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Incarnations

Xavier BRUCE



Illustration de Patrick IMBERT

BÉLIAL' (Saint-Mammès, France)
Dépôt légal : mars 2009, Achevé d'imprimer : mars 2009
Première édition
Roman, 256 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 978-2-84344-090-8
Format : 13,0 x 20,0 cm  
Genre : Fantastique

Sous-titré : ou les sculptures cobayes.



    Quatrième de couverture    
     « Et le pire de tout, c'est qu'il ne peut même
     pas s'offrir le luxe de trembler... »
 
     Incarnations ?
     Une ancienne charcuterie industrielle. Un lieu clos, labyrinthique et interactif. Un vieil artiste : Antonin Fabrio, cinéaste et sculpteur sulfureux. Cinq personnes — trois hommes, deux femmes — recrutées pour participer à une expérience extrême. Moyenne d'âge : entre vingt et trente ans. Cinq prisonniers volontaires, enfermés dans ce bâtiment où ils deviennent une matière brute entre les mains du vieil homme. Et très vite, les motivations réelles d'Antonin Fabrio apparaissent : réaliser une œuvre totale et définitive, faire de l'art avec du vivant — transformer ces cinq individus en « bioacteurs » pour les amener à incarner des personnes disparues. La métamorphose commence. Dans la douleur. Car Fabrio est prêt à tout pour parvenir à son but : torture mentale, manipulations, violences physiques... Dans ce lieu fermé, la terreur s'installe. Et pourtant les cinq « bioacteurs » investissent le jeu, apprennent à survivre, à se gérer individuellement et collectivement. À l'intérieur de ce chaos permanent mais orchestré, chacun ira au bout de lui-même, au bout de l'expérience...
     Incarnations ?
 
     Grand amateur des littératures transgenre et hors cadres, Xavier Bruce anima pendant plusieurs années la micro-revue critique Translfictions avant de rejoindre l'équipe des collaborateurs de Bifrost, « la revue des mondes imaginaires ».
     Incarnations, son premier roman, constitue une expérience brutale, un texte choc qui place d'emblée Xavier Bruce très haut dans le panthéon de cette nouvelle littérature française nourrie aux genres populaires et à leurs codes, une littérature qui n'hésite pas à transgresser ses sources pour mieux les réinventer et bousculer son lecteur.
     Xavier Bruce a 41 ans. Il vit à Paris.
 
    Critiques    
     Dans une charcuterie industrielle désaffectée, cinq personnes répondent au casting d'un vieil artiste, Antonin Fabrio. Pour quelle œuvre ? Ils ne savent pas au juste. Mais, lorsqu'ils rencontrent pour la première fois Fabrio, auto-proclamé « génie malfaisant », ils sont mis au parfum. Ça sera bizarre, tendu, glauque, éprouvant, en un mot : extrême. Les cinq volontaires devront « bioincarner » des personnes réelles, en rapport avec le cinéaste et sculpteur, qui usera de toutes les techniques, physiques et mentales, pour les plier à sa volonté.
     Couverture sanglante, personnages en huis-clos, torture : Incarnations fait penser à la série de films Saw. S’il y a une parenté évidente dans le décorum, la complaisance dans la violence qui fait l’identité des films d’horreur est absente ici. L’intérêt de Xavier Bruce est ailleurs, dans les mécanismes qui vont amener les bioacteurs à s’insérer dans le projet dément de Fabrio. Cela ne sera pas facile, car certains des protagonistes se révéleront sacrément résistants. Il faut dire qu’en matière d’échantillon de l’humanité, ils sont tout sauf représentatifs : tous ont une faille, un côté tordu qui fait que toute empathie initiale est impossible. Ceci risque fort de déstabiliser nombre de lecteurs. Ceux qui passeront outre accéderont alors à un thriller au rythme soutenu et à la logique interne déviante, certes maîtrisée, mais qui ne laisse guère d'indice à son lectorat. Mélange de scènes choc, de confrontations improbables, d’errances dans un labyrinthe réel – la charcuterie – mais aussi intérieur : tout cela est bien beau, très efficace, mais il faut bien reconnaître qu’à la fin on n’a pas compris grand-chose au propos de l’auteur. C’est certainement ce qui fait la force mais aussi la principale faiblesse d’Incarnations : ce roman est tordu et bizarre (force), mais ne l’est pas gratuitement ; on sent que Bruce veut faire passer un message mais ne donne pas suffisamment de clés pour le décrypter, de telle sorte que l’on passe à côté (faiblesse).
     Au final, Incarnations révèle un auteur à l'univers très particulier et capable d'une écriture très visuelle et efficace (ce que vient renforcer un style sec, mais qui abuse des phrases courtes). On suivra donc Xavier Bruce avec attention, en espérant que son propos soit plus perméable dans ses prochains ouvrages.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 4/4/2009 nooSFere


