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Orchéron

Pierre BORDAGE


Cycle : Abzalon  vol. 2


Illustration de GESS

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (30)
Dépôt légal : octobre 2000, Achevé d'imprimer : octobre 2000
472 pages, catégorie / prix : 19,67 €
ISBN : 2-84172-153-1
Format : 14,5 x 20,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Des siècles se sont écoulés depuis que les cinq cents survivants de l'Estérion se sont posés sur le nouveau monde.
     Un ensemble de communautés sont nées sur le continent du Triangle, autour de grands domaines agricoles matriarcaux gérés par les mathelles : les chasseurs lakchas qui traquent les troupeaux de yonks ; les djemales, disciples de Qval Djema, à la recherche de l' « éternel présent » ; les ventresecs, nomades des plaines jaunes. Fragile équilibre que celui de cette colonie entre tradition et ignorance.
     Les umbres, mystérieux et terribles prédateurs volants, font peser une menace permanente sur sa survie. Des hommes masqués, les protecteurs des sentiers, ont entrepris d'instaurer la terreur au nom d'un dieu oublié de l'arche des origines ; ils ont juré d'éteindre les « lignées maudites ».
     Orchéron, fils adoptif d'une mathelle, devenu leur proie désignée, se lance dans une fuite éperdue au bout de laquelle le rejoindront Alma, la jeune djemale boiteuse, et Ankrel l'apprenti chasseur.
     Orchéron fait suite au roman Abzalon.
 
    Critiques    
     « Nous avons tendance à projeter nos idéaux dans nos enfants, surtout dans nos filles  ; cette volonté de perpétuer les rêves à travers les gènes, à travers le temps, relève de l'éternelle tragédie humaine. » (p.232)

     Plusieurs siècles après l'odyssée des réfugiés du vaisseau spatial Estérion, précédemment contée dans Abzalon, leurs descendants n'ont colonisé du nouveau monde qu'un seul continent  : le Triangle.
     Orchéron propose une peinture de cette société en pleine régression technologique, dont l'organisation repose avant tout sur des clans de fermiers sédentaires où un matriarcat favorise le brassage génétique. En parallèle, les lakchas chassent les yonks – sorte de bisons – , tandis que les ventresecs mènent une vie nomade en harmonie avec la nature. Cette situation rappelle bien sûr l'Amérique des pionniers, où les lakchas seraient des trappeurs et les ventresecs des indiens.

     La transmission orale des souvenirs déformés de l'Estérion a donné naissance à des légendes et à des mythes sur lesquels germent de véritables religions. Les djemales honorent ainsi la mémoire de Djema et du Qval – cette mystérieuse créature présente dès le début d'Abzalon et que Djema aurait rencontrée en se plongeant dans l'eau bouillante – à travers un rite que seules quelques inconscientes prennent à la lettre, au prix de brûlures mutilantes.
     Mais Orchéron conte surtout la naissance d'une nouvelle religion, à la gloire de Maran, autre personnage d'Abzalon. Les adeptes de cette doctrine masculine et fanatique, se dissimulant sous un masque et une longue robe, sont appelés par dérision les couilles-à-masque. Pour achever le parallèle avec l'Amérique, ils évoquent évidemment le Ku Klux Klan.
     On assiste donc à une sorte de mise en abyme d'Abzalon, d'autant plus franche que l'un des personnages du roman redécouvre le journal du moncle Artien – l'un des témoins privilégiés de l'histoire d'Abzalon.

     Avec ces ingrédients déjà riches, il y aurait suffisamment de matière pour un somptueux planet opera. Mais le décor est à peine planté que d'autres questions se posent  : d'où viennent les yonks, qui ne sont apparus que deux siècles après l'atterrissage de l'Estérion et que l'on ne parvient pas à faire se reproduire  ? Que deviennent les hommes et femmes emportés par les umbres, ces gigantesques créatures volantes  ? Qu'y a-t-il au-delà du Triangle, là où seuls quelques lakchas se sont aventurés pour en rapporter de terribles récits  ? Quelle est cette lignée maudite que les couilles-à-masque mettent une telle rage à exterminer  ?

     Ce n'est finalement que dans les derniers chapitres que se dévoilera la réelle ampleur de ce roman et que les différentes narrations jusque là habilement entremêlées s'organiseront pour dresser une vaste fresque sur plusieurs générations. A la lueur des dernières informations, le lecteur doit alors reconstruire l'ensemble du récit...

