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Cauchemars parallèles

Serge BRUSSOLO




OMNIBUS , coll. Omnibus
Dépôt légal : mars 2006
1052 pages, catégorie / prix : 25 €
ISBN : 2-258-07039-2   
Genre : Fantastique 



    Quatrième de couverture    
     Au début des années 1980, une voix singulière fait son apparition dans le paysage de la science-fiction française. Peut-on d'ailleurs parler de science-fiction ? « Serge Brussolo est un genre littéraire à lui tout seul », a dit Philippe Hupp. Hors de toutes les modes, écoles ou tendances, il racontait des histoires. Et quelles histoires ! Qui sont ces jeunes gens enfermés, abrutis de drogues et gardés à l'état d'enfant par des nurses géantes dans un village de carton-pâte ? Quelle est la vie dans un Paris post-atomique où l'énergie est issue des morts ? Qu'arrive-t-il à David qui s'est rebellé contre la toute-puissante Ligue de Protection des Objets en saccageant un magasin de porcelaine ? Comment secourir une planète envahie par d'indestructibles montagnes cristallines nées des cadavres d'animaux contaminés par erreur ? Quatre romans et douze nouvelles d'un maître conteur dont la stupéfiante inventivité n'a pas d'égal.

     Serge Brussolo, né en 1951, a exploré tous les domaines de l'imaginaire, de la science-fiction au thriller historique en passant par la littérature de jeunesse, avec notamment la série des Peggy Sue.

    Sommaire    
 
    Critiques    
     Ce second Omnibus dédié à Serge Brussolo rassemble quatre romans et douze nouvelles appartenant à deux recueils du début de sa carrière. Dès le premier texte, Vue en coupe d'une ville malade, tout l'auteur est là. Les ordinateurs gérant l'agencement des appartements, à trop vouloir anticiper l'avenir de la cellule familiale ou les changements de style de vie, multiplient absurdement les chambres d'enfant, découpent des salons minuscules et bas de plafond, placent les cuisines dans les toilettes... Dans Off, ce sont les conséquences d'un silence imposé qu'on observe. Un univers de cauchemar suscitant des réactions variées, des plus absurdes aux plus catastrophiques, c'est ainsi que fonctionnent ceux de Brussolo. Il est rare qu'un auteur présente, dès ses débuts, une telle homogénéité et un type de récit immédiatement identifiable.

     L'idée de départ n'a besoin que d'une justification minimum : une substance, une expérience ou des mœurs nouvelles, entraînant des conséquences délirantes. Ainsi, « un produit favorise (...), les constructions de fantasmes » dans La Mouche et l'araignée, qui préfigure Portrait du diable en chapeau melon où la situation des adultes drogués chaperonnés par des nurses géantes est expliquée de façon concise : « Sachez simplement qu'à la suite d'une expérience biologique ayant mal tourné notre monde a succombé à une épidémie de permutation moléculaire. » Inutile de s'attarder sur la nature de cette permutation moléculaire, seuls importent les effets.

     Et ça marche ! Le fait que le dommage causé à un objet n'ayant pas dépassé sa date de péremption se reporte à son propriétaire, un bras cassé pour une anse de tasse, fascine plus qu'il ne provoque le rejet ; Les Lutteurs immobiles fut d'ailleurs adapté à la télévision. Qu'une dose massive d'un produit enveloppant l'individu à son décès dans une sépulture de quartz génère des montagnes de cristal aux rayons destructeurs est admis comme postulat du moment que les attendus suscitent des étonnements du même tonneau (Ce Qui Mordait Le Ciel). Mais il convient, à l'instar des gonzo fictions, pour empêcher le lecteur de se poser les questions remettant en cause la crédibilité de l'argument, de le distraire constamment avec de nouvelles images choc. L'art de Brussolo est celui de l'équilibriste forcé de se mouvoir constamment pour ne pas chuter. C'est aussi parce qu'il faut aller vite que Brussolo se préoccupe peu de soigner les détails. Chez lui, les personnages se nomment toujours Georges ou David Sarella, les noms de Funnyway ou d'Almoha sont souvent repris sans renvoyer au même lieu. Chaque roman l'entraîne plus loin dans le délire : dans Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes, la pénurie d'électricité amène à reconvertir l'âme des morts en électricité, ce qui nécessite des médiums-dépanneurs réparant des téléviseurs par imposition des mains. Brussolo l'a lui-même répété : il ne cherche qu'à injecter de l'adrénaline au lecteur, et il y parvient fort bien.

     Dénués de fondements logiques, ces récits restent cependant de belles métaphores à travers lesquelles l'auteur poursuit ses méditations sur un mode fantasmatique. Celles sur l'art sont les plus réussies, comme en témoigne l'excellent recueil Aussi lourd que le vent. Le musée labyrinthique de Trajets et itinéraires de l'oubli évoque une Babel borgésienne, la Visite guidée du zoo de mutants recense bien des absurdités de notre société et interroge l'attitude du spectateur, la parole sculptant de fabuleux objets devient un saisissant raccourci sur les mécanismes de la création.

     Brussolo n'a pas toujours été aussi inspiré dans ses fictions cauchemardesques ; sa fabrique d'images virant alors au système, comme une machine tournant à vide. Ce n'est pas le cas dans cette compilation qui réunit quelques-uns des meilleurs récits des sept premières années : ils permettent d'assister à l'éclosion d'un écrivain, certes trop prolifique pour maintenir une qualité constante, mais suffisamment original pour retenir l'attention.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 13/2/2009


 

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