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La Zone du dehors

Alain DAMASIO


Cycle : La Zone du dehors (omnibus)


Illustration de Bruno Raymond DAMASIO

CYLIBRIS , coll. Science-Fiction
Dépôt légal : janvier 2001
494 pages, catégorie / prix : 18,29 €
ISBN : 2-84358-095-1   
Genre : Science-Fiction

Précédemment publié en 2 volumes dans la même collection.



    Quatrième de couverture    
     — Les gens qui dirigent le mouvement aujourd'hui — enfin, je ne devrais pas dire diriger... Les gens qui coordonnent si vous voulez, qui impulsent, on a toujours tenu à briser toute hiérarchie, sont, pour trois d'entre eux des intellectuels...
     — Quels métiers exercent-ils ? Ce sont des métiers respectables ? Ils sont désencartés ? Quel âge ont-ils en moyenne ? — 
     Je ne vous répondrai pas. Sachez simplement ceci : ces gens sont des idéalistes, des forcenés de l'idéal. Ils ont complètement perdu le sens de l'humain. Ils vont... Il faut les arrêter. Ils... Ils finiront par tuer. C'est comme, une nouvelle race, si vous voulez, un mélange d'intellectuel et de tueur. Ce sont... Voilà : ce sont des intellectueurs.

     Avec La Zone du Dehors, Alain Damasio entre en lutte. Affutant ses lames chez Nietzsche, Foucault et Deleuze, il dissèque le conformisme social-démocrate et substitue, aux normes qui nous cadrent et nous clouent, la vivacité des voltes.
     Livre engagé, épique, porté par des personnages flamboyants pour lesquels la fraternité est valeur, il précipite le lecteur au cœur d'une action qui bouscule, interroge, castagne.
     Avec ce premier roman, servi par une écriture inventive et physique, Alain Damasio nous confirme que la SF est de la littérature.

    Prix obtenus    
 
    Critiques    
     Sur un satellite indéterminé de Saturne s'étend une ville de sept millions d'habitants, Cerclon, gérée par une démocratie molle et insidieuse — entre 1984 et Le meilleur des mondes — avec ses caméras omniprésentes, ses tours de surveillance, ses contrôles à tous les niveaux, sa hiérarchie sociale (le « Clastre »), son président cynique et sa « police de la pensée » qui instille un flic en chaque citoyen. Face à cette hydre sans visage se dresse un groupe de révolutionnaires, la Volte, menée par le Bosquet — cinq individus qui constituent les cinq héros de l'histoire. Cette Volte tente par tous les moyens — des débats dans les « centres de rencontre » aux sabotages à grande échelle — de secouer cette société putride et d'éveiller la conscience des gens, leur faire secouer leur joug d'aliénés. Pas facile... car, comme il est dit quelque part dans le livre, si une tyrannie pure et dure vous renvoie au centuple dans la gueule les coups que vous lui portez, une démocratie au ventre mou les absorbe sans en souffrir le moins du monde. Aussi les « actions directes » de la Volte deviendront-elles de plus en plus radicales, jusqu'au moment où... Non, je ne vais pas raconter la fin.
     Présenté ainsi, ce roman pourrait faire croire à un pensum sec et froid d'un théoricien de la révolution, qui enroberait son discours austère d'un peu d'exotisme en prenant pour décor un satellite saturnien. Il n'en est rien, pour notre plus grand bonheur. Car Alain Damasio est, non seulement un pur volté (Captp, son héros, c'est lui sans aucun doute), mais en plus un amoureux des gens, de ses gens mais aussi de l'homme en général, qu'il croit fondamentalement bon, ouvert et capable de changement — c'est tout à son honneur. Dans un style flamboyant, charnel et charnu, si emporté qu'il frise parfois l'amphigourique, Damasio proclame son amour de la liberté, de la résistance et de la volte — non pas la révolte qui n'est que réaction et destruction, préambule sans doute nécessaire mais tout à fait insuffisant, mais la volte au sens de volte-face, virevolte, salto, saut périlleux dans l'inconnu exaltant de la création d'une nouvelle société, d'un nouveau monde, de nouvelles valeurs et de nouveaux rapports entre les gens.
     Damasio est un révolutionnaire, un anarchiste sans doute, un joyeux et jouissif pourfendeur des théories sectaires de militants à la vue aussi étroite que ceux qu'ils combattent, et dont il connaît bien les discours et les interminables réunions de fonds de cafés enfumés et noyés dans la bière (il nous en inflige un !). La Zone du dehors est son manifeste en faveur de l'action directe et constructive. Un pur bonheur de lecture, qui fait de surcroît se réveiller et vibrer en nous cette petite fibre de résistance bien étouffée par le consensus mou de notre société sans reliefs, sans éclats, sans couleurs et presque sans vie... Merci, Alain.


Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
Site officiel de J.-M. Ligny
Mise en ligne le : 15/2/2007


Critique de Les Clameurs (La Zone du dehors, première partie) et de La Volte (Deuxième partie).

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/1/2000 nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition La VOLTE, (2007)


     Avant d'être Alain Damasio-La-Horde-du-Contrevent, Alain Damasio était Alain Damasio tout court, auteur d'un premier roman réussi/raté publié chez Cylibris dont deux ou trois sites web innommables avaient un jour parlé. Aujourd'hui (justement) célèbre pour le carton public et critique de La Horde..., Damasio nous offre l'utile réédition (revue et augmentée d'un CD) de La Zone du dehors, œuvre fondatrice s'il en est. La boucle est d'ailleurs bouclée, le groupuscule terroriste anarchisant dont il est question ici s'appelant justement La Volte. Ah, tiens, comme l'éditeur ? Oui, voilà, comme l'éditeur, maintenant vous savez tout...