     Bordage nous invite une fois de plus, avec le souffle épique et le sens du drame qui caractérisent ses meilleurs romans, à une réflexion sur l'Histoire, les mythes et les religions, en mettant au premier plan les quelques tragédies personnelles sur lesquelles reposent les légendes présentes et à venir. L'auteur semble vouloir saisir ces instants où le vécu devient légende, où la légende devient religion, où la religion devient instrument de pouvoir et de répression, où la répression engendre la révolte, et où la révolte devient à son tour légende...
     Ses univers sont cohérents d'un roman à l'autre, animés par des obsessions récurrentes. On peut par exemple souligner les nombreux points communs avec Les fables de Lhumpur, pourtant d'un genre tout à fait différent  : les religions fondées sur l'interprétation erronée de faits à demi oubliés, la régression sociale favorisée par des églises plus ou moins consciemment obscurantistes, les malédictions qui dissimulent de sombres desseins...
     Quelques lecteurs pourront être agacés par la récurrence de ces thèmes, ou par un ton proche du mélodrame et dépourvu d'humour, ou encore par la violence omniprésente, en particulier à l'encontre des femmes dont la plupart font l'objet de viols... mais la majorité s'envolera sans peine sur les ailes du lyrisme flamboyant de ce conteur exceptionnel qu'est Bordage.

     Bref, même s'il n'atteint pas tout à fait la densité d'Abzalon, Orchéron est un roman fort et brillant, bourré d'action et d'émotion. Avec ces deux premiers épisodes, captivants de bout en bout, cette fresque – qui devrait comporter dix volumes ? – promet de devenir l'une des plus vastes et des plus ambitieuses de la science-fiction.

Martine LAVOGEZ (lui écrire)
Première parution : 5/1/2001 nooSFere


     Ce roman est la suite d'une œuvre antérieure de l'auteur, Abzalon, qui racontait la quête d'une nouvelle planète par un vaisseau-nef peuplé de repris de justice et de représentants d'un peuple polygame. Au terme d'un voyage mouvementé, et gangrené par les luttes intestines, les colons débarquaient sur une planète vierge. C'est cette dernière qui sert de cadre au présent livre. Plusieurs siècles se sont écoulés depuis l'arrivée de l'Esterion. Le peuple s'est constitué en mahelles, des domaines dirigés uniquement par des femmes. Elles ont des concubins officiels, chargés de leur fournir une progéniture, mais certaines d'entre elles passent également entre les bras d'amants occasionnels, les volages. Certaines femmes se consacrent au culte du dieu Qval, la créature mythique déjà présente dans Abzalon. A l'autre extrémité du spectre de la race humaine, des hommes se sont regroupés en milices qui tentent d'asseoir leur pouvoir sur les mahelles, notamment par la force et les assassinats. Au milieu de toute cette agitation se débattent quelques personnages, dont le plus important est sans doute la figure d'Orchéron, jeune homme au passé oublié, poursuivi par les hommes des sentiers sans qu'il sache véritablement pourquoi ils veulent le tuer. Il doit donc fuir, et en partant à la découverte d'un monde resté très largement sous-exploré jusque là, il se met en quête de la vérité sur les légendes qui ont trait à l'Esterion et à son atterrissage.
     Orchéron est le pendant d'Abzalon : les caractéristiques de l'un sont inversées dans l'autre comme dans un miroir. A la société patriarcale et polygame du premier tome (les Kroptes) succèdent les mahelles polyandres régies par les femmes. A l'atmosphère confinée d'Abzalon, entièrement circonscrit au vaisseau-nef, succède la découverte de vastes horizons d'Orchéron. Personne avant Orchéron n'avait essayé d'échapper à sa condition de mortel effrayé par une planète étrangère perçue comme hostile. A ce titre, le pas que le jeune homme fait franchir à l'humanité est déterminant pour l'avenir de cette dernière. Néanmoins, le cœur du roman, comme souvent chez Bordage, ce sont les légendes. Mais pour une fois, le lecteur n'est pas projeté au sein de croyances à l'origine indéterminée  : dans Abzalon, Bordage créait les légendes  ; dans Orchéron, il les exploite. De telle sorte que le lecteur sait en permanence ce qui est vérité et ce qui ne l'est pas.
     On le voit, structure du récit et matériau travaillé sont tout à fait maîtrisés. D'où vient alors que l'on ressort de ce livre avec une impression mitigée ? Sans doute est-ce lié aux personnages, moins forts que dans le premier roman, durablement marqué par le géant difforme Abzalon. Ou au développement de l'intrigue, car on ne voit pas bien où l'auteur veut en venir avec la fuite perpétuelle d'Orchéron. Il aurait peut-être également fallu que Pierre Bordage resserre un peu son écriture, volontiers encline aux longues errances dans de vastes espaces, mais sujette aussi à beaucoup de redites. Après l'excellence du premier tome de cette saga, le deuxième déçoit.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/6/2001 nooSFere


