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Psychoville

Christopher FOWLER

Titre original : Psychoville, 1995

Traduction de François THIBAUX
Illustration de Philippe SOHIEZ

J'AI LU (Paris, France), coll. Thriller n° 5902
Dépôt légal : mai 2001
Roman, 412 pages, catégorie / prix : M
ISBN : 2-290-31218-5
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Hors Genre



    Quatrième de couverture    
     Expropriés. Les March ont eu beau faire, ils n'ont plus aucun recours : contraints et forcés, ils quittent un quartier populaire de Londres pour Invicta Cross, une banlieue plus huppée sans cachet et sans vie. Mais dans une Angleterre socialement cloisonnée, on ne change pas de quartier comme ça. Pauvres, ils sont exclus, méprisés par la communauté bourgeoise. Cette banlieue morte, cet autre monde, Billy March les hait. Pour lui, cette nouvelle vie, c'est la chronique d'un échec annoncé.
     Et lorsque sa mère, à bout, se suicide, victime évidente de la lutte des classes à l'anglaise, c'est la petite ville tout entière qu'il tient pour responsable.
     Dix ans plus tard, un jeune couple riche et dynamique s'installe à Invicta Cross. Simultanément, une série de meurtres et de disparitions plonge la ville dans l'angoisse. Convaincu que Billy est revenu se venger, un journaliste enquête...

     Christophe Fowler
     Né en 1953, en Angleterre, brillant auteur de fantastique, il a construit son oeuvre sur les « fractures urbaines », mondes ordinaires où coexistent des univers différents, mêlant quotidien, horreur et surnaturel avec le talent d'un Stephen King. Son roman L'illusionniste a reçu le prix Ozone 1997 du meilleur roman étranger.
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Millénaires (1998)


J'ai vingt-cinq ans et je ne suis pas fou. Mais la folie est entrée en moi. J'avais juste quatorze ans le jour où mon existence me parut à jamais dénuée de sens. Dès lors, je n'ai vécu qu'en prévision de ce moment magnifique et terrible : la vengeance. (...)
     Tout ce qui s'est passé sera éclairé par ces pages. Pourtant, tel le démon-dieu apparaissant dans un superbe jet de flammes, certains moments resteront hors de portée des mortels...

Octobre 1998 : les éditions J'Ai Lu lancent une nouvelle collection consacrée aux littératures de l'imaginaire. Curieusement, le premier ouvrage de cette collection se situe aux extrêmes limites de ces littératures : Psychoville ne se rattache en effet à l'imaginaire que par la culture et le style de l'auteur, très empreints de fantastique, et par la folie "démoniaque" du tueur.
     La première partie du livre (1985) décrit la déchéance d'une famille ouvrière jetée par erreur dans une "paisible" banlieue bourgeoise. Dès cet instant, la tragédie se met en place, tragédie au sens classique du terme puisque le destin de chacun est déjà scellé, déjà pressenti par les protagonistes, et déjà considéré comme inévitable. Dès lors, le moindre évènement prendra un sens, même la simple livraison d'une pizza un dimanche, et de tracasseries en commérages, de hasards malheureux en petits complots, le moindre fait précipitera l'issue fatale...
     Billy March est le anti-héros de cette première partie à la fois terrifiante par sa description de la haine ordinaire et jubilatoire par les sournoises mesquineries auxquelles nous avons tous été un jour confrontés. Il est une victime-née, vite résigné après une brève révolte, tel un Hamlet de banlieue.
     La seconde partie, située dix ans plus tard (1995), est l'histoire d'une vengeance menée avec une précision militaire, d'un châtiment d'une ampleur biblique pour lequel deux êtres unissent leurs singulières folies. Si cette revanche semble d'abord justice, un malaise envahit peu à peu le lecteur à mesure que la punition dépasse en horreur la faute initiale, que se dévoile la folie profonde du tueur et que tombent les masques...
     Sous couvert d'un thriller nerveux sont ainsi posées des questions délicates comme l'insidieuse lutte des classes, le rôle destructeur du mépris, l'ambivalence entre la résignation et la vengeance, les ressorts complexes de la folie... L'auteur, évitant tout manichéisme, refuse d'y apporter des réponses simples, et il signe là un livre percutant, à la fois captivant et intelligent.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/11/1998
nooSFere


