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Eternity Incorporated

Raphaël GRANIER DE CASSAGNAC


Illustration de Justin VAN GENDEREN

MNÉMOS , coll. Dédales
Dépôt légal : juin 2011
Première édition
Roman, 272 pages, catégorie / prix : 19 €
ISBN : 978-2-35408-119-5
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
« Son œil noir était comme un gouffre insondable
s'abîmant quelque part dans le Processeur. »

     Après l'anéantissement de la civilisation par un virus inconnu, une partie de l'humanité survivante a trouvé refuge dans une ville-bulle régentée par un ordinateur central omnipotent : le Processeur.
     Isolés du monde extérieur, les habitants de la bulle se retrouvent brutalement séparés de l'ordre lénifiant distribué depuis des siècles.
     Trois citoyens, Sean l'artiste drogué proche des opposants au Processeur, Ange la gardienne de la loi prête au sacrifice et Gina l'ingénieur ambitieuse se lancent dans une quête dangereuse des secrets du Processeur et d'eux-mêmes !
     Avec une écriture singulière et sans tabou, Raphaël Granier de Cassagnac nous plonge dans une enquête passionnante qui nous dévoile les ressorts impossibles d'une société futuriste se rêvant idéale.

     Né en 1973, Raphaël Granier de Cassagnac est chercheur en physique des particules. Il allie à sa passion pour l'imaginaire une solide culture scientifique. Avec ce premier roman dans la lignée des grands récits contre-utopiques tels 1984 de George Orwell ou Matrix des frères Wachowski, il signe un texte ambitieux qui conduira plus loin le lecteur dans sa réflexion sur le futur mais aussi sur notre présent. Il dirige la collection Ourobores chez Mnémos.
Critiques

C'est une étrange impression que de lire Eternity Incorporated dans la situation actuelle, après déjà une année de pandémie grave. Pourtant le choix du livre a comme d'habitude été guidé par le goût de varier les genres, les styles et les longueurs de récit, et de déplacer les livres trop longtemps restés à la même place dans la bibliothèque.

La tentation est grande dans de telles circonstances de comparer l'actualité emmenée par le virus qui se propage depuis une année et le futur raconté dans le roman. Ce serait pourtant un exercice assez vain. Les auteurs de science-fiction extrapolent les tendances, déplacent un point de vue ou font des rapprochements inédits, mais ils ne sont pas des prophètes. Les littératures de l'imaginaire explorent avant tout le présent, c'est à dire dans ce cas une réalité qui date d'il y a dix ans et non pas la nôtre, le roman ayant été publié en 2011. En outre, l'objet du roman est essentiellement l'analyse d'une société sous cloche, et non pas celle d'un mal qui est un prétexte à son existence... Encore que ?

Le récit de Raphaël Granier de Cassagnac se situe donc dans un monde à la fois très éloigné et proche du nôtre. Proche dans la description d'une société moderne et à la technologie guère futuriste ou surprenante. Mais éloigné parce que même victimes nous aussi d'un virus qui envahit tous les continents, nous sommes loin de cette planète ravagée sur laquelle l'humanité s'est réfugiée dans des bulles hermétiques et isolées au sein desquelles elle a cédé tout pouvoir à des entités électroniques nommées Processeurs. Le Virus, avec une majuscule, a proprement décimé le règne animal et après quelques siècles de survie dans ce contexte seule une bulle abrite encore des humains vivants. À l'extérieur, de mystérieux mutants rodent.

Lorsque le roman débute, le Processeur de la dernière bulle habitée cesse de fonctionner, une chose inimaginable et proprement angoissante pour tous. La perte du Processeur signifie la disparition des connaissances les plus avancées et la fin d'une surveillance efficace de l'extérieur. Le récit se déploie dès lors en suivant les pistes de trois protagonistes. Sean Factory est un artiste, une sorte de DJ qui côtoie les marges de la société, une frange hédoniste qui se passerait bien du contrôle du Processeur et qui poursuit des idéaux de liberté. Ange Bernett quant à elle fait partie des brigadiers de l'extérieur, ceux qui patrouillent aux alentours immédiats de la cité et qui supervisent les réparations de la bulle. Gina Courage enfin dirige le service qui assure l'ensemble des connexions entre les citoyens et le Processeur. C'est une femme volontaire et entièrement dévouée à ce dernier, et qui jette un regard assez condescendant sur les capacités des membres du conseil qui régissent la société.

