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Le Patrouilleur du temps

Poul ANDERSON

Textes réunis par Jean-Daniel BRÈQUE & Pierre-Paul DURASTANTI


Cycle : La Patrouille du Temps  vol.

Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de Gil FORMOSA

BÉLIAL'  n° (44)
Dépôt légal : juin 2007
304 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-84344-079-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Le deuxième volet inédit d'un des plus grands classiques de la SF moderne !

     — Vous ferez l'affaire. Sans conteste.
     — L'affaire pour quoi ?
     Everard se pencha ; il sentit son pouls s'accélérer.
     — Pour la Patrouille. Vous allez devenir une sorte de policier.
     — Ouais ? Où ça ?
     — Partout. Et en tout temps. Préparez-vous à une surprise... Voyez-vous, notre société, quoique légale, ne constitue qu'une façade... et une source de fonds. Notre vraie fonction, c'est de patrouiller le temps.

     Manse Everard et ses collègues sont loin d'en avoir fini avec les pirates du temps avides de réécrire notre Histoire. Au programme des festivités : Tyr la pourpre et ses ruelles bondées, sous le règne du roi Hiram, au Xe siècle avant notre ère ; la brutalité des mondes goths, peu avant la chute de Rome, au temps où les dieux parcouraient encore la Terre ; les mystères du Paris des Templiers, sous le règne de l'implacable Philippe le Bel. Autant d'époques en péril, autant de missions pour les patrouilleurs du temps...

     Poul Anderson (1926-2001) est l'un des grands auteurs de l'Âge d'or américain, lauréat de trois prix Nebula et sept prix Hugo. Longtemps boudé en France par la critique, considéré outre-Atlantique comme un maître incontestable, on lui doit quelques-uns des livres cultes du genre, dont Les Croisés du cosmos, Flandry et, surtout, le cycle de La Patrouille du temps, dont les éditions du Bélial' ont entrepris la publication dans une intégrale inédite de quatre volumes présentés par Jean-Daniel Brèque.
     Le Patrouilleur du temps, deuxième tome de cette intégrale, réunit deux courts romans et une nouvelle, l'ensemble étant publié en France pour la toute première fois.

    Sommaire    
1 - Jean-Daniel BRÈQUE, Avant-propos, pages 13 à 14, Introduction
2 - D'Ivoire, de singes et de paons (Ivory, and Apes, and Peacocks), pages 17 à 124, Roman, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
3 - Le Chagrin d'Odin le Goth (The Sorrow of Odin the Goth), pages 127 à 258, Roman, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
4 - La Mort et le Chevalier (Death and the Knight), pages 261 à 286, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
 
    Critiques    
     « Les lignes temporelles finiraient par s'ajuster. Comme toujours.
     — Si tel était le cas, nous n'aurions pas besoin d'une Patrouille. Tu dois prendre conscience du risque que tu cours. »

     Cet échange, p. 218, donne parfaitement le ton du deuxième volume que Poul Anderson consacre à sa Patrouille du temps. Car les trois récits qui le composent s'intéressent au moins autant au maintien de l'unité de l'Histoire qu'à l'identité mise à mal de ses protecteurs. « Qui garde les Gardiens ? » demandait Platon dans La République. Peut-on préserver sa santé, physique et plus encore mentale, quand le but de votre existence est de ne pas être, non événement qui garantit, sans qu'on le sache, la réalité des faits ? Qu'on se rassure, le tout avec du cul et de la charcle.

     Le recueil s'ouvre sur « D'ivoire, de singes et de paons », nouvelle au titre emprunté à la Bible, précisément au premier livre des Rois. An 950 avant J.-C., Manse Everard, agent non attaché, ce qui signifie qu'il n'est pas assigné à une époque, débarque à Tyr sous l'identité d'Eborix, un Celte d'Europe centrale. A peine arrivé, il fait l'objet d'une tentative d'assassinat au pistolet. Everard prend contact avec Chaim Zorach, l'antenne locale de la Patrouille. Ils ont pour mission d'arrêter Merau Varagan et son commando de chronoterroristes qui cherchent à altérer le cours de l'Histoire. Si les pirates temporels réussissent, le Judaïsme n'adviendra pas au bénéfice d'un maintien et de l'expansion de la culture phénicienne. A long terme, c'est l'existence même de la démocratie qui est en jeu. Dès le premier récit, on retrouve intact le talent de conteur d'Anderson, et l'essentiel des préoccupations qui sous-tendent le cycle. Car les récits consacrés à la Patrouille portent moins sur le temps, envisagé comme donnée objective, que sur les actions humaines qui créent l'Histoire (cf. critique in Bifrost n° 39). On peut s'interroger en effet sur le bien-fondé des corrections apportées aux événements, puisqu'elles n'ont pour but que d'assurer l'existence des Danelliens, créateurs de la Patrouille et nos lointains descendants. Bien que moins présents dans ces trois textes, il est tout de même dit, p. 38 et concernant la Patrouille, que « sa fonction première était de préserver les Danelliens ». D'ailleurs, rien ne distingue fondamentalement Manse Everard de son ennemi Merau Varagan, dont les noms se ressemblent. Ils n'hésitent pas l'un et l'autre à modifier les faits. Accordons que le héros apparaît comme un révisionniste, quand le bad guy s'assume en négationniste. C'est au premier qui ouvrira la boîte de Pandore, pour libérer et organiser les faits. Phénomènes sensibles aux conditions initiales, dont la moindre variation peut entraîner des conséquences s'amplifiant de façon exponentielle puisque, comme il est dit p. 141 : « Le chat de Schrödinger se cache dans l'Histoire tout autant que dans sa boîte. »

