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Le Mur de la lumière

Nathalie HENNEBERG



Illustration de Pierre FAUCHEUX

ALBIN MICHEL (Paris, France), coll. SF (2ème série) n° 2
Dépôt légal : 2ème trimestre 1972
256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     L'humanité vit à l'ère spatiale mais un dernier obstacle lui barre la route des étoiles : le mur de la lumière.
     Un cataclysme a brisé la ceinture des satellites qui défend la Fédération solaire.
     Pourtant une fusée en revient, commandée par un inconnu...
     Et Anne, une étrange jeune fille, est saisie d'épouvante. En fait, elle le connaît.

     Nathalie Henneberg a commencé à écrire avec Charles Henneberg, son mari.
     Elle a continué seule et a conquis une place très personnelle dans la science-fiction moderne.
 
    Critiques    

La « spatialisation » de l'élément « temps », ainsi ramené au principe d'une dimension, chère à notre mentalité de membres d'une communauté linguistique indo-européenne, est-elle l'obstacle majeur nous empêchant de plonger à volonté dans notre lointain passé d'Atlantes ? Ou bien seuls les contemporains en possession d'un mode différent de représentation de la durée peuvent-ils prétendre, dans leur patrimoine génétique, reconnaitre le dépôt sacré des anciens maîtres de notre planète ? A défaut de cette faculté tellement présente chez les protagonistes du drame temporel et cosmique et qui les propulse aussi bien dans l'espace à vitesse supraluminique que dans le futur retrouvé et le passé rêvé de ce volume, il nous faudra bien recourir à cette ligne de temps artificiellement implantée dans notre esprit et réduisant la durée et son flux constant à une juxtaposition d' « instants », si nous voulons retrouver la mémoire de ce qui fut notre état d'esprit en ouvrant pour la première fois le numéro 71 de Fiction

Pas plus le langage mathématique que le recours aux images ne pourront en effet servir d'écran à la simple différence de chiffres, s'agissant d'une revue qui a, aujourd'hui, largement entamé sa troisième centaine de numéros. Et cependant, les « vieux et fidèles lecteurs » n'ont certes pas oublié cet ancien numéro de leur revue favorite. Jean-Claude Forest l'avait doté d'une illustration recouvrant les deux pages et le dos de la couverture. Cette gravure était aussi agréable à contempler en gros (volume ouvert et retourné) qu'en détail. Aujourd’hui, bien entendu, bien peu oseraient profiter pleinement de la première manière. C'est que le papier a un peu jauni, s'est légèrement ridé, est devenu cassant, avec les années. Et si le centre du dessin en venait à craquer pour de bon, tranchant l'aile droite de la Conjuratrice Altanléa !... Côté face, donc, nous continuons d'admirer la jeune Atlante, ses antennes et ses bijoux, ses doigts palmés et ses ailes d'immense et belle chauve-souris. Elle pose, un peu alanguie malgré sa station debout, par la grâce d'un déhanchement foresto-bardotique. Sa virginité trouve, pour s'abriter de notre regard, l'aile de l'un des papillons géants qui rendent hommage à sa beauté. En second plan, toujours sur ce côté face, glisse moelleusement l'esquif gracieux du Navarque Néor. Ses voiles peu aérodynamiquement mais très exotiquement disposées rendent — mais sur le mode immaculé — à cet amoureux du vent et de l'onde les ailes sombres dont le priva sa vertu chaleureuse et son amour des hommes ordinaires. Côté pile, un astronef s'élance, abandonnant la mégalopole. C'est celui du mutant maudit mais génial inspirant la noire mais brûlante passion. On a reconnu Arno Heller, garçon sauvage de la station Andromède, mais également Hellemar, Prince et Epée-qui-chante de l'Atlantide engloutie. 

