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Le Cerveau vert

Frank HERBERT

Titre original : The Green Brain, 1966
Première parution : Ace Books n° F-379, 1966

Traduction de Jacqueline HUET
Illustration de Marc SIMONETTI

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5992
Dépôt légal : novembre 2009
256 pages, catégorie / prix : 6
ISBN : 978-2-266-18962-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dans un futur très proche, notre planète est désormais coupée en deux zones : la Zone verte, où les humains ont dominé et asservi la nature, et la Zone rouge qui reste à conquérir. C'est le cas de l'immense forêt du Mato Grosso au Brésil que l'Organisation Écologique Internationale compte bien contrôler définitivement. Grâce à des bombes chimiques mortelles et des armes utilisant les vibrations, l'OEI élimine tous les insectes et nuisibles de la surface de la Terre.
     Mais cette fois, les habitants de la zone rapportent d'étranges histoires : insectes mutants, humains aux yeux étranges et au comportement inhabituel, disparitions... Une équipe de l'OEI est envoyée en mission afin d'enquêter au coeur de la jungle. Et ce qu'ils vont découvrir dépasse de loin l'idée qu'ils se faisaient d'une Nature soumise...

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     
 
    Critiques    
     La quasi-totalité de l'œuvre de Frank Herbert est ou a été disponible en Pocket à un moment ou un autre, à trois ou quatre exception près — à savoir La Mort blanche, L'Homme de deux mondes, La Ruche d'Hellstrom et, jusqu'à maintenant, Le Cerveau vert. Ce qui n'est pas disponible en Pocket l'est au Livre de Poche où sont naturellement repris les livres initialement publiés par Gérard Klein chez Robert Laffont à l'exception du cycle de « Dune ». Le Cerveau vert constituait donc jusqu'à présent une exception. Publié en 1975 au Masque « SF », il n'avait jamais été repris dans aucune des deux collections de poche qui se partagent l'œuvre de Frank Herbert.

     Frank Herbert est considéré comme l'un des plus grands auteurs de S-F aux côtés de Robert A. Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Ray Bradbury, Robert Silverberg, James G. Ballard et Philip K. Dick. Il partage avec ces deux derniers, et Bradbury dans une moindre mesure, le privilège d'être largement lu en dehors des cercles traditionnels de la S-F, grâce à l'extraordinaire succès de ce qui reste comme son chef-d'œuvre : Dune. Frank Herbert se différencie cependant de ces trois auteurs, dont une partie de l'œuvre se situe hors genre, en étant un pur écrivain de science-fiction. Cela n'explique en rien pourquoi Le Cerveau vert est ainsi resté 34 ans sans connaître de nouvelle édition française — probablement est-ce tout simplement fortuit. Il n'était de toute façon pas bien difficile de se procurer l'édition originale du Masque « SF » sur le marché de l'occasion, mais le voici enfin remis massivement à la disposition de toute une nouvelle génération de lecteurs (quoiqu'il faille regarder derrière les hautes piles de fantasy en grand format pour le trouver dans certaines librairies.) Après le contexte, passons au livre.

     « On était dans la zone verte, les bandeirantes venaient se reposer ou s'amuser, après avoir accompli leur service dans la jungle rouge ou aux postes de contrôle des barrières écologiques. » (p. 19). « Il paraît que certaines plantes sont en voie d'extinction par défaut de pollinisation. » (p. 21) Ces deux phrases, extraites du début du roman, semblent aujourd'hui parfaitement dans l'air du temps — un roman qui date tout de même de 1966, époque où l'idée écologique n'était pas encore un stéréotype confisqué par des politiciens réactionnaires en quête de justification pour des prélèvements obligatoires déguisés en taxes sauveuses de monde... Dans le roman, l'OEI (Organisation écologique internationale) a une vocation bien différente de tout ce que l'on pourrait imaginer aujourd'hui. En effet, elle a pour fonction de piloter les équilibres naturels en commençant par éradiquer tous les insectes inutiles ou nuisibles, ou considérés tels. Le programme a été mené à bien en Chine et c'est maintenant au tour du Brésil de le mettre en œuvre. Incidents et contretemps se multiplient. Des rumeurs d'étranges phénomènes survenus dans la jungle se répandent. Il est fait état d'insectes géants...

     Soupçonnant que tout le monde au Brésil n'est pas favorable à son programme, l'OEI dépêche sur place ses agents, Travis Huntington Chen Lhu et Tanya Kelly, chargés d'y mettre bon ordre. Chen Lhu orchestre toute une chorégraphie de faux-semblants psychologiques afin de circonvenir Joao Martinho, responsable local du programme, et Tanya Kelly est l'outil qu'il peut ou doit manipuler dans ce but. Frank Herbert déploie ici tout un jeu d'influences autour de ses personnages qui s'avèrent tout à fait caractéristiques de sa manière. Les trois sont confrontés, dans la première partie, aux événements qui défrayent la chronique, chacun cherchant à en donner l'interprétation qui lui convient.

