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Le Peuple d'argile

David BRIN

Titre original : Kiln People, 2002
Première parution : Tor, 2002
Traduction de Thierry ARSON
Illustration de AMATERRA atelier graphique

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Dépôt légal : mars 2004
Première édition
Roman, 624 pages, catégorie / prix : 21 €
ISBN : 2-258-06142-3
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Albert Morris pourrait être un détective privé heureux, dans ce futur proche...

     Il a une ravissante compagne, étudiante à vie et guerrière par procuration, il exerce une profession qui lui plaît et, comme tout un chacun, il dispose de doubles d'argile, ses « dittos », chargés des sales boulots.
     Mais quand Albert tombe sur un trafic de faux dittos, tout se complique. D'autant que ces doubles d'argile ont des états d'âme, eux qui ne sont pas censés avoir d'âme.
     Et lorsqu'il pousse l'enquête, c'est pour rencontrer un dangereux trafiquant, un savant fou, un multimilliardaire qui vit en reclus, un opposant aux doubles, un chercheur et la reine d'un étrange essaim de dittos rouges.
     Albert Morris comprend alors qu'il y a sans doute beaucoup plus derrière ces petits trafics et toute cette agitation : des découvertes qui risquent de bouleverser la société, peut-être même de la détruire...

     Après de nombreux livres à succès, récompensés par les prix les plus prestigieux, dont le Hugo et le Nebula, David Brin signe un roman original, joyeux pot-pourri de nombreux mythes : le golem, Frankenstein, Jekyll et Hyde, et bien d'autres encore.
     Un livre parfaitement jubilatoire. Brin s'amuse. Et ses lecteurs aussi !
Critiques
     Si vous aimez le mélange SF / polar, où un détective privé standard (trench, feutre mou, états d'âme) s'emploie à affronter toutes sortes d'adversaires dans toutes sortes de scènes d'action, et à élucider diverses malversations jusqu'à déjouer un vaste et terrifiant complot, le tout dans une ville américaine standard (bas-fonds vs. beaux quartiers, heures de pointe, flics bougons, prostituées de luxe), quoique du XXIIe siècle ;

     Si vous êtes intéressé par le bouleversement radical de l'organisation sociale que ce futur relativement proche est censé présenter, après l'invention et la commercialisation de masse d'un ingénieux (quoique imaginé de longue date en l'espèce du golem talmudique) système de duplication des individus sous forme de « dittos » en argile, lesquels agissent en lieu et place de leur propriétaire (ou « archétype », ou « archie ») qui leur confie les basses besognes pendant qu'il se prélasse ou taille ses rosiers ;

     Si l'idée vous séduit de quadrupler, grâce à ses dittos bien sûr, la traque de votre ami détective Albert Morris, et ainsi de pouvoir suivre les (très) nombreux rebondissements de son enquête en quadruplex (et à la première personne), les mystères que rencontre l'un dans un chapitre se voyant éclaircis par un autre dans un chapitre suivant ;

     Et s'il vous plaît de démultiplier les états d'âme que Morris, comme tout bon privé qui se respecte, éprouve parfois, en corsant l'affaire par des réflexions métaphysiques sur l'identité de ses dittos (surtout lorsque l'un d'entre eux décide tout net de vivre sa vie et non celle de son archie) ;

     Alors vous aimerez probablement le dernier roman de David Brin (auteur d'Élévation, du Facteur, de La jeune fille et les clones...), cyberpunk light et polar appuyé (références en pagaille, probablement très jouissives pour les connaisseurs, aux clichés du roman noir américain), le tout lié à une extrapolation très actuelle (voir l'autorisation britannique d'août 2004 accordée au clonage humain) sur les divers clonages, duplication d'individus, intelligences artificielles et autres avatars des vénérables golems, doppelgänger et autres robots pensants de la littérature.

     Mais si l'enfilade de péripéties pas toutes cruciales pour l'action, l'étirement de scènes ou de dialogues un peu languissants, la permanence finalement assez conformiste, parmi les gadgets futuristes (« dinobus » vomissant leurs foules de dittos à l'heure de pointe, trench en armure textile « cousu à la main par Clara » — la copine du privé), de schémas sociaux et comportementaux actuels (et des plus stéréotypés) dans cette Los Angeles du XXIIe siècle vous laissent dubitatif ;

     Si la modification radicale de cette société « ditto-organisée » vous paraît peu plausible, ou pire : vraiment trop américano-centrée et invraisemblable sur notre bonne vieille planète qui connaît quand même des vitesses et des modes d'évolution sociale extrêmement diversifiés, notamment sur le plan social justement, et en particulier dans les raffinements toujours renouvelés de l'exploitation de l'homme par l'homme ;

