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L'Homme aux semelles de foudre

AYERDHAL


Illustration de Valérie GAUTIER

FLAMMARION (Paris, France), coll. Quark Noir n° (6)
Dépôt légal : octobre 1999
Première édition
Roman, 226 pages, catégorie / prix : 69 FF
ISBN : 2-08-067945-7
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   LES MOUTONS ÉLECTRIQUES, 2015
   in Deux futurs proches, 2017
   in Deux futurs proches, 2019

Quatrième de couverture
     Voir son frère de coeur devenir ennemi public n°1, il y a de quoi vous saper le moral. Se voir chargé de l'arrêter pour le livrer à qui de droit, ça tourne carrément au cauchemar. Un cauchemar bien réel pour Mark Sidzik : Markus Weinmar, son ami et son frère, l'apôtre de l'éthique des énergies, s'est transformé en machine à tuer. Et lui seul peut le retrouver.
     Faire couler le sang des pollueurs ne relève déjà plus de l'écologie. Mais comment expliquer que les foudres de Markus s'abattent, de préférence, sur les champions de l'énergie propre ? A ce stade, ce n'est pas la folie qu'il convient d'invoquer. C'est une manipulation géante...

     Ayerdhal est considéré comme le chef de file de la SF française. Son dernier roman, Etoiles mourantes (collection Millénaires, J'ai lu), écrit en collaboration avec Jean-Claude Dunyach, lui a valu le Prix Tour Eiffel en 1999.
Critiques
     Revoilà donc Mark Sidzik ! Le héros partagé de l'auguste maison Flammarion est de retour sous la plume d'Ayerdhal qui, naguère, s'était illustré dans ce genre d'exercice avec un « Macno » dont le principal mérite était d'être le premier.

     « Quark Noir » propose de petits thrillers scientifiques s'inscrivant dans un futur immédiat. Le projet éditorial est sous-tendu par la volonté de défendre une certaine éthique, au point que l'on peut se demander s'il n'est pas parrainé par des comités bien réels. Plus que tout autre, Ayerdhal ne pouvait qu'être attiré par un tel projet.

     Ayerdhal n'est plus ce qu'il était. Il est désormais un moraliste bien pensant qui, à défaut d'être complètement creux, est franchement lourd et pompeux. Ici, le cadre et la courte distance l'ont contraint à ne point trop en faire. Préoccupé par la leçon de morale qu'il pense avoir à donner, il écrit un roman d'action sans jouer de l'implication spéculative, comme a su le faire Joëlle Wintrebert (cf. critique in Bifrost 16).

     Markus Weinmar, ami de Sidzik et agent du WER, s'est mis au terrorisme, enchaînant les attentats contre des entreprises ayant investi dans les énergies propres comme des perles. Là, il faut opérer le distinguo entre propre et renouvelable. Parce que bien que renouvelables, les bio carburants n'en sont pas moins polluants que les fossiles ; ils produisent aussi des gaz à effet de serre alors que, non renouvelables, les carburants fossiles n'en produisent pas — ils ont leurs propres inconvénients. Comme le disait récemment M. Duffour, leader de la Confédération Paysanne au sujet de l'agriculture raisonnée : « S'il s'agit de polluer moins pour polluer plus longtemps, ce n'est bien sûr pas ce que nous défendons ». C'est cette tendance politico-éthique qu'Ayerdhal soutient. Sidzik est donc lancé dans une chasse à l'homme épaulé par les services de renseignements européens en la personne de l'amazone ayerdhalienne de service. Or, voilà que l'on prête à Weinmar des attentats qu'il n'a pas commis. Contre le projet (fictif) d'EDF Coriolis — un projet éolien tout à fait propre bien que technologiquement peu crédible (voir la postface). La rencontre aura lieu en Corse lors d'un colloque préparatoire à la CME (Conférence Mondiale sur l'Energie — sigle mal choisi puisque déjà utilisé pour Conférence Mondiale sur l'Eau ; sigle mal choisi donc mais lieu qui l'est tout autant alors que la guerre d'indépendance continue de faire rage dans l'Île de Beauté).

     La réflexion la plus intéressante concerne EDF dont la production est principalement d'origine nucléaire. Ayerdhal souligne que son principal actionnaire est l'État ; ce qui lui permet la recherche à long terme, fondée sur les aspirations écologiques des citoyens. Dans le commerce de l'énergie, EDF fait figure à la fois de mouton à cinq pattes et surtout de mouton noir car, à l'inverse, l'industrie privée — financée pour une bonne part par les fonds de pension — , ne peut que se soucier de rentabilité immédiate. Dans 30 ans, ceux qui attendent rétribution de leur fond de pension seront morts ! Le pensionné qui finance le privé pense à son bref avenir tandis que le citoyen qui finance le public pense à assurer l'avenir de ses enfants...

     Si, sur la forme, L'Homme aux semelles de foudre n'a pas de quoi casser trois pattes à un canard, le background est vecteur d'une réflexion intéressante. Quant au récit lui-même, il est facile mais assez remuant pour ne laisser nulle place à l'ennui. En passant.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/5/2000 dans Bifrost 18
Mise en ligne le : 5/10/2003


     Le début ferait croire que l’auteur a oublié la psychologie du héros récurrent. La suite montre que non, et s’inscrit fortement dans la série, en renvoyant aux volumes de Canal et de Bordage, même si la violence initiale ne s’atténue pas. On massacre, surtout autour d’une séductrice venue du Nikita de Besson, et on cavalcade de Berlin à Kourou et du Texas à la Corse. Cependant, si l’assoiffé de romans d’action y trouve son compte, c’est dans les remugles d’un quelconque SAS. Le fan de SF en est davantage pour ses frais, malgré de l’eau dans les désert ou un dirigeable de haute altitude produisant de l’énergie propre. Quant à l’amateur d’imprécations sur l’ici et le maintenant, il sera ravi mais aussi interloqué : Ayerdhal tape sur les conférences-grand-messes-planétaires, les multinationales (dont une « Kay-Zaco » !) ou l’impérialisme états-unien, mais il défend brillamment EDF et un tout-électrique futur, rappelle que pétrole et charbon sont pires que le nucléaire, vise des carburants dits verts aussi polluants que les autres, titille les chimistes corses sur leurs cibles et motivations, prône une mondialisation qui ne soit pas que celle des marchés, et l’intégration européenne — services secrets compris. Il en fait le moyen de dépasser la tentation de la violence individuelle, compréhensible mais ne profitant qu’aux manipulateurs, lesquels désirent et obtiennent le contraire exact de ce que veulent leurs idéalistes victimes. Alors, tant pis si les émules de Jacques Chancel demandent : « Et la SF dans tout ça ? »

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/3/2000 dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 17/5/2001

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