Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
Les Destins minuscules

Philippe COUSIN




...CAR RIEN N'A D'IMPORTANCE (France), coll. Cacahouettes
Dépôt légal : 1989
140 pages, catégorie / prix : 54 FF
ISBN : 2-87795-002-6   




    Sommaire    
 
    Critiques    
     Le pilote d'un char d'assaut ultramoderne vole son engin de mort et se lance à la poursuite de la femme qu'il aime et qui ne l'aime plus. La traque impitoyable de Jab se termine mal, très mal. Par l'apocalypse : « Jab est mort, mais avant de mourir, il a tout modifié. Sur la plaine, il a posé des Hymalayas de crème fraîche. Il a fait se lever le soleil. Il a arrêté toutes les pendules ». Point final de la novella de 70 pages qui donne son titre au recueil que Cousin vient de publier en « Présence du futur ». Et qui est superbe. Une apocalypse nucléaire décrite ainsi, en trois lignes définitives et poétiques, il faut le faire. Et Cousin l'a fait, avec son style à lui, au service d'une histoire, une vraie : les néo-formalistes peuvent en prendre de la graine, la bonne graine de la littérature.
     «Si vous aviez un peu de probité, un peu d'audace, un peu de passion, si vous aviez un tant soit peu de vous-même, vous achèteriez la ruelle de celle que vous aimez. Si vous aviez ce minimum de fierté, vous pourriez faire murer tout autre fenêtre que la sienne, détourner les bus, les voitures et les passants, si vous aviez quelque opiniâtreté. Et dans la rue déserte, vous tireriez un piano sous ses volets.
     Et vous joueriez. Dans la rue déserte. Car elle aurait déménagé la veille, sans que vous le sachiez ».
     Cela s'appelle La rue de celle que l'on aime. Ce n'est pas un extrait de nouvelle, c'est la nouvelle en entier, une toute petite nouvelle que je n'appellerais surtout pas une « short-short », pas plus qu'un « slip-slip ». On la trouve dans un autre recueil de Cousin sorti en même temps que La solution du fou : Les destins minuscules, qui contient une centaine de tout petits textes (certains font deux lignes), a été tiré en tout petit tirage (500 exemplaires) par un tout petit (et tout nouveau, et très courageux, et fabuleusement original) éditeur de Perpignan. Les destins minuscules est consacré à ce qu'on appelle d'ordinaire, pudiquement, parfois honteusement, des « textes de jeunesse ». Seulement en ce qui concerne Cousin, il n'y a pas de honte à avoir, et pas non plus de pudeur : La solution du fou et La rue... sont de la même plume, exactement la même, qui joue avec les pleins et les déliés, la souplesse des mots, la différence des encres de couleurs. Le même talent fou, la même maturité fraîche, à quinze ans d'écart.
     Et les mêmes thèmes, le même thème plutôt, qui sous-tend en filigrane toute l'œuvre de Cousin : l'amour, que le temps lamine. Le temps, c'est à dire des événements, c'est à dire la guerre, la vieillesse, la fatigue... Dans La romance de Jeanne (Denoël), un homme fait tout pour sauver une fille d'une planète-prison. Mais c'est pour la tuer : c'était un tueur à gage. Dommage : il l'aimait. Et il aura désormais le temps de se haïr. « Jusqu'à la fin de son temps. Il n'avait pas besoin de faire le calcul : c'était encore loin. Les tueurs ont une santé de fer ». Encore un point final en forme de point d'orgue moulé dans un bien beau métal. Certes, pourra-t-on dire, il n'est pas rigolo, Cousin. Que penser par exemple de Soit la bienvenue, Angèle (même recueil), où un couple fait le voyage à Rio de Janeiro pour assister au « Mundial », et où l'épouse, brésilienne exilée parce qu'ancienne militante de gauche, est torturée chaque après-midi alors que son époux assiste aux matches sans se douter de rien ? Fin d'un amour laminé par une apocalypse rampante, là encore. Et vision définitive, d'un noir d'encre de seiche, de la lâcheté quotidienne... Mais ce noir-là est bourré de couleurs secrètes : Cousin n'est pas un désespéré larmoyant, il a le désespoir féroce et beau, grinçant comme... « Moi ? Moi, je grinçais toute la nuit dans le théâtre désert : j'avais un rôle de longue durée, c'est dur de grincer quand on est gavé ».
     Celle-là aussi vous la trouverez dans Les destins... Mais je ne vous dis pas où ni quand, il n'y a pas de raison qu'on vous mâche tout le boulot. Quand même, pour vous procurer ce délicieux petit bouquin carré, 140 pages format 11 x 11, il faudra vous remuer un peu. Et le commander à « ... Car rien n'a d'importance » (éditions), 44 bd. Jean-Bourrat, 66000/Perpignan, pour la somme modique de 54 F. Après, vous pourrez mourir heureux.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/2/1990 dans Fiction 412
Mise en ligne le : 6/10/2003


 
retour en haut de page

Dans la nooSFere : 66184 livres, 66243 photos de couvertures, 61000 quatrièmes.
8090 critiques, 36215 intervenant·e·s, 1463 photographies, 3689 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.