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Ta-Shima

Adriana LORUSSO


Cycle : Ta-Shima vol.

Traduction de Françoise JACQUIER
Illustration de Stephan MARTINIÈRE

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Science-fiction n° (13)
Dépôt légal : juin 2007
600 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-35294-059-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Pendant huit siècles, la planète Ta-Shima est restée à l'écart de la Fédération des mondes humains. Deux races humaines très différentes mais complémentaires y coexistent : les Shiro, seigneurs arrogants et sanguinaires, prêts à s'entre-tuer pour une simple question d'honneur et les Asix, trapus et velus, qui vouent aux Shiro une admiration sans bornes et que ceux-ci doivent protéger en toute circonstance. Mais l'équilibre entre les deux races est bien plus subtil qu'il n'y paraît, comme le découvrent peu à peu l'ambassadeur de la Fédération et sa suite.
     La dirigeante de Ta-Shima étant morte dans un accident plutôt suspect, les membres du conseil décident de rappeler sur leur monde une doctoresse rebelle, Suvaïdar Huang. Mais Suvaïdar n'a aucune envie de rentrer à la maison : la vie est nettement plus commode sur les planètes hyperdéveloppées de la Fédération. Sous la pression des événements, elle sera néanmoins obligée de s'enfuir pour Ta-Shima, en compagnie de son frère.
     Parviendra-t-elle à abandonner ses habitudes étrangères pour redevenir une authentique Shiro ? Et découvrira-t-elle le secret de Ta-Shima, qui doit être protégé à tout prix ?

     Adriana Lorusso est née en 1946, à Trévise. Elle a été interprète de conférences et traductrice — elle a elle-même supervisé la traduction de son manuscrit de l'italien vers le français — , a pratiqué les arts martiaux et le dessin... Elle vit à Bruxelles dans une maison de bois, entourée d'une ménagerie comportant un homme, deux chiens et un possible siamois.

    Prix obtenus    
Bob Morane, roman étranger, 2008

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     « Personne ne peut aimer Ta-Shima, les vents y sont trop violents, les montagnes trop élevées, les marées de quatre lunes de vrais tsunamis, mortels pour qui se laisse surprendre, et la jungle est pleine de terrifiantes menaces avec cette incroyable variété de plantes vénéneuses et d'animaux féroces que nous devons empêcher d'envahir la zone habitée. Mais c'est ma planète, et ici je me sens vivre : il y a toujours quelque danger qui guette et je suis né pour les combats et les défis. » (p.406)

     Sur Ta-Shima coexistent deux races humaines, distinctes dans leurs caractéristiques physiques comme dans leurs comportements. Dominants, les fiers et irascibles Shiro obéissent aux règles complexes d'un code d'honneur qui sous-tend le bon fonctionnement de leur société matriarcale : toute manquement se lave dans le sang, au cours de duels rituels. A leurs côtés, les petits mais costauds et poilus Asix constituent une race servile, douce et aimante. Pourtant, les sentiments dont font preuve Shiro et Asix les uns envers les autres ne traduisent en rien une relation de maîtres à esclaves. Leurs liens sont subtils, difficiles à appréhender pour les « Extramondins » — les habitants des autres mondes — et évidemment pour le lecteur : la compréhension de la nature de cette étrange complicité entre les deux races sera même l'un des enjeux principaux de la lecture du roman.

     En outre, cette société s'organise en clans aux fonctions bien définies — par exemple, les Jestak sont tous des médecins — mais les liens familiaux habituels dans les communautés humaines ont disparu : les enfants sont élevés loin de leurs parents, sans distinction de race, et il règne une grande liberté sexuelle, hors de toute contrainte, y compris entre Shiros et Asix. Les deux races partagent également d'autres caractéristiques, comme un goût rigoureux pour la simplicité et un profond désintérêt pour toute forme d'art ou pour toute chose qui ne soit pas strictement utilitaire — bijoux, parfums, décorations et autres « flobels » inconvenants. C'est dire s'ils éprouvent quelques difficultés à assimiler les modes de vie des Extramondins jugés sans logique, cupides et souvent cruels sans nécessité : « Ce n'est même pas très rationnel : chacun perd du temps à cuisiner ses propres repas chez lui, à accompagner ses enfants à l'école. Au travail, ils ont des temps de service très réduits, comparés aux nôtres, mais ils passent tout leur temps libre à s'occuper de ces choses qui sont bien plus ennuyeuses que le travail. Et ce n'est pas tout : ils croient que si tu commences à partager ta natte avec un homme, tu dois continuer avec le même pendant des années et des années. Quand ils choisissent un autre compagnon de jeux, les Sitabeh font ça en cachette, en prenant toutes sortes de précaution. S'ils se font surprendre, cela crée un tas de problèmes. » (p.574)