     Le cycle débuté avec Abzalon retrace l'évolution d'une planète depuis sa colonisation jusqu'à sa destruction : un équivalent de la Bible, de la Genèse à l'Apocalypse. Dans Orchéron, le deuxième volet, cette planète n'a pas encore reçu de nom, selon la volonté d'Abzalon. Elle demeure le « nouveau monde », bien que plusieurs siècles se soient écoulés depuis l'atterrissage de l'Estérion.
     Par refus du rigide patriarcat kropte et en reconnaissance du rôle des femmes dans l'épopée de l'Estérion, le seul continent colonisé est divisé en domaines agricoles gérés par des mères. Celles-ci vivent avec un ou plusieurs « constants », mais elles accueillent volontiers dans leur lit les « volages » qui parcourent le pays pour assurer le brassage génétique.
     En ces temps primitifs, en pleine régression technologique, une certaine harmonie règne, aucun acte de violence n'est à déplorer. Les hommes règlent leur conduite selon les sept sentiers possibles, en se donnant pour modèles les grandes figures de l'Estérion. Par exemple, les mères suivent le chemin d'Ellula, celui de l'amour vrai, tandis que les prêtresses de Chaudeterre, fidèles à Djema, ont choisi celui de la connaissance et de l'eau bouillante. Ainsi, le lecteur constate la transformation progressive des figures de l'Estérion en légendes et en mythes, à travers des souvenirs exagérés, tronqués, déformés par le temps.
     «Orchéron, c'est, je crois, ce moment où se perd l'innocence des premiers temps, où s'instaurent les déséquilibres, où les pouvoirs commencent à se mettre en place. Le retour des jugements, des lois, une tentative de juguler, de maîtriser le cours tumultueux de la vie. » confie Pierre Bordage.
     Deux événements vont en effet bouleverser ce monde naissant : la décision d'éliminer les ventresecs, ces nomades dont le mode de vie peut gêner l'extension des domaines, et la transgression d'un tabou majeur, l'inceste. Sur ces bases — et sur d'autres qui se dévoileront peu à peu — , une nouvelle religion naît, exclusivement masculine, qui affuble ses adeptes d'un uniforme et d'un masque, et impose un rituel d'initiation si terrible qu'il lie définitivement ceux qui l'ont passé. Avec elle resurgit aussi la violence, dans le but premier d'anéantir les lignées maudites, boucs émissaires tout désignés.
     Dans ce monde qui bascule et qui subit d'étranges accélérations temporelles, le roman nous propose de suivre les itinéraires initiatiques de trois personnages : Orchéron, fruit des lignées maudites, ira explorer ce deuxième continent qu'on dit maléfique mais où aurait pu atterrir l'Agauer, le second vaisseau ; Ankrel, le chasseur, remontera la piste des umbres, ces fabuleuses et mystérieuses créatures volantes tant redoutées ; enfin, Alma, djemale novice, ira à la rencontre du Qval, le gardien des eaux bouillantes. Trois chemins différents qui peuvent se croiser, trois voies qui peuvent mener à la découverte de l'ordre cosmique et de l'éternel présent.
     À ces trois récits enchevêtrés s'ajoutent les mémoires et les correspondances d'autres protagonistes, écrites à des époques différentes, des documents qui traversent le temps et qui forment des témoignages que le lecteur peut confronter aux légendes, une mise en abîme à plusieurs niveaux.
     Ainsi, seul le lecteur a tous les éléments en main pour reconstituer le fil de l'Histoire. Les récits imbriqués dressent une fresque admirablement construite, claire et cohérente, qui n'acquiert sa véritable dimension qu'une fois toutes les pièces assemblées. Bordage nous emporte, avec son énergie et son souffle habituels, dans une grande aventure épique où se mêlent, pour notre plaisir, action et émotion, science et mysticisme. Réflexion sur l'Histoire, sur l'évolution des mythes, sur la place de l'homme dans l'univers et sur son rapport au temps, Orchéron est un magnifique récit, qui forme avec Abzalon un passionnant diptyque, aux volets complémentaires mais indépendants.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/3/2001 dans Galaxies 20
Mise en ligne le : 3/6/2002