     « Le Chagrin d'Odin le Goth » se déroule au IVe siècle, en Europe de l'est. L'agent Carl Farness a pour mission de récupérer la littérature germanique de l'Age des Ténèbres. Mais, très vite, l'érudit va oublier son simple statut d'observateur pour devenir Le Vagabond. Carl incarne Wodan, père de tous les dieux, le verbe se fait chair en la personne du lettré. Rappelé à l'ordre par Manse Everard, le patrouilleur devra précipiter à leur perte ceux-là même qu'il cherche à protéger pour, littéralement, accomplir les écritures, celles du peuple Goth. Ce récit, à la fois violent et terriblement mélancolique, rappelle « Le Grand roi », nouvelle publiée dans le premier volume, qui voyait un historien contraint d'endosser la figure de Cyrus le Mède. Mais surtout, on pense à Voici l'Homme de Michael Moorcock, où Glogauer se résignait à devenir le Messie, jusqu'à la crucifixion. Moorcock, qui n'a jamais caché son admiration pour Poul Anderson. Il existe de pires maîtres, et des disciples moins doués...

     « La Mort et le chevalier » clôt le présent volume par une courte nouvelle qui se déroule à Paris, le 10 octobre 1307. Durant douze ans, l'agent temporel Hugh Marlow, sous l'identité d'Hugues Marot, a progressé dans la hiérarchie de l'Ordre des Templiers, jusqu'à devenir le compagnon et l'amant d'un de ses hauts responsables, Foulques de Buchy. Mais les moines chevaliers n'ont plus la faveur du roi Philippe le Bel. Marlow tente de prévenir le drame, risquant ainsi de remettre en cause la trame du temps. Everard doit exfiltrer l'agent, afin qu'il n'altère pas l'Histoire, et pour sa propre sécurité car sa vision du futur le désigne comme sorcier. Ce récit pourrait sembler d'un intérêt moindre, non par son thème, mais par son traitement. L'histoire paraît expédiée, mais en réalité l'auteur fait preuve de cohérence et d'une certaine audace. Dans la mesure où l'anomalie a été résorbée, il n'est pas lieu de s'attarder.

     On l'aura compris, le titre du recueil est générique. Il ne porte pas sur l'agent Everard mais sur n'importe quel agent. D'ailleurs on sent Everard davantage en retrait, moins tête brûlée qu'au début, assurément plus réfléchi. En mars 1990, il habite toujours l'appartement qu'il occupait en 1954, date de son enrôlement quand il avait trente ans. C'est en ce sens que le présent volume ne constitue pas une redite, pas même une suite, mais véritablement un cycle dans la mesure où il revient au principe même de l'intrigue développée par Anderson. Une boucle, forcément temporelle.

Xavier MAUMÉJEAN
Première parution : 1/11/2007 dans Bifrost 48
Mise en ligne le : 17/12/2008

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2011)


