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Jules Verne

Jean-Jules VERNE



HACHETTE
Dépôt légal : 1973
Première édition
Biographie


Critiques

     Ce livre constitue un notable enrichissement à la bibliographie vernienne. Pourtant, le terrain qu’il couvre et le point de vue qu’il présente ne sont pas neufs, ainsi que l’auteur le reconnaît lui-même. Mais cet auteur a deux atouts notables dans son jeu : il est le propre petit-fils du romancier, et il a lu bon nombre d’ouvrages consacrés précédemment à son illustre grand-père.

     De quoi s’agit-il, dans ces pages ? Essentiellement, d’une biographie, entrecoupée de brèves analyses des principaux livres de Jules Verne, de réflexions de l’auteur et d’extraits de correspondance. Jean Jules-Verne a pu avoir accès à des documents épistolaires que ses prédécesseurs ne pouvaient consulter, et il en fait part à son lecteur, il observe d’ailleurs une remarquable discrétion dans tout ce qui pourrait concerner des personnages encore vivants ou des événements sur lesquels sa famille a longtemps préféré garder le silence : au lieu de s’abandonner à de lourds sous-entendus pouvant suggérer des épisodes sensationnels, il esquisse ce qu’il sait de tels événements, donnant manifestement l’essentiel de ce qui peut expliquer l’homme ou l’œuvre.

     Précisément, le portrait de l’homme se clarifie ici, et particulièrement pour tous ceux qui ont lu les biographies précédentes consacrées à Jules Verne, ainsi que les essais de Marcel Moré. Jean Jules-Verne a lu ces derniers, et il les a apparemment trouvés ingénieux et plausibles, alors même qu’ils ne correspondaient pas totalement à la réalité. Il indique que l’auteur des Voyages extraordinaires n’était pas un misogyne aussi dur que Moré avait cru pouvoir le déduire (alors même que ses relations avec sa femme passèrent assez vite du stade de l’amour à celui d’une calme affection) ; il établit aussi que les rapports entre Jules Verne et son père ne furent ni tendus ni méfiants (alors que le romancier eut en revanche bien des problèmes avec son propre fils – le père de Jean Jules-Verne – qui apparaît dans ces pages comme un galopin dont on se demande comment il va faire pour ne pas tourner mal) ; il démontre encore, et d’une manière qui paraît irréfutable, que Marcel Moré faisait fausse route lorsqu’il imaginait que l’éditeur Hetzel avait été pour le romancier une sorte de père par le cœur, suppléant aux hypothétiques lacunes du père par la chair. D’autre part, Jean Jules-Verne relève à plusieurs reprises la clairvoyance de Marcel Moré, qui a su rétablir par la simple réflexion psychologique divers points – en particulier au sujet de l’inspiration du romancier – sur lesquels il n’avait guère de documents à consulter.

     Celui qui a lu les études de Moré – ainsi que celle de Ghislain de Diesbach, sur laquelle Jean Jules-Verne semble toutefois plus réservé – trouvera dans ces pages beaucoup de précisions et de compléments d’information qui lui feront mieux connaître le romancier, et sans doute mieux aimer l’œuvre. Les Voyages extraordinaires dépassent largement le cadre de l’époque dans laquelle ils ont été conçus, quelque découragé que leur auteur se soit montré dans la dernière partie de sa carrière. Et Jean Jules-Verne présente à ce sujet beaucoup de réflexions très pertinentes, en particulier à propos de l’attitude du romancier sur l’anarchisme, lequel joue un rôle important dans Les naufragés du Jonathan.

     Jean Jules-Verne est né en 1892, et il a fait toute sa carrière dans la magistrature (ces renseignements sont donnés au dos de la couverture du livre). Il ne semble guère s’être risqué précédemment dans la littérature, exception faite d’une tentative d’adaptation scénique du Chancellor, dont il dit lui-même qu’elle fut jugée digne du Grand-Guignol plutôt que de tout autre théâtre… Il montre dans ces pages une sorte de timidité très touchante, en abordant un domaine nouveau pour lui. Mais son manque de pratique de la biographie littéraire est compensé par sa sincérité et sa probité : son respect et son affection pour l’œuvre et la personnalité de son illustre grand-père lui permettent d’atteindre sans difficulté la sensibilité et l’attention de son lecteur. Jean Jules-Verne établit un contact qui est solide, à travers plusieurs décennies, lorsqu’il fait revivre Nantes, Paris et Amiens du siècle dernier, lorsqu’il montre Jules Verne se documentant, lorsqu’il fait assister le lecteur aux avatars prénatals du capitaine Nemo (lequel devait primitivement être un noble polonais luttant contre la domination russe), lorsqu’il explique l’évolution de l’attitude du romancier envers la cause de Dreyfus. Le lecteur se dit qu’une partie de l’enthousiasme du grand-père a passé au petit-fils, et que celui-ci a trouvé un bon sujet pour faire agir cette qualité.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/3/1974 dans Fiction 243
Mise en ligne le : 8/9/2022

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