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Girlfriend dans le coma

Douglas COUPLAND

Titre original : Girlfriend in a coma, 1998

Traduction de Maryvonne SSOSSÉ
Illustration de RAMPAZZO

AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France) n° (25)
Dépôt légal : décembre 2003
476 pages, catégorie / prix : 21,9 €
ISBN : 2-84626-064-8   



    Quatrième de couverture    
« Le futur n'est pas un endroit agréable, Richard. Je crois même que la vie est cruelle là-bas. C'est ce que j'ai vu la nuit dernière. Nous étions tous là. Je nous ai vus, nous n'étions pas torturés ou un truc du genre, nous étions encore tous vivants et tous... plus vieux... l'âge moyen, tu vois ? Mais »le sens« avait disparu. Et sans le savoir, nous étions devenus insignifiants. »

En 1979, tourmentée par de sombres visions, Karen tombe subitement dans un coma qui va durer dix-sept ans. Entre vie quotidienne et phénomènes surnaturels, l'existence de ses amis va désormais graviter autour de ce long sommeil, alors que se profilent les signes avant-coureurs de la fin de ce monde. Avec ce roman sombre, drôle et bouleversant, Coupland brosse de sa plume douce-amère le portrait critique d'une époque qui s'achève.

Né en 1961, Douglas Coupland a grandi et vit à Vancouver, Canada. Écrivain, plasticien, designer, il est l'auteur du roman culte Génération X et de Toutes les familles sont psychotiques (Au diable vauvert).

« Entre Stephen King et La vie est belle, avec un soupçon de son Génération X, dans ce roman infiniment agréable à lire, Coupland exprime ses craintes pour l'avenir et sonne le tocsin de ce nouveau millénaire. » BOOKLIST

« Son meilleur roman. » PEOPLE
 
    Critiques    
     Il était une fois une bande de copains de lycée canadiens à la fin des années 70 : Jared, Karen, Richard, Pam, Hamilton, Wendy et Linus. Tout commence mal pour les deux premiers : Jared meurt d'une leucémie foudroyante, peu avant que Karen ne tombe inexplicablement dans le coma, pendant une virée nocturne avec ses amis. Richard, meilleur ami du premier et boyfriend de la seconde, accuse d'autant plus le coup que Karen lui avait laissé une lettre cachetée, juste avant de sombrer, dans laquelle elle faisait état d'inquiétantes visions concernant la fin du monde. Autre coup du sort : Karen était enceinte de Richard lorsqu'elle est tombée dans le coma, et si rien ne s'oppose physiologiquement à ce qu'elle mène sa grossesse à terme, elle n'aura aucune conscience de son état. Le petit groupe d'amis entre alors dans le tourbillon de la vie, se perd de vue, s'aime, se sépare, se retrouve, connaît des hauts (parfois), des bas (souvent), jusqu'à ce jour qu'on n'espérait plus à force de l'attendre, où Karen se réveille, dix-sept ans après s'être endormie...


     Petit préliminaire en forme de raccourci osé : dans la décennie 1984-1994, une certaine jeunesse urbaine désabusée et mal dans sa peau cultive son spleen, notamment dans la musique de groupes de rock emblématiques. Les plus mélancoliques de ces jeunes gens se reconnaissent dans les Smiths et le charisme mystérieux et ambigu de leur leader, Morrissey. Quant aux plus énervés, ils adhéreraient énergiquement à Nirvana, porte-drapeau du mouvement grunge (que Kurt Cobain, héros malgré lui, définissait comme ce qu'on obtenait en donnant une guitare aux enfants du divorce). Question littérature, les hérauts du mal-être s'appellent entre autres Bret Easton Ellis ou Douglas Coupland, auteur canadien qui signa avec Génération X un roman particulièrement habile, doublé d'un manifeste sociologique plutôt pertinent.