     La deuxième partie les mettra aux prises avec une réalité inconcevable dont le lecteur est informé depuis le début. La mission de Chen Lhu n'en sera pas infléchie pour autant. Qu'il s'agisse des racontars de broussards ou d'une réalité qui le dépasse, Chen Lhu n'en doit pas moins faire un bouc émissaire de Martinho. Tous leurs passements de jambes finiront par s'avérer vains et l'humanité dominante par choir de son piédestal, réduite à un rôle à sa mesure.

     On notera l'illustration de Marc Simonetti, inspirée d'Arcimboldo, parfaitement en phase avec le roman. Le Cerveau vert n'est nullement l'un des chefs-d'œuvre de Frank Herbert, bien que caractéristique de sa manière. Sur le thème des insectes, La Ruche d'Hellstrom est plus abouti, sans que cela soit une raison pour faire l'impasse sur celui-ci, autrement plus intéressant que ne le sont les multiples séquelles et préquelles de « Dune ». Pour conclure en paraphrasant Joe R. Landsdale : Kevin J. Anderson est à Frank Herbert ce qu'un tuyau d'arrosage est à un serpent. Autrement dit : mieux vaut s'adresser au Bon Dieu qu'à ses saints.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/4/2010 dans Bifrost 58
Mise en ligne le : 16/7/2011


     La forêt amazonienne, comme d'autres régions dans le monde, est désormais partagée entre la zone verte, surfaces cultivables génétiquement modifiées, et la zone rouge où pullulent la faune et la flore indésirables. C'est là que les bandeirantes, les nettoyeurs des espèces invasives, signalent des insectes géants semant la terreur. Travis Huntington Chen Lhu, membre de l'Organisation écologique internationale, se rend sur place, avec Tanja Kelly, séduisante irlandaise, espionne chargée de séduire ceux qu'on lui désigne. Leur guide dans la forêt est Joao Martinho, jeune héros local de la lutte contre la vermine mutante, au contraire de son père, qui laisse des espèces vaquer pour mieux les étudier.

     Une conscience est apparue dans la jungle, un cerveau qui manipule la faune environnante et envoie dans le Vert des assemblages d'abeilles mutantes imitant la forme humaine. Un temps déconcerté par la notion d'individualité qui lui est étrangère, les sentiments comme la haine ou la notion de l'argent comme transfert d'énergie virtuel, cette intelligence apprend vite et comprend qu'elle doit se défier de ceux qui arpentent le territoire à la recherche des manifestations.

     Le suspense croît à la suite de quelques scènes spectaculaires telle l'irruption d'un insecte géant sur une place de village ou l'attaque d'insectes sous forme humaine comme dans une bonne série B d'horreur. L'action s'enlise cependant en se focalisant sur les conflits qui menacent la cohésion du groupe humain ; Joao se défie des observateurs et Tanja manifeste une hostilité grandissante envers le méprisant Chen Lhu qui cache des informations dont les enjeux les dépassent.

     Ce troisième roman de l'auteur contient en germe les thèmes que Herbert développera par la suite : l'écologie, qui pointe ici les mutations volontaires échappant à tout contrôle et les torts causés à la nature pour pouvoir ne conserver que les espèces jugées utiles. L'apparition du cerveau est à rapprocher du programme conscience de Destination : vide écrit durant la même période, la société des insectes annonce La Ruche d'Hellstrom, les manipulations de Chen Lhu rappellent celles du Bene Gesserit, de même que les références à la religion (« sans l'homme, Dieu ne pourrait pas exister ! »), la drogue ou les phéromones altérant la conscience, la recherche d'un équilibre assurant la survie de l'espèce renvoient à Dune et à des œuvres ultérieures déclinant ces thèmes récurrents. Les progrès de la conscience nouvellement née, naïvement traités, enlisent le récit et amoindrissent la portée des préoccupations connexes, de sorte que l'intrigue semble s'étirer, malgré la brièveté du roman. Qui reste remarquable par le potentiel créatif qu'il concentre.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2011 dans Bifrost 63
Mise en ligne le : 8/2/2013

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LIBRAIRIE DES CHAMPS-ÉLYSÉES, Le Masque Science-Fiction (1976)


 
     Les aléas des éditions françaises nous font connaître après Projet 40 (Galaxie, oct., nov., et déc. 74), paru en Amérique 73, ce livre écrit sept ans avant, qui en est le pendant — ce sont ici les insectes qui imitent les hommes — et un peu le brouillon — les amateurs d'action le trouveront moins pesant, mais il est aussi moins profond et moins rigoureux ; du point de vue idéologique, on regrettera le simplisme de la caricature du Chinois communiste et athée, mais la leçon écologique est à retenir : à vouloir éliminer les insectes « nuisibles » et rendre plus utiles les autres, on court à la catastrophe... à moins que les insectes eux-mêmes réagissent, pour notre salut en même temps que le leur !

George W. BARLOW
Première parution : 1/5/1976
dans Fiction 269
Mise en ligne le : 1/1/2014




 
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