer dans un assaut qui fera le prime time de la soirée télévisée. Les combats sont décidés non pas pour leur valeur stratégique mais en fonction de l'audimat. Les reportages sont truqués, montrant par exemple une distribution de chocolat à de prétendus rescapés qui seront exécutés dès le tournage achevé. Le récit frôle ici l'anticipation...
     Le malaise culmine dans le dénouement à la fois d'une totale invraisemblance, d'un humour noir décapant et d'une cruauté abominable. Dément, absurde, invraisemblable, oui, mais pas strictement impossible, ce qui en fait le sel et la terrifiante efficacité.

     Outre la peinture corrosive d'un monde en proie à une étrange guerre considérée comme un spectacle, ce roman bénéficie de personnages pittoresques qui forment une faune médiocre, pitoyable, mais attachante.
     La construction en est également très habile, maintenant un intrigant suspense : le héros est paralysé dans un lit d'hôpital, détesté par le personnel soignant pour un acte dont il n'a aucun souvenir. En parallèle d'une convalescence difficile, les événements sont progressivement dévoilés au lecteur.

     Seule déception, le style, qui se veut sans doute incisif, mais qui semble surtout relâché, voire maladroit, avec notamment des répétitions parfois désagréables.
     En dehors de cette réserve, Mort d'un parfait bilingue est un roman vif, drôle – à condition d'apprécier l'humour noir – et original. Un livre savoureux, d'autant plus que malgré sa causticité, il n'est pas dénué d'un certain humanisme et d'une certaine tendresse pour les personnages.

Notes :

1. Lire la préface de l'anthologie De minuit à minuit, au Fleuve noir.
2. Mais Claude François est mort, tout de même.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 2/4/2001 nooSFere


 
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