     La Patrouille du temps est une organisation chargée de s'opposer à toute modification du passé, elle veille plus particulièrement à protéger ainsi ses créateurs, les Danelliens. Cet objectif n'est pas aussi aisé qu'il y paraît et l'auteur en fait souvent la démonstration, parfois jusqu'à l'absurde ce qui ajoute à ses récits une touche de fantastique inattendu.
     Poul Anderson imagine bien les difficultés conceptuelles d'intervention dans le passé avec les éventualités de phénomènes en boucles susceptibles de faire disparaître l'univers. Cependant, dans ces romans, Anderson ne donne pas l'impression de croire véritablement à un type d'intervention de ce genre ; son refus de la religion, du paganisme ou de toute autre croyance n'augure guère une modification du destin par une intervention extra temporelle. Malgré tout, ses scénarios sont suffisamment élaborés pour nous présenter de plausibles voyages temporels. N'entamons pas le débat et observons le Patrouilleur du temps, Manse Everard supposé vivre au vingtième siècle et se projeter dans des époques antérieures pour pallier les dérives des événements.
     Les récits d'Anderson se déroulent souvent comme des contes, le narrateur expliquant et développant les événements autant vers le passé que l'avenir. Parfois le fil d'une réflexion s'échappe d'un personnage et s'élève vers le conteur qui devient l'initiateur et le maître du récit en déployant les événements sur des bases historiques ou mythologiques puissantes. Tout cela ne manque pas d'attrait si l'on prend soin de garder en mémoire les actions en cours.
     Dans le premier roman Manse débarque dans la cité de Tyr 950 ans avant Jésus-Christ. La Patrouille du Temps est soumise à un chantage et c'est en ce lieu que ses analystes placent la menace d'une bande de truands qui peut bloquer l'avènement du judaïsme en détruisant la ville. Dès les premières pages l'auteur nous immerge dans un récit historico-descriptif dont le luxe de détails montre qu'il est féru d'archéologie, a contrario, les événements qui animent le roman semblent parfois sortir d'un conte assez désuet. Sa rencontre et sa relation avec Pummairam, un jeune homme avec lequel il se lie d'amitié et qui va lui rendre, avec les femmes qui suivront, d'immenses services, tient du prodige ou du merveilleux. Manse Everard remplira sa tache, non sans sacrifier à l'autel de Vénus ce qui pimentera le récit.
     Le deuxième roman est plus complexe, autant dans les événements qui l'animent que dans les concepts qu'il déploie. Dans son ouvrage « Agent de l'Empire Terrien ©1965 » Poul Anderson déclarait « je suis né aux U.S.A. de parents scandinaves ». Le Chagrin d'Odin le Goth, presque également sous forme de conte, utilise pleinement la mythologie scandinave poussée presque à son paroxysme dans l'acception d'une pleine horreur. Les batailles des Goths entre eux, entre les Huns et les Goths, entre les familles, valent le déplacement. L'atrocité finale du roi Ermanaric tient de la bête. Difficile de suivre dans un concept latin, encore moins romantique ! On retrouve ici l'anomalie temporelle consistant à placer quelques scènes finales en tête et c'est au bout du roman que le lecteur comprend avantageusement tout le drame qui s'y noue et qui ne se termine pas comme on pourrait le deviner.
     Carl Farness, patrouilleur du temps, vit à New York dans les années trente, il est marié depuis longtemps à une femme qu'il adore, Laurie. Tout irait pour le mieux, mais il aime les Goths et est attiré par leur histoire, particulièrement par les deux légendes des Nibelungen (« ceux du monde d'en bas »). Il obtient d'Everard l'autorisation de pénétrer dans leur période temporelle et d'étudier leurs mœurs. Il faut comprendre que dans les paradoxes temporels que manie Anderson une absence de Carl de dix minutes chez Laurie peut correspondre à dix années de présences chez les Goths, et dix années, c'est bien long. Carl, Le Vagabond chez les Goths, tombe amoureux de la jolie fille de Winnithar, Jorith. Il sauve son clan par ses pouvoirs spéciaux et l'épouse. En trois pages, Jorith meurt en couches et donne un enfant au Patrouilleur ! La catastrophe est en marche et Carl sera tenu de rectifier le cours des événements en passant par un long chemin de croix. Il sauvera sa descendance d'une manière peu orthodoxe chez les Goths.
     Dans ce roman, suivant Anderson, les légendes seraient nées à partir d'interventions de Patrouilleurs, ou autres individus identifiés en dieux ou héros aux moments de leurs interventions. Leurs extraordinaires moyens produiraient les phénomènes fantastiques qui généralement les accompagnent, des miracles, en quelque sorte.
     Le troisième roman est plutôt une courte nouvelle, il se déroule au temps de Templiers.
     Depuis dix ans le Patrouilleur Marlow s'est introduit dans l'Ordre du Temple pour s'informer sur ses pratiques. Malheureusement pour lui Philippe le Bel en décide l'élimination. Marlow y a un ami ; plus qu'un ami, un amant qu'il prévient trois jours avant les arrestations, brisant ainsi le serment d'un Patrouilleur et provoquant une distorsion temporelle. Everard interviendra vigoureusement pour ramener Marlow dans le monde de la Patrouille accompagné de quelques précisions sur le déroulement de l'histoire. Anderson, comme beaucoup d'auteurs en Science-Fiction et imaginaire, n'a pas de préjugé sur les mœurs.
     Ces courts romans, beaucoup plus élaborés qu'il n'y paraît, sont des ouvrages de Science-Fiction historico-descriptifs réussis, parfois au détriment de l'action en cours. Comment reprocher à un écrivain d'utiliser autant l'histoire et les légendes lorsqu'il les emploie à si bon escient. C'est la marque d'un grand auteur.

Gérard BOUYER
Première parution : 1/4/2011
Présence d'Esprits 67
Mise en ligne le : 6/11/2011




 
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