     Certes, ce goût pour le fonctionnel et l'utilitaire reflète en partie un conditionnement face aux dangers recelés par cette planète inhospitalière : la survie y est la préoccupation essentielle. Mais, en réalité, la vérité est beaucoup plus complexe.
     Car si des hommes ont autrefois pris la peine de coloniser cette planète peu engageante, ce fut pour fuir la Fédération après l'interdiction de toute recherche génétique. Ta-Shima a donc servi de refuge à un groupe de généticiens : elle est devenue une nouvelle « île du Dr Moreau ». Une île que le lecteur vient visiter plusieurs siècles après la disparition des scientifiques, une île où la médecine et la génétique ont pris une avance considérable sur le reste de l'univers — alors que dans tous les autres domaines, Ta-Shima accuse un retard technologique important. Cette avance — criminelle aux yeux de la Fédération — existe grâce aux travaux d'un bel exemple de « savant fou » devenu mégalomane à force de persécution : « L'idée de persécuter la science ne peut naître que dans le cerveau d'un être inférieur, et, quoiqu'on en dise, à la tête d'une prétendue démocratie il ne peut y avoir une personne de valeur : les idiots ne peuvent qu'élire d'autres idiots, c'est un système fait pour niveler par le bas, et qui est insupportable pour ceux qui grâce à leur intelligence et à leur culture, sont naturellement faits pour dominer. » (p.568)

     Le lecteur devinera sans peine que ce passé « génétique » de Ta-Shima n'est pas étranger à l'existence des deux races et à leur curieuse interdépendance, mais même si les révélations finales sont rapidement pressenties, la lecture de l'ouvrage n'en demeure pas moins intéressante. En effet, l'énigme recèle suffisamment de facettes pour réserver quelques surprises et surtout l'intrigue est remarquablement menée, avec un réel souffle, avec une grande habileté à relancer constamment l'intérêt tout au long de ces presque six cents pages. Ainsi, considérations sociologiques, ethnologiques, éthologiques et génétiques se fondent parfaitement dans un space opera coloré où l'aventure a aussi la part belle — voir par exemple les « épreuves de la majorité » durant lesquelles les enfants tentent de survivre à ce monde mortel aux multiples dangers. La découverte de cette société exotique et déroutante, ainsi que de sa genèse, s'avère même suffisamment passionnante pour que l'intrigue politico-criminelle qui sert de fil conducteur soit reléguée au rang de simple prétexte à cette stimulante exploration. Le sense of wonder est assurément au rendez-vous !

     Soumis aux éditions Bragelonne directement en français, Ta-Shima a pourtant vu le jour sous la plume d'une italienne jusqu'alors inconnue dans l'hexagone. Si la référence implicite à H.G. Wells montre que ce dense et ambitieux premier roman s'inscrit dans une veine science-fictive des plus classiques, on doit en souligner la relative originalité : Adriana Lorusso situe son intrigue dans un futur où le savant fou est oublié depuis longtemps et où les chimères ne régressent pas vers l'animal — comme dans Les Fables de l'humpur de Pierre Bordage — mais s'élèvent vers une troublante humanité. La phrase qui conclue le récit forme sans doute une morale cruelle, mais elle pose à sa manière l'éternelle question : qu'est-ce qui définit l' « être humain » ? La réponse est ici des plus ambiguës.
     Une réflexion intelligente dans un récit aussi sensible que captivant : Ta-Shima est un roman épatant, l'exemple type de ce que peut apporter la meilleure science-fiction.




Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 9/9/2007 nooSFere


     Sur la planète asiatico-tropicale Ta-Shima vit une société post-humaine divisée en deux castes : d'un côté les Shiro (des samouraïs, pour simplifier), et de l'autre les Asix (des Haïnus, sans doute, puisque Ta-Shima est une métaphore du Japon médiéval). Shiro et Asix, maîtres et esclaves ? Oui et non... disons plutôt deux groupes vivant en une symbiose déséquilibrée, l'un étant clairement au-dessus de l'autre.

     C'est sur Ta-Shima qu'a grandi Lara, une Shiro. Forcée de fuir sa planète natale (du moins, l'a-t-elle cru), elle est devenue doctoresse dans l'extramonde sous le nom de Suvaïdar Huang. Mais à la suite du décès plutôt suspect de sa mère (qui était l'équivalent du shogun, mais un shogun progressiste), voilà que Suvaïdar est fortement priée de rentrer chez elle. Le voyage interstellaire, en compagnie de soldats, d'un érudit et d'un ambassadeur fraîchement nommée sera long, très long. Et tournera au drame avec le viol de Keri, une Asix victime de la concupiscence criminelle de cinq soldats aussi cons qu'une performance de Jackass.

     Quel ennui ! Que de bavardages inutiles ! La virée est longue et les étapes aussi palpitantes qu'une balade autour d'un champ de cent hectares en pleine Beauce. Les 600 pages du pavé se découpent (à peu près) ainsi : 180 pages d'exposition mollassonne en guise de préliminaires, deux pages de viol, puis un flash-back assez fort sur l'épreuve du passage à l'âge adulte, puis 300 pages de remplissage, ou presque, et, enfin, 100 pages où l'auteur retrouve son intrigue (le meurtre de maman) pour y mettre un terme de façon fort discutable, tant sur le plan de la technique narrative que sur le plan politique.

     Roman mal construit, donc, mais aussi mal écrit, car Adriana Lorusso ne sait pas comment raconter son histoire (point de vue de Suvaïdar ? narration omnisciente ? point de vue de tartempion ?) ; elle jongle sans cesse entre les différentes techniques d'écriture et le résultat final ne donne pas grand-chose (sans compter quelques redites et des contradictions qu'une lecture attentive aurait dû éliminer). Il n'y a pas de ton. Aucune « petite musique ». Rien qui vous pousse à continuer votre lecture.

     Malgré ce constat amer, on trouve des choses intéressantes dans ce premier roman d'Adriana Lorusso : la transposition (déformée) de la société japonaise sur une planète extraterrestre ; les liens Asix/Shiro ; la problématique de l'eugénisme tel qu'il est pratiqué par les Shiro. Mais tout ça ne suffit pas à retenir l'attention du lecteur. Adriana Lorusso croit sans doute que tout ce qu'elle raconte est intéressant, malheureusement ce n'est pas le cas ; et là où 250 pages auraient suffi (et auraient probablement donné un livre proche de ce que fait Karen Traviss chez le même éditeur — La Cité de Perle, Transgression), elle nous en inflige 600.

     A la lecture de ce roman, deux chefs-d'œuvre de la science-fiction me sont venus à l'esprit : Emphyrio de Jack Vance et Les Maîtres-chanteurs d'Orson Scott Card. Des réminiscences signifiantes, car il y a chez Card et Vance (qu'on aime ou pas leurs opinions politiques) un talent qui fait grandement défaut à Lorusso, celui de conteur.

     Au final, Ta-Shima — bravo pour la couverture à se vomir sur la langue ! — est probablement le plus beau pétard mouillé du premier semestre 2007 ; en tout cas, un livre qui n'aurait jamais dû paraître avant d'avoir été débroussaillé au Gravely 5665.
     Sur la planète asiatico-tropicale Ta-Shima vit une société post-humaine divisée en deux castes : d'un côté les Shiro (des samouraïs, pour simplifier), et de l'autre les Asix (des Haïnus, sans doute, puisque Ta-Shima est une métaphore du Japon médiéval). Shiro et Asix, maîtres et esclaves ? Oui et non... disons plutôt deux groupes vivant en une symbiose déséquilibrée, l'un étant clairement au-dessus de l'autre.

Thomas DAY
Première parution : 1/11/2007 dans Bifrost 48
Mise en ligne le : 20/12/2008


 
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