     Si votre excitation de lecteur face à la quadruple narration de ce récit (où le « je » qui raconte recouvre indifféremment Albert Morris ou ses avatars d'argile) s'épuise sitôt (très tôt) que vous aurez remarqué que les titres de chapitres vous renseignent soigneusement sur l'identité de celui qui parle (ils ont même des couleurs différentes, comme des petites étiquettes : on ne peut pas se tromper) ; Et si tout l'intérêt que vous éprouviez pour ce que le premier narrateur (un ditto vert...) appelle d'emblée, en passant, « le vieux dilemme existentiel » (p. 13), c'est-à-dire pour le problème fondamental de l'adéquation entre la conscience et la personnalité des humains ou de leurs copies, se perd dans l'immense discours métaphysique final (plus de cent pages), censé résoudre à la fois les mystères du complot sous-jacent à l'entreprise Universal Kilns, qui détient les brevets de la ditto-fabrication, et les questions philosophiques que pose cette extrapolation (un procédé bien peu en accord avec les codes du thriller) ;

     Alors vous resterez un... brin déçu, en refermant ces 620 pages, et vous vous direz peut-être qu'il y avait là une bonne idée de livre, mais peut-être pas un bouquin inoubliable, et sûrement pas le meilleur de David Brin.

Irène LANGLET
Première parution : 1/9/2004 dans Galaxies 34
Mise en ligne le : 4/1/2009


     Cela faisait bien longtemps que l'on n'avait pas vu traduit en français un roman de David Brin qui ne fasse partie de son cycle de l'Élévation. Voici chose faite avec Le peuple d'argile, roman très original ou l'auteur s'en donne à coeur joie.
     Dans un futur indéterminé, le clonage est devenu monnaie courante. Tout le monde — surtout les plus riches — peut réaliser autant de clones qu'il veut et utilise ceux-ci pour différentes taches (notamment les plus contraignantes, comme entretenir l'intérieur d'une maison ou aller travailler). Chaque clone — ditto — est fait de glaise, et a une couleur définie selon ses fonctions. Un vert est un ditto de bas niveau, un gris est plus évolué, quant à l'ébène il est exclusivement réservé aux taches intellectuelles. Quant aux ivoires, ils sont là pour le sexe. Ces créatures ont une durée de vie limitée (de l'ordre de vingt-quatre heures), mais leur créateur a la possibilité, avant leur dégénérescence, de DitCharger leurs souvenirs, c'est-à-dire de récupérer ceux-ci, puisque chaque clone mène une vie à part dès qu'il est fabriqué.
     Albert Morris est détective, et se sert de dittos pour mener l'enquête à sa place. Mais, quand une nouvelle affaire lui est proposée, qui touche au fondement même de la création des clones et risque de remettre en cause l'intégralité de la société dans laquelle il vit, il est obligé d'y mette du sien pour démêler le vrai du faux.
     Voilà un roman puissamment original : une idée — certes, pas très crédible, diront les tenants de la hard science — poussée jusqu'à sa limite par un écrivain qui en tire toutes les conséquences possibles. Cette foule bigarrée de dittos servent aussi bien à assouvir les fantasmes de leurs créateurs — ce qui permet à ceux-ci de n'éprouver aucun remords, puisqu'ils ne trompent pas véritablement leurs conjoints — qu'à s'acquitter des basses besognes — rendant possible la démultiplication des activités de ces mêmes créateurs. Cette façon de ne rien laisser au hasard et d'envisager toutes les possibilités offertes par les clones confère une authenticité et une crédibilité à ce monde. On imagine le plaisir qu'a dû éprouver David Brin à extrapoler toute idée lui passant par la tête, et ce plaisir est communicatif, l'humour est omniprésent. Mais on aurait tort de voir dans ce roman un simple divertissement, enquête policière mâtinée de bons mots, l'auteur ayant un terreau tout trouvé pour parler — surtout dans la deuxième partie du roman — de quête de l'identité, des bienfaits mais aussi des dangers de la technologie, et de l'Homme qui parfois se substitue au Dieu. A-t-on le droit de créer des clones, doués d'autonomie et de facultés de raisonnement, bref de conscience, pour les faire mourir vingt-quatre heures plus tard ? L'Homme n'est-il pas allé trop loin ? D'ailleurs, parmi les personnages du livre, on trouve des manifestants qui demandent l'égalité des droits entre les dittos et les « vrais » hommes.
     On le voit, cet ouvrage est foisonnant, et l'on ne saurait que trop chaudement vous en recommander la lecture. Il souffre du mal endémique des romans modernes, et de ceux de Brin en particulier, à savoir sa taille (plus de six cents pages), mais c'était sans doute le prix à payer pour crédibiliser l'ensemble. Un David Brin en grande forme.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 4/4/2004 nooSFere

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