 

Edition J'AI LU, Millénaires (1998)


     Ça faisait un bout de temps qu'on en parlait, de cette fameuse collection « Millénaires » en format semi-poche de nos amis de chez J'ai Lu. Faut dire que le concept est intéressant : « une présentation luxueuse, une sélection des meilleurs romans inédits à paraître dans les domaines du fantastique, genre millénaire, de la science-fiction, qui explore les millénaires à venir, et de la fantasy » (on remarquera en passant que la fantasy n'explore rien du tout et n'est pas un genre millénaire...). Et puis les auteurs annoncés ont de quoi susciter l'intérêt  : Fowler, Gaiman et Lehman pour les premiers, Baxter et Jeter (avec la suite de Blade Runner !) pour les suivants... (Soit un francophone pour quatre anglo-saxons – bel effort, ajoutera-t-on un peu cyniquement.)
     Le Fowler fut le premier à être imprimé mais pas à être diffusé, puisque chacun des trois auteurs sus-cités verra son bouquin sortir conjointement avec celui des copains). Il fut dont le premier à nous parvenir. Une nouvelle collection, ça se regarde attentivement. La couverture de Psychoville est spéciale mais très identifiable (d'après les visuels fournis par l'éditeur, celle du Gaiman est très belle, celle du Lehman pas terrible du tout). En tous cas, elle fait son effet... Quant à la maquette d'ensemble, c'est noir, extrêmement sobre, très polar, en fait. On se dit qu'il y a là une réelle unité ; on se laisse aller à conclure que côté visuel, ça tient la route.
     Et puis on ouvre le livre...
     Les March sont des victimes. Expropriés, ils sont contraints de quitter Londres et ses quartiers vivants et populaires. Ils se retrouvent alors logés dans une de ces banlieues cossues ou la petite bourgeoisie anglaise se plaît à couler des jours sans saveur mais paisibles. Ici commence la chronique des petites misères quotidiennes d'une famille prolétaire confrontée à la bassesse, la malveillance larvée, l'ostracisme d'une classe sociale aisée qui se refuse à voir son paysage gâché par la présence de voisins avec qui elle n'a rien en commun. On va pas non plus se laisser emmerder par le populo, ces gens qui roulent dans des voitures pourries, font du bruit, n'ont aucun goût, aucune culture, et sont d'une propreté douteuse. Non ? Ainsi, de désillusions en séries d'ennuis chroniques, la famille March se retrouvera bientôt marginalisée, conspuée, jusqu'à l'ultime déchéance, la fuite et la mort... Dix années passent. Un jeune couple propre sur lui, pimpant, brillant. vient s'installer dans cette même résidence qu'occupaient les March. Et les cadavres de ces petits bourgeois obtus de s'accumuler à grande vitesse, la terreur de s'installer dans cet univers de prospérité stérile...
     La force de Psychoville réside dans ses personnages. Fowler est un auteur qui porte sur son prochain un œil aigu, précis, quasi clinique. Son roman en est une belle démonstration. Chacun des protagonistes (nombreux) est dépeint avec un réalisme consommé, une vraisemblance qui confère à l'ensemble de l'œuvre un aspect réellement saisissant. La misère humaine qui s'étale au fil des pages nous envahit peu à peu  : on en viendrait presque à l'introspection, c'est dire. Côté narration, Fowler maîtrise là aussi impeccablement sa partition, sans brio certes, mais avec un professionnalisme évident. Jusqu'au dernier ressort de l'intrigue qui, s'il n'est pas époustouflant, remplit néanmoins son office.
     On en conclura donc que Psychoville est un bon roman. Quant à la science-fiction, le fantastique ou la fantasy, à l'encontre de l'argumentaire fourni par l'éditeur, ne les cherchez pas ici. Car nous parlons bel et bien de polar... On s'interrogera donc sur la pertinence de cet ouvrage dans la collection « Millénaires » et, du même coup, de la présence de cette critique dans les pages de Bifrost...

ORG
Première parution : 1/10/1998
dans Bifrost 10
Mise en ligne le : 15/1/2001




 
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