     Ceci apporte un éclairage intéressant à Girlfriend dans le coma, roman que Douglas Coupland écrivit en 1998, mais qui n'atteint l'étalage de nos libraires qu'en ce début 2004, dans une traduction de Maryvonne Ssossé sur laquelle on reviendra un peu plus loin. Car lire aujourd'hui ce roman en négligeant cet arrière-plan peut largement en diminuer l'intérêt, voire la compréhension. Coupland n'est pas seulement un héraut du mal-être fin de (vingtième) siècle. Il en est aussi un héros, ou plus exactement un anti-héros qui a eu comme ses personnages l'idée imbécile de naître dans les années 60, trop tard pour prendre part aux batailles sociales intéressantes, mais pas assez pour échapper au vain et cynique mercantilisme des années 80. Dans Girlfriend dans le coma, Coupland, plutôt que de s'inventer un combat générationnel bidon, s'amuse à réfléchir à ce qui se passerait si un échantillon représentatif de la génération X était carrément mise en situation de sauver l'humanité. Le fait que l'on en arrive automatiquement sur le terrain du surnaturel peut s'analyser de deux façons : soit Coupland, avec un soupçon de cynisme, sous-entend que le fait que sa génération soit amenée à changer le monde relève purement et simplement de la science-fiction ; soit il est, au fond, persuadé que sa génération est d'une manière ou d'une autre élue, et porte en elle le potentiel d'un changement dans l'ordre des choses, un potentiel qu'elle ne saura pas nécessairement mettre à profit le cas échéant. La fin du roman, qui aurait tendance à verser dans l'eschatologie grandiloquente (et qui semblera peut-être d'un new-age bon marché à bien des lecteurs), fait supposer que Coupland penche vraisemblablement pour la deuxième hypothèse. L'auteur serait-il devenu mystique sur les bords à l'approche du nouveau millénaire ? Il est vrai que le statut d'auteur culte n'est pas sans péril — témoins récents Dantec et Houellebecq, dont on se moquerait sans doute volontiers si leurs divagations extra-romanesques prêtaient à rire.

     Alors, ce roman, qu'est-ce que c'est ? Une tentative de réconciliation de la génération X avec le siècle ? Un ambitieux roman de SF ? Un délire lourdingue sur le sens de la vie ? Autre chose ? Girlfriend dans le coma, c'est un peu tout ça. Mais c'est aussi et avant tout un texte qu'on lit avec plaisir, qui met en scène des personnages attachants dont les trajectoires et les interactions sont dépeintes avec humanité et empathie. Et c'est suffisant pour en conseiller la lecture.


     Comme promis, un mot sur la traduction. Girlfriend... est un roman à clés, l'œuvre de Morrissey étant l'une des plus évidentes pour ses connaisseurs : le texte fourmille littéralement de références, le plus souvent sous forme de titres ou paroles de chansons innocemment glissés dans le corps du récit. La plus flagrante a servi à intituler le roman : Girlfriend in a coma 1, traduit par un curieux Girlfriend dans le coma (quitte à tolérer la V.O. en couverture, il m'aurait semblé plus élégant de ne rien changer au titre, parfaitement compréhensible en l'état). Mais à la lecture de son travail, il semblerait que ce soit à peu près le seul clin d'œil que la traductrice ait repéré au fil du texte. Le lecteur francophone devra par conséquent s'amuser à traquer tout seul la vingtaine d'autres allusions qui se cachent derrière les traductions littérales de Maryvonne Ssossé (quelques exemples pour la bonne bouche : « Ma grande gueule a encore frappé » (p.19) 2, « La plaisanterie n'est plus drôle » (p.78) 3, « La reine est morte » (p.331) 4...).

     C'est un fait, le chroniqueur (qui confesse bien volontiers sa smithophilie) aurait plus qu'apprécié que ces connivences textuelles soient d'une manière ou d'une autre pointées, annotées, recontextualisées. Et même si la référence est beaucoup moins évocatrice pour les francophones qu'elle ne l'est pour les anglo-saxons, raison de plus, après tout... ! Lorsqu'on est un traducteur zélé, toutes les occasions de cultiver le lectorat devraient être bonnes à saisir...

Notes :

1. Titre d'une chanson de l'album des Smiths Strangeways, Here We Come (1987)
2. Bigmouth Strikes Again, sur l'album The Queen Is Dead (1986)
3. That Joke Isn't Funny Anymore, sur l'album Meat Is Murder (1985)
4. Chanson éponyme de l'album op. cit.


Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 1/5/2004 nooSFere


     Richard, Karen, Hamilton, Pam, Linus et Wendy sont six représentants épanouis de la jeunesse de Vancouver des années 70. Mais ce soir-là, après une journée de ski, un régime diététique sévère, une première fois avec Richard, son âme sœur, deux valiums et un cocktail, la vie de Karen bascule dans un sommeil sans rêve qui durera dix-sept ans. Juste avant de sombrer, elle avait confié à Richard ses visions d'un futur qui lui venaient en rêve, un futur si déprimant qu'elle avait souhaité dormir mille ans et ne se réveiller qu'après. Ses cinq amis vont pourtant devoir l'affronter, tenter sans succès de sauver du désastre l'échec de leur existence à travers ces dix-sept années de deuil pendant lesquelles le monde change. Unique bouée de sauvetage : leur emploi de techniciens sur une série télévisée qui ressemble étrangement à X-Files. Et puis, un beau jour, à l'occasion d'un formidable concours de circonstances qui voit se réunir tous les protagonistes à l'hôpital — Pam et Hamilton ont été amenés aux urgences pour une overdose d'héro ; Megan, la fille à laquelle Karen a donné naissance au bout de neuf mois de coma, est en quête d'une pilule du lendemain ; Linus, qui revient d'un voyage initiatique au terme duquel il n'a trouvé aucune vérité, passé chercher Wendy, docteur en médecine qui enchaîne les doubles gardes dans ledit hôpital pour tromper sa dépression ; et Richard, pris d'une intuition subite dans son costume d'astronaute débraillé, venu de son propre chef après une rechute dans son sevrage d'alcool — un beau jour, donc, Karen se réveille. Coincée dans un corps abîmé et inutile de trente-quatre ans, elle porte sur le monde le regard candide d'une adolescente des années 70 et constate que malgré tous ses nouveaux gadgets — tous les aliments en version light ! — , le monde est devenu triste, gris, réaliste, que ses amis ont perdu toutes leurs aspirations et qu'au lieu de se consacrer à l'accomplissement de leur propre bonheur, ils se sont contentés de survivre. Quelque part sur la route, ils ont perdu jusqu'à l'idée même de donner un sens à leurs actes. « Au lieu de servir un projet qui nous dépassait, nous nous sommes consacrés au développement de nos "personnalités" et à être "libres" », dira Richard dans un accès de lucidité post-apocalyptique. Car ce monde — et c'est là le véritable message qu'est revenue livrer Karen — notre monde est appelé à disparaître à court terme... C'est à ce moment que le roman vire complètement S-F : nos six protagonistes vont devenir les seuls survivants du mal qui a frappé la planète. Sans explosion, sans cataclysme, la fin du monde selon Coupland a de quoi déranger nos visions prétentieuses et anthropocentriques de l'Apocalypse. Ici, l'humanité s'endort, tout simplement, pour ne plus se réveiller, et la nature reprend petit à petit ses droits. Loin de tirer les leçons de leurs mésaventures, nos six compagnons passeront l'an 1 du nouveau monde terré dans leur maison à manger des conserves et regarder des vidéos. Il faudra l'intervention de Jared, un septième compagnon revenant d'entre les morts, pour qu'ils comprennent leurs erreurs et tentent, peut-être, de changer...

     A la rédaction de Bifrost, nous nous sommes longtemps posés la question de savoir s'il fallait faire figurer Girlfriend dans le coma, du canadien Douglas Coupland, dans « Objectif Runes » (la rubrique critique, pour ceux qui suivent pas). D'un côté, il s'agit d'un roman de littérature générale (si on oublie le dernier tiers). De l'autre, ce roman est si formidable, va tellement au-delà de toute tentative de classification, qu'on ne peut pas ne pas en parler. « Quels sont les arguments qui toucheront un public a priori branché par les littératures de l'imaginaire ? Pourquoi un lecteur de Silverberg, Vance ou Poul Anderson irait lire ce bouquin ? », demandait le rédac'chef. Pour plusieurs raisons. D'abord parce que Girlfriend dans le coma reste avant tout un roman, une magnifique histoire d'amour et d'amitié entre des personnages aussi réalistes que touchants, que l'histoire est à ce point prenante qu'il est très difficile de lâcher le volume ne serait-ce qu'une minute, et qu'une telle qualité se situe bien au-delà de la notion de genre. Deuxièmement, parce que Girlfriend dans le coma, à l'instar de nombreux romans de science-fiction, interroge le monde dans lequel nous vivons en se projetant dans la fiction. Il s'agit pour Coupland de comprendre le comment et le pourquoi de la perte de nos illusions, de nos aspirations à édifier un monde meilleur. La morale de cette fable spéculative, c'est qu'à l'instar de la maladie, la guérison est en nous. Comme Karen, Richard, Pam, Hamilton, Wendy et Linus, nous avons tous droit à une seconde chance, pourvu qu'on prenne la peine de se mettre devant le miroir, de s'interroger et de s'efforcer de changer. Ce livre est un véritable remède contre le cynisme et la morosité qui nous guettent. Lisez-le, vous en sortirez meilleur.

     Un mot encore pour signaler un dossier Coupland de dix pages dans le dernier Chronic'art (numéro 13, mars-avril), comprenant de nombreux documents dont une interview à ne pas rater. 1

Notes :

1. À l'heure où nous mettons en ligne, cette interview semble disponible en ligne sur le site Web du magazine. [Note de nooSFere]


Thibaud ELIROFF
Première parution : 1/4/2004 dans Bifrost 34
Mise en ligne le : 11/5/2005


 

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