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L'Adieu au Roi

Pierre SCHOENDOERFFER




GRASSET
Dépôt légal : 1969
Roman
ISBN : néant   


 
    Critiques    

Chassée, dans un premier temps, de la plupart de ses possessions excentriques, la Confédération Démocrate des Planètes Unies, ayant conclu une alliance pleine et entière avec l’Empire Centrogalactique, est occupée à repousser systématiquement de sa zone d’influence les barbares envahisseurs venus des confins de la galaxie.

Avant la guerre, l’une des planètes à reconquérir se trouvait partagée administrativement entre les alliés d’aujourd’hui. Une résistance à l’occupant s’y fait jour. Aussi un officier des services « spéciaux » se voit-il chargé de prendre contact avec les primitifs, pour saper (de l’intérieur) les forces de résistance ennemies, en attendant l’attaque frontale qui se prépare.

Ainsi avons-nous suivi, récemment, les aventures du colonel Duke, déposé pour le compte de la Terre et des « oiseaux d’Effogus » sur une telle planète, afin d’organiser la résistance à l’impérialisme totalitaire de Gree.

De la même façon, le héros de Pierre Schoendoerffer est parachuté, tout au début de l’ouvrage, pour prendre en main l’organisation armée « terroriste » chez une peuplade peu évoluée techniquement. Fait différent il rencontre là un de ses concitoyens, devenu chef de nation primitive, « roi » des sauvages, qui donne au livre son titre.

Évidemment, dans ce livre, la Confédération se nomme Grande-Bretagne et l’Empire Central, U.S.A. Quant à la planète en question, il s’agit de Bornéo et le conflit est celui de 1939-45. L’étranger, lui, c’est le Japonais. Bon, d’accord, les termes choisis par l’auteur sont ainsi écrits. Mais jamais je n’ai lu une histoire de guerre 39-45 qui ressemble moins à une histoire de guerre 39-45 et plus à un récit SF. D’où cet article, hommage à un grand écrivain français de SF (surtout s’il l’ignore lui-même) Pierre Schoendoerffer (mais l’ignore-t-il ?).

SF en effet le thème, celui de l’homme affronté à un environnement cosmique auquel il cherche à s’intégrer harmonieusement, plutôt qu’à se l’asservir. SF les personnages : cet officier narrateur, d’abord, scientifique de carrière et de formation, devenu militaire d’occasion et toujours soucieux de découvertes (il est botaniste). Ce « roi » ensuite, fou au regard de la société évoluée qu’il a quittée et qui est celle du narrateur, mais aventurier inspiré et guide providentiel dans la tradition van vogtienne (il découvre sa mission au jour le jour) et andersonienne également, par la manière dont il prend le contrôle du peuple « Murut », au moyen de victoires en combats singuliers et d’un génie pénétrant du système féodal. SF enfin la morale de ce livre qui montre la nécessité individuelle de se définir et se réaliser, après que les éthiques, les différents « codes », si commodes à l’ordinaire, ont sombré devant l’incroyable complexité de la réalité.

Un tel cadre, de tels personnages, cette manière de faire tirer la morale de l’histoire par le lecteur lui-même, sont trop fréquents et depuis trop longtemps, depuis 1984 et Le meilleur des mondes jusqu’à À la recherche de la tour noire et Le dieu venu du centaure en passant par L’empire de l’atome, pour qu’on y insiste ici. Beaucoup plus curieuse nous apparaît, à nous autres amateurs de SF, la manière qu’ont de nombreux lecteurs de Schoendoerffer de n’appréhender qu’une partie de cette œuvre.

L’auteur du « prière d’insérer » est le plus proche de la vérité, qui parle de l’auteur comme d’« un écrivain à la veine épique et cosmique », ce qui tendrait à prouver que de ce côté-là, du moins, on savait bien ce dont il s’agissait.

On a dit qu’aucune préoccupation morale n’existait chez Schoendoerffer. Que seul le passionnait le sort du soldat et aucunement l’aspect philosophique ou politique de la guerre. Certes, les héros, ici, agissent, mais leurs actes ont une motivation très claire ne serait-ce que dans le fait d’agir, malgré l’ambiguïté de la réflexion qui précède l’action. Ils décident, donc ils tranchent moralement, en un sens ou l’autre.

Dans le style, aussi, dans la manière de raconter, il faut peut-être avoir lu beaucoup d’auteurs anglo-saxons pour suivre cette méthode d’exposition psychologique par les actes, directement du senti à l’agi, sans se perdre en vaines ratiocinations. Mais, à défaut d’avoir lu Simak ou Bester, on devrait tout de même connaître Steinbeck ou Hemingway !

