Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
L'Ensorceleuse

Elizabeth HAND

Titre original : Mortal Love, 2004
Première parution : William Morrow, 2004
Traduction de Brigitte MARIOT
Illustration de Trinette REED

DENOËL (Paris, France)
Dépôt légal : mars 2007
Première édition
Roman, 418 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-207-25782-1
Genre : Fantastique


Quatrième de couverture
     Venu à Londres dans l'espoir de terminer son livre sur le mythe de Tristan et Iseult, le journaliste américain Daniel Rowlands s'est installé chez son ami Nick, une rock star avec laquelle il a fait les quatre cents coups au temps du swinging London. Lors d'un dîner, Daniel rencontre une ancienne maîtresse de Nick, la mystérieuse Larkin Meade, une femme aux pouvoirs de séduction incroyables qui semble connaître sur le bout des doigts les préraphaélites et le romantisme anglais. Alors que Daniel s'enflamme immédiatement pour cette compagne idéale, Nick le met en garde : le passé de Larkin recèle de lourds secrets...

     Thriller gothique et sensuel, L'Ensorceleuse croise sur plusieurs décennies les destins d'artistes maudits et de leur muse. A travers des personnages imaginaires ou des figures connues comme le peintre Rossetti et le poète Swinburne, Elizabeth Hand reprend à son compte le thème fascinant de l'amour et du désir éternels pour mieux questionner les affres de la création. Un récit étonnant tant par la richesse de sa construction que par la puissance évocatrice de l'univers qu'il parvient à créer.

     Elizabeth Hand est l'auteur de six ouvrages acclamés par le public et la critique outre-Atlantique, L'Ensorceleuse est son deuxième roman traduit en français.
     Elle vit entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
Critiques
     Publié sous une couverture aussi absurde que laide, le très élégant Mortal Love doit composer avec un titre français objectivement mal choisi et un non-engagement éditorial flagrant (ni en « Lunes d'encre », ni en « Denoël & d'ailleurs », mais enfin pourquoi ?). Le destin de L'Ensorceleuse semble donc scellé, ce qui est dommage quand on connaît le talent d'Elizabeth Hand et certaines de ses délicieuses nouvelles (à lire notamment dans Fiction nouvelle mouture, ou dans le numéro 9 de la série des anthologies périodiques Etoiles Vives). Histoire de compliquer encore un peu plus la chose, L'Ensorceleuse ne fait pas franchement partie des livres étiquetables. Fantasy urbaine, un peu, peinture sensible du milieu artistique fin XIXe siècle, certes, thriller horrifique et/ou merveilleux, aussi... Bref, les qualificatifs ne manquent pas et font de ce roman un excellent moment de lecture, à défaut du chef-d'œuvre espéré. Le style de Hand pose également problème. Très elliptique, essentiellement fondé sur le non-dit, parfois obscur ou carrément hallucinatoire, l'intrigue ne se livre pas facilement. De fait, les lecteurs souffrent quant il s'agit de suivre l'auteur sur un chemin évidemment éthéré. A l'instar de Robert Holdstock ou même de Léa Silhol, Elizabeth Hand s'approprie le sacro-saint petit peuple anglais et l'adapte à ses vues personnelles sur la nature profonde du merveilleux. Dès lors, mécanisme logique, l'impossible acquiert une présence extraordinaire, et s'il s'accompagne de brumes et d'hallucinations floues, les sensations éprouvées par les témoins sont d'une extraordinaire réalité.

     Constitué de chapitres qui naviguent entre aujourd'hui et la fin du XIXe siècle, le texte bénéficie largement de ce bon vieux procédé littéraire et passionne suffisamment son lecteur pour lui donner envie d'en savoir plus. Hélas — ou tant mieux — Hand ne donne que très peu de clés. Et la principale est une femme, évidemment surnaturelle, mais aussi très réelle, dont la passion pour l'art (peinture, poésie, écriture, etc.) lui fait traverser le temps à la recherche de l'essence des choses. Hélas, pour les pauvres mortels qui la côtoient, fréquenter pareille muse n'est pas sans douleur et conduit souvent à la folie. C'est le cas de Daniel Rowlands, venu à Londres travailler sur le mythe de Tristan et Yseult pour un magazine américain, mais c'est aussi le cas — un siècle plus tôt — d'un peintre en devenir, de quelques poètes et d'un aliéniste qui tient plus du savant fou que d'autre chose. Tous s'autodétruisent au contact de la femme, et cette dernière se consume elle-même au contact de l'Art.