     Deux ans. C'est le temps qu'il nous aura fallu attendre cette suite à Abzalon (cf. critique in Bifrost 12), ro­man space op' archi-classique mais bien fice­lé, une manière de modèle d'efficacité dans l'épique. Deux ans. Non pas que ce soit par­ticulièrement long... D'autant qu'entre temps, notre auteur n'a pas chômé, loin s'en faut. Qu'on en juge : un roman en épisodes chez Librio, Les Derniers hommes ; un « Quark noir » chez Flammarion, Graine d'immortels ; enfin l'excellent Fables de l'Humpur chez J'ai Lu « Millénaires ». Bordage est un besogneux, dans la vraie tradition du roman populaire. Tant mieux pour nous ! Deux ans donc... Pas trop, on l'a dit, mais suffisamment tout de même pour avoir oublié une bonne part des éléments du premier volet. Ce qui est un peu plus qu'en­nuyeux car tout, dans Orchéron, découle d'Abzalon... Bref, pour vous plonger dans ce bouquin dans de bonnes conditions et sans trop être dérouté, lisez Abzalon !

     Souvenez vous. Les passagers de l'Estérion, après de nombreuses péripéties et un siècle de voyage mouvementé, ont enfin trouvé leur Eden. Ils étaient 10000 lors du départ. Ils ne sont plus que 500 à l'heure de l'atterrissage dans ce nouveau monde. Depuis, cinq siècles se sont écoulés. L'épopée de l'Estérion est désormais un mythe ; ses héros des dieux, les fondements idéo­logiques de cette jeune société où chacun à sa place, où le meurtre n'existe pas. Le nouveau monde est vaste, inconnu, et les colons ont fort à faire pour survivre sans le moindre outil technologique dans cet envi­ronnement généreux mais sauvage. Et voilà que des hommes masqués, qui se font appeler les Protecteurs des Sentiers, entre­prennent d'instaurer leur propre justice en vertu de dogmes fanatiques et au nom d'un des personnages mythiques de l'Estérion. Orchéron, qui échappe in extremis et de façon mystérieuse à leur vindicte, entre­prend un long périple afin de fuir ses bour­reaux. Une course poursuite qui l'amènera à découvrir un nouveau continent riche de révélation sur ses propres origines et celles du monde qu'il habite. Parallèlement, la résistance aux Protecteurs des Sentiers s'organise...

     Partant de ce cadre utopique (une nou­velle Terre peuplée de colons bienveillants décidés à ne pas reproduire les conneries passées) qui vire à la dystopie sanglante, Bordage tisse habilement (comme d'habi­tude, est-on tenté d'écrire) les fils de ses intrigues croisées, autant d'histoires gravi­tant plus ou moins autour de celle, centrale, d'Orchéron. Et en matière de tisseur d'his­toire, nous l'avons affirmé plus d'une fois, Bordage est probablement l'un des meil­leurs « faiseurs » francophones, si ce n'est le meilleur. On s'installe rapidement dans le bouquin, immédiatement pris dans le flot de cette histoire passionnée et passionnelle où se mêlent inceste, endoctrinement, fana­tisme et colonialisme. Le drame se noue, inexorable, et nous pousse, nous, lecteurs, jusqu'à son dénouement. Le défaut récu­rent de Bordage, c'est sa gourmandise (et peut-être, aussi, la propension qu'il a à flinguer systématiquement la plupart de ses héros...). Qu'il parvienne à juguler sa fréné­sie narrative, et il touche, ou peu s'en faut, au chef-d'œuvre (Les Fables de l'Hum­pur). Sauf qu'ici, c'est raté. Oh bien sûr, le souffle est toujours là, ce côté épique qui donne à la S-F de notre auteur cette allure de fantasy débridée. Alors on plonge, on y va, ouais ! ! Jusqu'à ce que, petit à petit, on lève le nez, on s'égare, on bricole, on vaga­bonde... Bref : on s'emmerderait presque. Un comble. Les intrigues mêlées se diluent dans des atermoiements factices, des dérives pseudos new age inexplicables. On y croit plus : trop c'est trop. Jusqu'à un dénouement obscur, sans grandeur (enco­re un comble pour cet auteur). On a ce désagréable sentiment de boucle non bou­clée, cette impression de s'être fait, après pas loin de 500 pages, en définitive flouer. Abzalon ne nous avait pas totalement convaincu. C'est pire ici. Voilà un cycle (l'auteur annonce un total de quatre ou cinq volumes) qui ne passionne pas, au contrai­re. Bordage à su convaincre de son talent — à juste titre — un large public. Souhaitons qu'il n'en tombe pas pour autant dans la facilité et oublions cet Orchéron : il y a mieux à lire chez Bordage.

ORG
Première parution : 1/4/2001 dans Bifrost 22
Mise en ligne le : 1/10/2003


 
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