Le titre ne serait-il pas, d’une certaine manière, un hommage à ce dernier ?

Schoendoerffer nous semble bien appartenir à cette belle race actuelle d’auteurs français qui, profitant des leçons freudiennes et de certains procédés utiles puisés dans le « nouveau roman », ont savoureusement équilibré leur manière, tel Jean Hougron, par exemple, avec une maîtrise anglo-saxonne qui doit beaucoup à un certain réalisme typique (à l’origine) d’outre-Atlantique et marqué lui-même par le style dit « noir » de la grande époque.

Mais peut-être s’avouer cela constitue-t-il, aux yeux de certains, un crime de lèse-littérature française ?

Il nous reste à admirer L’adieu au roi, épopée cosmique, chef-d’œuvre frémissant de vie, marqué au coin d’une incomparable maîtrise narrative et descriptive.


Martial-Pierre COLSON
Première parution : 1/1/1970 dans Fiction 193
Mise en ligne le : 21/3/2020

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition GRASSET, (2004)


     En février 1942, quelques jours avant la chute de Singapour, un petit vapeur britannique est coulé non loin des côtes de Bornéo. Plusieurs hommes survivent au naufrage, dont Learoyd, l'irlandais roux au grand tatouage et aux yeux d'un gris inexpressif à force d'être impénétrable ; l'homme se considérant libre à présent, il décide de s'enfoncer dans la jungle plutôt que de suivre le reste des survivants et son supérieur hiérarchique. Il n'a avec lui que sa folie et son fusil. Trois ans plus tard, un botaniste anglais doté d'une bonne connaissance de Bornéo, accompagné de son radio — un Australien, Anderson — , tous deux étant censés organiser la résistance contre les Japonais, sont parachutés dans la mauvaise vallée, faits prisonnier par des indigènes Muruts et conduits jusqu'à leur roi : un Blanc aux cheveux roux et aux yeux gris. Sur la poitrine de cet homme, un aigle tatoué défait un dragon. L'Occident terrasse l'Extrême-Orient. Learoyd était un phénomène, il est devenu une légende : poète, monarque, chef de guerre, époux infidèle mais amoureux de la féline Yoo, père d'un petit garçon. En moins de trois ans, il s'est imposé comme le roi incontesté d'une région immense, a appris la langue des Muruts à la perfection et a compris que c'est la mythification qui emplit le cœur des hommes et non les promesses impossibles à tenir. En moins de trois ans, il s'est surtout constitué une armée — les « Comanches » — avec laquelle il attaque inlassablement les Japonais. Car Learoyd est certes un roi appréciant de régner, mais avant tout c'est un guerrier, un homme qui aime tuer...

     Parce que ce roman d'aventures — quel souffle épique ! — fonctionne comme certains romans de Stefan Wul ou de Jack Vance, il est susceptible d'intéresser nombre de lecteurs de Bifrost. Vingt ans avant Lucius Shepard dans Kalimantan, Schœndœrffer décrivait Bornéo et ses vrais habitants comme une planète étrangère, répugnante tant y grouillent les invertébrés les plus divers, fascinante avec ses arbres géants, ses forêts impénétrables, ses reliefs éprouvants. On pense bien évidemment à Au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad, à L'Homme qui voulut être roi de Rudyard Kipling, et même au Conan originel de Robert E. Howard. On pense surtout à Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Et on comprend alors pourquoi John Milius a tiré de ce roman un bon film avec Nick Nolte. Quant à la magie et aux mythes, ils sont omniprésents : Les Muruts sont des élus qui vivent dans la forêt des génies, bercés par un flot mythique d'une extrême cohérence. Pour eux le surnaturel est une réalité aussi banale que la pluie. Et c'est bien évidemment en utilisant les forces et lacunes de cette façon de voir le monde que Learoyd est devenu roi, et quel roi ! A la fois fou sanguinaire dévoré par la malaria et simple mortel ne désirant qu'une chose : mourir parmi ses sujets, les Muruts.

     Le quatrième de couverture de cet ouvrage nous annonce : « Un livre inoubliable, à la grandeur toute d'épopée et d'horreur... », « Un grand roman. Comme on en lit un toutes les décennies. » Pour une fois le mensonge commercial n'est pas au rendez-vous, L'Adieu au roi est cela et bien plus.

CID VICIOUS
Première parution : 1/1/2004
dans Bifrost 33
Mise en ligne le : 1/3/2005




 
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