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Le Wendigo

Algernon BLACKWOOD


Traduction de Jacques PARSONS

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 160
Dépôt légal : 4ème trimestre 1972
224 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Fantastique 



    Quatrième de couverture    
     Le Wendigo est une malédiction,
     un dieu mauvais des forêts canadiennes.
     II apparaît comme une bête monstrueuse
     qui fait courir les hommes si rapidement
     que leurs pieds deviennent brûlants
     et que leur peur les arrache du sol
     pour les faire aller si haut, si haut
     que l'éclat des étoiles fait saigner leurs yeux.

     Un recueil de nouvelles fantastiques
     du grand écrivain anglais Algernon Blackwood.

    Sommaire    
1 - Jacques PARSONS, Introduction, pages 9 à 10, Introduction
2 - Le Wendigo (The Wendigo), pages 11 à 69, trad. Jacques PARSONS
3 - Celui que les arbres aimaient… (The Man Whom the Trees Loved), pages 71 à 158, trad. Jacques PARSONS
4 - La Danse de mort (The Dance of Death), pages 159 à 171, trad. Jacques PARSONS
5 - Complice par omission (Accessory Before the Fact), pages 173 à 181, trad. Jacques PARSONS
6 - Passage pour un autre monde (The Trod), pages 183 à 221, trad. Jacques PARSONS

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Great Ghost Tales ( Saison 1 - Episode 11 : The Wendigo ) , 1961 (d'après le texte : Le Wendigo), (Episode Série TV)
 
    Critiques    
 
     Ce troisième recueil de nouvelles paru en France du grand maître anglais Algernon Blackwood est peut-être le meilleur. Il contient en tout cas deux longs textes de ce fantastiqueur émérite qui situent leur auteur aux côtés de James pour la finesse de l'écriture et de l'étude psychologique. Il s'agit de la nouvelle qui donne son titre au recueil et de Celui que les arbres aimaient. Le charme contenu dans chacun de ces textes émane principalement de l'art consommé avec lequel Blackwood s'empare d'éléments naturels pour les charger de mystère. Mais non pas du mystère banal que préconisent les auteurs seulement préoccupés d'utiliser l'arsenal gothique. C'est le mystère d'âges anciens qui n'ont laissé sur notre terre que de bien minces empreintes — mais aussi des ombres gigantesques qui traînent parmi les régions peu habitées où la présence de l'homme constitue encore un sacrilège. C'est ainsi que le Wendigo, cette entité maléfique qui n'est pas sans évoquer celle que Jean Ray nommait le Uhu, le Wendigo erre sur les étendues neigeuses du Canada où s'aventurent parfois des chasseurs téméraires, tels les protagonistes du court drame de Blackwood. Les êtres humains, sous la plume de cet auteur, ne prennent guère de relief ; leur quotidienneté somme toute banale, et sans beaucoup d'intérêt pour l'anecdote qu'ils servent, leur confère aux yeux du lecteur un masque pitoyable qui vient ajouter à leur irresponsabilité en face du déchaînement implacable des forces obscures. La précarité de l'individu devant la Nature, qui vit et perpétue un sourd combat héréditaire contre l' « usurpateur », cette précarité apparaît de façon simple et efficace au contact du style sensible et qui tire son évidence de convictions particulièrement vives chez l'auteur lui-même.
     Le panthéisme de Blackwood, ses lectures « orientées », son appartenance, aux côtés de Machen, Sax Rohmer et Bram Stoker, à la fameuse Golden Dawn, toute l'aura mystérieuse et sulfureuse aussi qui entoure, forcément, tout auteur fantastique de quelque importance, ne doivent pas nous faire oublier l'écrivain. Car, de même que James n'est pas seulement manieur de fantômes, comme certains voudraient le faire croire, Algernon Blackwood demeure avant toute chose, aux yeux des lecteurs d'outre-Manche où sa popularité est grande encore, un écrivain de grand talent. Le fantastique, chez lui, naît des forces conjuguées d'un talent rare de conteur et de philosophe. La terreur qui a nom Wendigo, la forêt d'épouvante qui cerne la maison de Mr et Mrs Bittacy, n'ont pas même la consistance des fantômes d'Henry James. C'est dire qu'il y a deux degrés de lecture, ce qui n'entame en rien la qualité du mystère, mais bien au contraire le renforce, décuple l'inquiétude. Aujourd'hui, les mythologies de la littérature dite marginale fécondent d'heureuse façon les recherches de l'avant-garde : la mise en abîme qui déclenche le second texte du recueil prouve qu'il ne faudrait pas voir seulement dans l'anecdote la toute-puissance du fantastique. La fiction elle-même est génératrice d'horreur. Bien plus, elle dépasse l'anecdote, jusqu'au paroxysme, pour dérouter plus savamment l'esprit enfiévré du lecteur.
     Les subtilités du langage jointes à l'originalité des sources mêmes de l'horreur : voilà qui convainc, pour peu que l'on accepte de recevoir la leçon de Blackwood, ce message que l'auteur entend mettre dans son œuvre, avec cette ferveur parfois candide qu'ont les Anglo-Saxons lorsqu'ils sont aussi prosélytes. Blackwood nous montre des êtres empoignés par des tourments qui relèguent au nombre des futilités les coutumières complications psychologiques dont on faisait jadis la trame des récits fantastiques. Les chasseurs perdus dans les sombres forêts canadiennes, le vieux ménage anglais de Celui que les arbres aimaient, sont littéralement manipulés par des forces qui les dépassent d'abord, puis qu'ils sont amenés à accepter. C'est à travers la progression du récit écrit, à travers les mots du subtil crescendo de la peur que se mesure, mieux que dans le comportement extérieur des personnages (que l'auteur délaisse quelque peu), le changement du monde tel que Blackwood voudrait qu'il nous apparût. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : l'homme est impuissant, II ne peut qu'assister en spectateur au drame terrible qui se joue devant lui, s'il sait voir, ou percevoir, la réalité des forces qui se disputent le monde.
     Ce qui séduit — ou chagrine quelquefois le lecteur qui reste insensible au discours qu'on lui tient — c'est de comprendre à quel point le véritable protagoniste des drames que peint Blackwood (il ressemble beaucoup au peintre-paysagiste Sanderson du second texte !), c'est Blackwood lui-même. C'est lui qui nous parle, avec cette finesse et cette pudeur jamesienne qui possède tant de charme, et nul doute que, lorsque l'on sait se laisser envoûter par la magie de ses mots et des images qu'ils insinuent en nous, perfidement et talentueusement, le voyage en vaille la lecture...

François RIVIÈRE
Première parution : 1/4/1973 dans Fiction 232
Mise en ligne le : 11/3/2018


 

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