     Contribution damasienne à George Orwell, dont l'ombre immense ne cesse de hanter les pages tour à tour nietzschéennes, deleuziennes, foucaultiennes ou situationnistes de ce roman dystopique aussi foutraque que passionnant, l'histoire de La Volte est une charge nécessaire contre la social-démocratie molle qui intègre, comprend, tolère et flique pour notre plus grand bien. Pas besoin de s'envoyer l'intégrale de Noam Chomsky pour savoir que là où la dictature s'appuie sur la répression pour durer, la démocratie se contente de l'assentiment général et de l'autocensure permanente (la fabrique du consentement, comme qui dirait). De fait, La Zone du dehors renoue avec le roman politique, genre encore plus inavouable que la S-F, et dont on peine à trouver en France quelques augustes représentants. C'est désormais chose faite, d'autant que le lifting du roman (belle couverture, beau CD et belle réécriture — les premières pages, notamment) le hisse au même niveau que La Horde du contrevent. Dès lors, Alain Damasio peut enfin officier en tant qu'agitateur public ultra référencé avec l'humour et la chaleur qu'on lui connaît.

     D'humour (noir) et de chaleur, La Zone du dehors n'en manque d'ailleurs pas, même si le texte louche plus du côté épique, flamboyant, révoltant, déroutant (et parfois illisible) que de l'absurde rigolo. Soit, mais l'histoire ? On y vient.

     Plantée sur un astéroïde en orbite autour de Saturne, une société humaine prospère doucement. Baptisée Cerclon (un rappel assez glaçant au tout aussi glaçant concept de panoptique illustré sur la couverture, entre autres), la ville tient plus de la station spatiale cernée par un environnement hostile que de la terre promise, mais passons. Or, à l'instar de nos propres sociétés occidentales aveuglées par la peur de tout ce qui les menace et dont la majorité des institutions tiennent justement grâce à ce sentiment de terreur généreusement colporté article après article par nos ami(e)s journalistes, le Cerclon s'appuie sur la logique de la destruction. Dehors, tout est si hostile, si irrémédiablement mortel qu'un simple dérèglement risque de mettre un terme à la colonie dans son ensemble et de tuer tous ceux qui y vivent. De fait, qui oserait remettre en cause une société qui, certes, ne manque pas de défauts, mais qui laisse quand même pas mal de libertés, d'autant que sur Terre, par exemple, la situation a carrément dépassé les limites du supportable ? Bref, y a pire ailleurs, soyez heureux ici, surtout que toute tentative de changement débouche sur la mort. T'as qu'à aller voir à Moscou si c'est mieux.

     Et pourtant, la jeunesse est décidément incorrigible (enfin, celle qui ne va pas à la Concorde) et une poignée de déviants décide de foutre un peu le feu de ci de là, parce que quand même, bon. Et nos sales jeunes sont tout sauf stupides, qui plus est. Une vraie honte. Apôtres de la démocratie directe, lucides quant à la désastreuse solitude propre aux révolutionnaires, aussi angoissés qu'enthousiastes quand se pose fatalement la question de la lutte armée, les membres de La Volte résument bien les aspirations d'un monde qui prend soudainement conscience de la vraie nature de l'oppression.

     En l'occurrence, au Cerclon, l'oppression la plus visible (mais la plus acceptée, car la plus raisonnable) reste le système de Clastres, organisation sociale très rigide qui donne sa place à chacun en fonction de ses aptitudes et qui n'oublie personne (un concept aussi sordide que le déclassement est impensable, évidemment, sauf que l'hypocrisie est très humaine et qu'ordre + pouvoir = oppression, c'est comme ça, et même Olivier Girard aurait bien du mal à réfuter pareille assertion). La Zone du dehors ne fait rien d'autre que raconter la révolte libératrice de cinq personnages, perclus de contradictions, hantés de pressions sociales et tous forcément attachants. C'est tout ? Oui, mais c'est déjà beaucoup. Le style inimitable de Damasio élève le récit avec intelligence et brio. Quant à la révolution, le thème est tellement universel qu'on ne peut guère qu'y adhérer. Reste que si ce premier roman est enthousiasmant par bien des aspects, on sent qu'Alain Damasio a voulu en mettre beaucoup, au risque de s'y perdre. Ainsi, la narration souffre du poids théorique et critique qui jalonne le récit page après page. Défaut agaçant qui, certes, enfonce un peu plus le clou argumentaire, mais qui plombe l'intrigue et limite parfois les personnages à des rôles de tribuns révolutionnaires caricaturaux. Ceci étant, La Zone du dehors est aussi un excellent roman et un beau voyage aujourd'hui douloureusement nécessaire. L'occasion de découvrir une autre facette du travail d'orfèvre de Damasio, qui, on l'espère de tout cœur, a sacrément intérêt à nous pondre quelque chose d'autre au plus vite. Au travail, feignant, la France a besoin d'écrivains qui se lèvent tôt.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/7/2007
dans Bifrost 47
Mise en ligne le : 7/11/2008




 
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