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Musiques liturgiques pour nihilistes

Brian HODGE


Illustration de Dolly NICKEL

BÉLIAL' , coll. Psychoses n° (1)
Dépôt légal : mars 1999
Première édition
Recueil de nouvelles, 164 pages, catégorie / prix : 10
ISBN : 2-84344-018-1
Genre : Fantastique

Co-édité par "Orion Éditions et Communication".


Quatrième de couverture
     Pour Robert, un journaliste américain ayant perdu sa famille dans un incendie criminel, rien n'a plus de sens que de s'enfuir en Amérique du sud. Là, il parvient à se reconstruire un univers paisible... Mais une nuit, il aperçoit un jaguar, peut-être... L'animal tient dans ses crocs la main tranchée d'un homme. Robert apprendra cruellement qu'il n'est pas de paradis là où règnent la magie noire et les escadrons de la mort.

     Le vieux Jack, que tous considèrent comme un fou et un vagabond, connaît l'histoire de l'église Saint Jean — Baptiste, mais aussi la véritable nature de ses étranges gargouilles et de leur sculpteur : Geoffrey Blackburn ... Un homme que l'on disait, au XlVe siècle, capable de donner vie à la pierre.

     Les villes s'étendent, jour après jour, rien ne peut plus l'empêcher, et dans ce tissu urbain, organique, au coeur de ce cancer, un homme étrange déambule. Il se dit « négociant en âmes », devin. Il porte le nom de Hieronymus Beadle. C'est vous qu'il observe, c'est votre souffrance qu'il convoite...

     Avec Clive Barker, Peter Straub, Dan Simmons, Poppy Z. Brite, Brian Hodge fait partie des auteurs qui ont violemment modernisé le fantastique et l'horreur. Deux de ses romans ont été publiés en France : Les Saints les plus sombres, La Vie des ténèbres. On a pu lire deux de ses nombreuses nouvelles dans Shock Rock et Eros Vampires, l'anthologie de Poppy Z. Brite, avec laquelle il partage un goût littéraire profond pour les bas-fonds, les paumés, la vie nocturne, la rébellion et les vampires.

     Ce recueil de cinq textes, d'une noirceur inégalée, cartographie un univers macabre, gothique, où tout est possible, de la lutte contre les escadrons de la mort grâce à la lycanthropie, jusqu'à la conception d'un nouveau type de musique : une musique liturgique pour nihilistes.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Thomas BAUDURET, Brian Hodge, excitant, flamboyant et qui emmerde le monde, pages 7 à 10, préface
2 - Le Paradis en voie d'extinction (Extinctions in paradise) , pages 11 à 30, nouvelle, trad. Thomas BAUDURET
3 - Un autre moi (Some other me) , pages 31 à 47, nouvelle, trad. Wildy PETOUD
4 - Cénotaphe (Cenotaph) , pages 49 à 75, nouvelle, trad. Thomas BAUDURET
5 - Tendres holocaustes (Little holocausts) , pages 77 à 98, nouvelle, trad. Wildy PETOUD
6 - Musique liturgique pour nihilistes (Liturgical music for nihilists) , pages 99 à 144, nouvelle, trad. Thomas BAUDURET
7 - Gilles DUMAY, Entretien avec Brian Hodge, pages 147 à 154, entretien avec Brian HODGE, trad. Thomas BAUDURET
8 - Alain SPRAUEL, Bibliographie des oeuvres de Brian Hodge, pages 155 à 161, bibliographie
Critiques
     Attention, noir ! C'est ainsi que tout le monde qualifie l'univers macabre et gothique de Brian Hodge. Ce ne saurait tout à fait être un gage de qualité s'il n'y avait derrière une profonde réflexion métaphysique servie par une splendide écriture. Un style qui fait mouche dès la première phrase : « Que ce soit bien clair : ici, on tue des enfants » (in « Le Paradis en voie d'extinction ») ; « II a dû y avoir des signes avant-coureurs » (in « Tendres Holocaustes »). Dès l'accroche, Hodge distille une musique qui ne vous quitte plus, comme une obsession qui remonte obstinément à la conscience. En plein récit, il est capable de lâcher une phrase qui vous hante pour longtemps. Ainsi, quand on a grandi dans l'absence d'un proche prématurément disparu : « Nous sommes des fantômes l'un pour l'autre, hantés de souvenirs inexistants ».

     Le titre de la principale nouvelle (qui est celui du recueil) résume précisément son œuvre ; le paganisme (au retour souhaité) et la déliquescence des sociétés modernes sont ses thèmes principaux, comme on pourra s'en persuader avec ces cinq nouvelles qui voient rôder d'anciens dieux à la lisière de notre monde, des enfants persécutés par le monde moderne se transformer en jaguars, un dieu naître du néant à l'intérieur d'un lieu hautement symbolique : un abattoir désaffecté.

     Aux villes qui s'étendent comme des cancers et dont les murs boivent les âmes de ceux qui souffrent s'opposent les landes écossaises battues par le vent, les reliefs tourmentés d'une Angleterre au ciel plombé et à l'horizon noyé de brouillard. Les personnages sont des marginaux, toxicomanes, homosexuels persécutés, enfants de bidonvilles, artistes ratés. Ce qu'ils vivent fait toujours écho à un passé douloureux, à des histoires anciennes qui mettent en relief les événements présents ou leur donnent un éclairage inédit. En toile de fond, Hodge analyse la souffrance, la culpabilité, la mélancolie, et les attitudes qui en découlent, attitudes de fuite, de révolte, d'expiation.

     Le noir de Brian Hodge est profond, velouté, magistral !

     Pour briller ainsi, cette noirceur est forcément truffée de diamants. Ceux-ci montrent que ce constat négatif du monde est tempéré par la compréhension, l'empathie, l'amour du genre humain et même l'espoir. Voici comment le preneur d'âmes considère celui qui le consulte pour fuir la souffrance : « À quelle déchéance était-il réduit ! Car plus personne ne croyait à la magie, et leur seule motivation était l'espoir de ne plus souffrir. Il refusait de les mépriser pour autant. Le siècle avait été cruel, dans l'ensemble. » Au-delà de la compassion, on décèle de la tendresse. Parler de souffrance morale n'est pas négatif quand elle est témoignage d'humanité : « Quelquefois je gratte la plaie, pour m'assurer que je sais encore la ressentir. Mais je dois creuser très profond (...) Il fut un temps où je croyais cette insensibilité désirable ».

     Chez Hodge, l'espoir est mince, mais il existe. S'il ne se fait guère d'illusions sur le monde et ses semblables, il n'en reste pas moins porteur de valeurs positives qu'il sait déceler dans les plus noirs tableaux, à l'instar d'un Baudelaire célébrant Les Fleurs du mal.

     Ne craignez donc pas la lecture de Hodge. Elle n'est pas aussi négative qu'on le dit. « Car lorsque tout est dit, il reste la vie et rien que la vie, dans toute sa richesse. »

     Outre une préface de Bauduret, ce recueil comprend une interview de l'auteur et une bibliographie qui montre combien Brian Hodge est encore peu traduit en France.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/1999 dans Bifrost 14
Mise en ligne le : 12/10/2003

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