     Ils sont cinq à avoir accepté un rôle dans une œuvre d’Antonin Fabrio, ce vieux cinéaste à la réputation douteuse. Cinq ratés, en situation d’échec, qui se retrouvent dans un ancien abattoir, sans plus d’informations. Dans ce huis clos, ils devront incarner la famille de Fabrio, qui, tout à son art, ne reculera devant rien — ni les tortures psychologique et physique, ni les manipulations mentales — pour qu’ils entrent dans leurs personnages, pour qu’ils incarnent le rôle de leur vie, au risque d’y passer...

     Pour la première fois en plus de dix ans d’activité, le Bélial’ publie un premier livre d’un auteur français. Et, surprise supplémentaire, bien loin de la science-fiction ambitieuse ou de la fantasy classique auxquelles nous a habitué l’éditeur, Incarnations évolue dans le registre du sanglant, avec juste une légère once de fantastique. Avouons-le tout de suite : le gore, la violence gratuite et la torture ne sont habituellement pas ma tasse de thé. Même la superbe couverture ne me disait rien qui vaille. Et pourtant... Malgré une intrigue transparente où le seul suspense concerne l’identité des survivants, ce roman est une bonne surprise.

     Tout d’abord, le style dépouillé surprend agréablement : l’auteur va directement à l’essentiel et évite les longues descriptions écœurantes et boursouflées. Il donne ainsi à l’œuvre une froideur qui atténue la violence omniprésente. Une violence surtout psychologique (les scènes saignantes se révèlent finalement peu nombreuses) destinée à permettre aux acteurs d’endosser leur rôle (trop facilement parfois, au point que le retournement de certains personnages paraît peu crédible). L’action prend vite le pas sur l’horreur, d’autant plus que le découpage en courts chapitres présentant les points de vue de différents narrateurs donne au récit un rythme qui entraîne rapidement le lecteur vers le dénouement. On pourra regretter une certaine monotonie puisque aucune scène ne se détache véritablement de l’ensemble, mais ce récit se révèle avant tout comme l’étude psychologique réussie d’acteurs aux prises avec un marionnettiste fou.





René-Marc DOLHEN
Première parution : 17/4/2009 nooSFere


     « Une ancienne charcuterie industrielle. Un lieu clos, labyrinthique et interactif. Un vieil artiste : Antonin Fabrio, cinéaste et sculpteur sulfureux. Cinq personnes, trois hommes, deux femmes, recrutées pour participer à une expérience extrême. Moyenne d'âge : entre vingt et trente ans. Cinq prisonniers volontaires, enfermés dans ce bâtiment où ils deviennent une matière brute entre les mains du vieil homme. Et très vite, les motivations réelles d'Antonin Fabrio apparaissent : réaliser une œuvre totale et définitive, faire de l'art avec du vivant ; transformer ces cinq individus en « bioacteurs » pour les amener à incarner des personnes disparues. La métamorphose commence. Dans la douleur. Car Fabrio est prêt à tout pour parvenir à son but : torture mentale, manipulations, violences physiques... »

     A cette présentation de l'éditeur, limpide, on se permettra de rajouter qu'une grande rousse se promène aussi dans le complexe industriel ; ainsi que deux gardes du corps, dont un sans main, mais expert en savate.

     Collaborateur de la revue Bifrost toujours prêt à dénicher des perles dans les coins les plus obscurs de la littérature dite générale, perles qui se révèlent bien souvent au carrefour des genres, dans ce trou noir qu'on appelle les transfictions, Xavier Bruce a 41 ans. Il vit à Paris. Incarnations est son premier roman. Et une sacrée surprise, n'ayons pas peur des mots, car Incarnations est un roman surprenant, de la première à la dernière page.