Combien de fois, feuilletant amoureusement notre vieille et chère collection, n'avons-nous pas reconnu cette image et descendu du rayon, avec le respect d'un ministre du culte se munissant du saint sacrement, ce numéro 71 et les deux suivants. « C’était bien là une des grandes époques de Fiction ! » soupirions-nous alors. Et la relecture suivait ou non, des nouvelles et rubriques de l'époque, mais toujours nous effleurions ces pages chargées de poésie, d'un sombre et puissant souffle épique. Et notre esprit s'élançait à nouveau dans l'espace, enfin violé par la distorsion spatiale qui offrait le voyage plus rapide que la lumière. Et nous plongions également dans les songes bleu et or de l'Atlantide qu'aima Charles Henneberg... 

Rarement la légende fut aussi bien mariée aux thèmes scientifiques. Rarement personnages d'aventure spatiale se virent dotés d'une telle richesse psychologique. Jamais, peut-on dire, la symbolique interne d'une œuvre ne recouvrit d'aussi complète manière celle d'une psyché collective. Les mutants KZ en butte au racisme des humains ordinaires et non exempts eux-mêmes d'un tel sentiment font qu'il n'est pas, ici, de ces ordinaires méchants affadissant par un manichéisme primaire le thème de trop nombreux ouvrages. Chacun des adversaires, Néor-Earl Stanley le chevaleresque tout comme Hellemar-Arno Heller que l'amour entraîne à refuser la place que lui assignait le conformisme social, obtient la sympathie du lecteur, Et comment ne pas suivre et comprendre, et partager en toute et réelle sympathie, les élans, envers l'un comme l'autre de ces héros, de la magnifique Altanléa-Nan. de Nangis ? intrigue quasi-policière au sein de l’astronef, dans son monde de déracinés des cales et son groupe de responsables dont les névroses et les types finement créés enrichissent encore l'ensemble, légende magnifiée par le style torrentiel et verbalement admirable, encore exempt à ce niveau de certaines outrances qui le menèrent ultérieurement à de dangereuses proximités de l'enflure, et capable de s'égaler à la Salammbô de Flaubert, l'œuvre hennebergienne semble bien avoir atteint, ici, son fragile point de perfection. 

Décidément, il existe de nombreux indices menant à penser que la science-fiction française est actuellement à la recherche de son âge d'or. Jamais l'édition de langue française ne fut aussi active. Et les très nombreuses rééditions montrent une nostalgie des vingt ans écoulés que nous ne saurions critiquer, notre propre attendrissement précédent étant là, si besoin était, pour nous l'interdire... Réjouissons-nous au contraire d'un tel foisonnement, signe indubitable d'un intérêt nouveau dans la masse des lecteurs. Quel meilleur hommage à cet âge d'or français que de voir enfin présenté en volume ce Mur de la lumière d'Henneberg ? 

Voici enfin reconnue ouvertement la valeur d'une littérature SF typiquement de chez nous, que d'aucuns voulurent refuser à notre pays... Et si je dis « enfin », il ne s'agit pas là d'un emploi ordinaire de ce terme ! Treize ans après le moment où la seule revue française qui n'interrompit jamais son effort de promotion ouvrait ses colonnes à ce superbe récit, celui-ci se voit enfin doté de la présentation en volume soigné qu'il méritait mieux que tout autre. L'œuvre de Charles, puis de Nathalie Henneberg, méritait amplement une consécration qui la mènera, souhaitons-le, jusqu'au niveau des gros tirages, avec la reprise en éditions « poche ». 

Mais pourquoi, aujourd'hui, avoir effacé de la couverture de ce superbe ouvrage le prénom de « Charles » Henneberg, alors que le texte de présentation de la revue, en 1959, précisait nettement qu'il s'agissait d'une œuvre posthume ? Une préoccupation mercantile, liant cette suppression — le copyright porte « Nathalie-Charles Henneberg » — au changement du titre — An premier, ère spatiale devenant dans l'aventure Le mur de la lumière — espérait-elle faire croire à un inédit ?

  


Pierre MARLSON
Première parution : 1/12/1972 dans Fiction 228
Mise en ligne le : 3/2/2019


 
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