     Eternelle parabole sur la douloureuse nécessité artistique, L'Ensorceleuse est un joli mélange des genres. De par sa construction volontairement éclatée et sa narration volontiers obscure, le roman d'Elizabeth Hand est avant tout déroutant. Mais pour ceux et celles qui acceptent de se faire malmener, le voyage vaut largement le détour. Fluide et évocateur, le style est un régal à lui seul. Et si l'intrigue ne se dévoile pas comme ça, elle en donne suffisamment pour construire une histoire pleine de sens, tout en s'offrant le luxe de se draper dans le mystère le plus aérien. A lire, donc, ne serait-ce que pour découvrir un univers à la fois original et inventif, en attendant les prochaines traductions qu'on espère nombreuses — ce dont il est permis de douter lorsqu'on sait qu'entre son premier roman traduit par chez-nous, l'excellent L'Eveil de la Lune (cf. critique in Bifrost n°16), à l'époque chez Rivages dans la défunte collection « Fantasy » (avec une reprise en 2001 chez Pocket « Terreur », collection tout aussi disparue) et le second, L'Ensorceleuse, donc, il s'est écoulé... huit années !

Patrick IMBERT (site web)
Première parution : 1/7/2007 dans Bifrost 47
Mise en ligne le : 7/11/2008

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition GALLIMARD, Folio SF (2021)

Dans la deuxième moitié du 19e siècle, Radborne Comstock, jeune peintre américain, s’installe à Londres. Il rencontre lors d’une soirée le docteur Thomas Learmont qui s’occupe de quelques patients dans son asile psychiatrique sur la côte de la Cornouaille. Celui-ci lui propose de l’accompagner pour tenter de soigner un patient grâce à la peinture. Sur place, il rencontre une femme étrange, peintre douée, qu’il représentera dans ses tableaux.
De nos jours, Daniel Rowlands, journaliste américain, prend un long congé sabbatique pour se rendre à Londres et écrire un livre sur Tristan et Iseult. Il loge chez un vieil ami, Nick, musicien professionnel, qui lui présente une ancienne amante, Larkin, qui l'avait conduit au bord du gouffre en à peine une semaine de relation.
De son coté, Val Comstock, petit fils du peintre, victime de troubles psychiatriques, est envoyé à Londres pour convoyer un tableau de son grand-père que Russell Learmont, richissime dirigeant d’une entreprise pharmaceutique, a acheté une somme folle.

Deuxième roman personnel d’Elizabeth Hand traduit en Français après l'Éveil de la lune (on ne comptera pas ses novellisations de films et de série comme œuvre personnelle), l’Ensorceleuse n’a pas vraiment eu de chance : un titre français à côté de la plaque, une couverture moche en grand format, une couverture bien plus en rapport en poche mais pas forcément attirante, il était assez facile de passer à côté. Il a fallu une certaine insistance d’une fan d’Elizabeth Hand pour que j’entreprenne la lecture de ce roman. Bien m’en a pris : sous ses dehors de fantasy urbaine incluant dans le monde contemporain une légende du folklore celte, l’Ensorceleuse est un roman d’une grande richesse, mêlant à la figure de la femme séductrice maudite malgré elle (et non volontairement ensorceleuse) les méandres de la création artistique et la folie, créant des liens entre deux époques en alternant finement plusieurs récits et nous décrivant avec un certain humour l’Angleterre victorienne et ses peintres préraphaélites.

Mais c’est surtout avec les personnages qu’Elizabeth Hand montre son talent : la relation entre Larkin et Daniel, cet homme qui ne résiste pas aux pouvoirs destructeurs de Larkin malgré les avertissements, cette femme qui ne peut échapper à sa malédiction, tout sonne extrêmement fort et juste dans cet affrontement amoureux, nous donnant plusieurs passages remarquables de puissance et de sensualité (aussi bien dans la description des personnages, des peintures que dans son jeu avec la couleur verte). On regrettera juste la toute fin du roman, un happy end assez faible qui n’amène pas grand-chose.

René-Marc DOLHEN
Première parution : 29/3/2021
nooSFere

retour en haut de page

Dans la nooSFere : 72616 livres, 86461 photos de couvertures, 67942 quatrièmes.
8503 critiques, 39109 intervenant·e·s, 1501 photographies, 3731 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2021. Tous droits réservés.