     Surprenant par sa couverture : une belle illustration de Patrick Imbert (un autre collaborateur de Bifrost : décidemment !) qui évoque le cinéma cradingue de Saw et Hostel et nous emmène de fait sur une fausse piste. On imagine un Loft Story façon survival horror alors qu'on devrait plutôt penser au Eraserhead de David Lynch et au giallo, ce genre de film d'exploitation, principalement italien, à la frontière entre le cinéma policier, l'horreur, le fantastique et l'érotisme, qui a connu son heure de gloire dans les années 1960 à 1980. A bien y réfléchir, Incarnations est une transfiction ET un giallo. Aucune des quatre composantes du genre cinématographique ne manque : scènes de violence physique, scènes de terreur, phénomènes inexplicables (un des personnages ressent les douleurs infligés aux autres), érotisme (le personnage d'Apolline évoque un torchon enflammé virevoltant au-dessus d'une généreuse flaque d'essence). Les codes sont respectés, jusqu'aux détails architecturaux torturés chers au Dario Argento de la grande époque (ici un jardin inversé, là des chambres trop grandes, dénuées de mobilier si ce n'est un lit, etc.).

     Surprenant aussi, la construction du roman, extrêmement élaborée, anti-linéaire, en chapitres courts, où presque tous les points de vues s'alternent et forment une mosaïque de folies ; car, inutile de se voiler la face, ils sont tous à la masse dans ce bouquin, dysfonctionnels, autodestructeurs pour certains, narcissiques jusqu'à la nausée pour d'autres, manipulateurs, paranoïaques, sadiques, en proie à diverses hallucinations et j'en passe. Une vraie galerie de monstres. Le marionnettiste a trop bien choisi ses marionnettes ? Sans doute. Et la charcuterie industrielle d'Ozoir-la-ferrière évoque une maison de fous insalubre tirée d'un chef-d'œuvre du cinéma d'épouvante. Cette plongée dans les ténèbres de l'âme humaine n'est pas de tout repos, malgré l'humour (noir) de l'auteur. Elle est beaucoup plus dérangeante qu'une scène de torture frontale tirée d'Hostel — vite vue, vite oubliée. Incarnations suinte la rouille et les fluides corporels viciés, ce n'est pas une lecture pour tous ; dans le meilleur des cas l'hypothétique adaptation cinématographique sera interdite au moins de 16 ans, après affrontements au comité de censure.

     En commençant la lecture du livre, je n'ai pu m'empêcher de penser aux premiers romans de Chuck Palahniuk (narrateur à la première personne, phrases courtes, humour méchant, comme on aime), mais cette impression s'est vite estompée tant Xavier Bruce nous plonge dans le kaléidoscope mental de ses protagonistes dérangés (une technique d'écriture que Palahniuk n'utilise pas dans ses premiers romans). Cette prime impression passée, qui relève sans doute de l'influence réelle, c'est le jeu sur la mythologie du cinéma fantastique/d'horreur qui a capté mon attention, car Bruce joue un peu sur le même terrain que La Conspiration des ténèbres de Theodore Roszak, mais poursuit un but tout à fait différent (il part de la mythologie, les scènes de présentation d'Antonin Fabrio, pour aller au présent et même vers l'avenir ; Roszak part du présent pour aller à la mythologie du cinéma, puis s'enfonce jusqu'à l'histoire secrète).

     Pur produit de la contre-culture, jeu sur les limites de la littérature dite générale, hommage au cinéma d'horreur italien des années 60-80 (Bava, Argento, Fulci, évidemment, mais aussi peut-être le plus récent Bloody Bird de Michele Saovi, 1987), réflexion assez poussée sur le voyeurisme, la société de spectacle et notre irréversible intoxication aux images de la téléréalité, Incarnations est un bon roman, et par voie de conséquence un très bon premier roman.

     Comme il n'existe pas de romans parfaits, on se permettra quelques critiques succinctes : l'utilisation de phrases courtes se révèle parfois lassante ; certaines choses sont doublées et triplées, là où une seule description ou une seule métaphore aurait suffi (bien que bref, le livre aurait gagné à être un poil plus dense, d'autant qu'il souffre d'un petit coup de mou aux alentours de la page 170). Xavier Bruce sacrifie aussi quelques pans de son intrigue au profit d'« effets visuels », mais vu le sujet du livre, on s'autorisera à penser que cela relève d'un choix.

     Dès son premier roman, Xavier Bruce va au bout de son projet, au bout d'une folie extraordinaire (à opposer à celle de Bukowski, par exemple), et se taille à grands coups de scalpel un coin douillet quelque part entre le Palahniuk de Monstres invisibles et « Les Livres de sang » de Clive Barker.

     Maintenant, lecteur, c'est ton tour de découvrir les secrets de la bioincarnation.

Thomas DAY
Première parution : 1/4/2009 dans Bifrost 54
Mise en ligne le : 10/10/2010


 
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