Cette société est donc justement, avec le mystère qui entoure l'histoire de la bulle et le fonctionnement du Processeur, le principal intérêt de l'intrigue. En premier lieu par son étrange construction rigide qui se manifeste jusque dans l'uniforme qui affiche la profession de chacun. Par sa proximité avec les biais et les préjugés de nos sociétés actuelles, au premier rang desquels la couleur de peau qui est toujours une frontière infranchissable pour les actions les plus élémentaires que sont se loger et s'aimer. Ensuite par son fonctionnement qui s'appuie sur le choix aléatoire d'un ensemble de conseillers parmi la population des citoyens. C'est là l'aboutissement d'une option pas inintéressante qui a déjà été appliquée dans l'Histoire et dont les limites sont peut-être, comme le souligne Gina, la capacité de ces « élus » à assumer leur tâche. Enfin, parce que les courants qui la traversent ne sont pas tout à fait aussi caricaturaux que l'on pourrait le craindre dans ce genre d'histoire. Ainsi le corps des brigadiers n'appartient pas au mouvement le plus réactionnaire et traditionaliste, et les intentions des citoyens les plus à gauche (pour parler avec un vocabulaire actuel) sont bien diverses et contradictoires.

Alors l'édifice est fragile, voire un brin naïf ; la majeure partie des citoyens semble bien silencieuse et rarement on ressent la présence d'une foule finalement peu inquiète des événements. Mais l'ensemble se tient et l'écriture est fluide et efficace. Je m'interroge encore sur la signification d'une « écriture singulière et sans tabou » annoncée sur la quatrième de couverture, mais il faut savoir ignorer ce genre de slogan qui se veut accrocheur pour éviter toute désillusion.

La fin du récit apporte toutes les réponses aux questions levées depuis son point de départ. La vérité déborde d'ailleurs sérieusement des plis de la narration à partir de la moitié du chemin, et il n'est pas compliqué de deviner la signification des découvertes que font les protagonistes au cœur du Processeur. Cependant, ce que l'auteur avait exactement en tête reste original jusqu'au bout. Et si l'on s'accroche quelques pages pour renouer les fils de sa conclusion qui tranche brutalement avec le cours du récit, le fin mot de son histoire ne manque pas de surprendre, sauf à être d'un naturel aussi pessimiste que lui en ce qui concerne la nature humaine.

 

David SOULAYROL
Première parution : 2/3/2021 nooSFere


     La civilisation humaine a été (presque) anéantie par un virus d'une rare virulence. Les survivants vivent rassemblés au milieu de nulle part dans la cité-bulle, contrôlée par un « ordinateur central omnipotent » : le Processeur. Un jour, le Processeur s'arrête, provoquant une vague sans précédent de stupeur (surtout) et de panique (un peu). Un arrêt inexpliqué, que l'on va suivre (ainsi que ses conséquences) grâce à trois personnages points de vue : Sean le DJ, Ange la fliquette de service, et Gina, l'informaticienne. Trois personnages assez insupportables, chacun dans son genre, ce qui rend la lecture plutôt « vivante » et parfois même prenante.

     Eternity Incorporated est un drôle de premier roman, un projet des années 50 (l'ordinateur urbain omnipotent/omniscient) qui a traversé le fleuve du temps à guet, un pied sur Robert Heinlein, un pied sur L'Âge de cristal, un pied sur Zardoz, un pied sur William Gibson, et le long saut final à partir de la trilogie Matrix. Si l'ensemble est plutôt agréable à lire (malgré une triple narration à la première personne qui n'est pas sans écueil), on reconnaîtra sans peine qu'on n'y croit jamais et qu'il est particulièrement difficile de partager le destin de cette humanité réduite ayant oublié le principe de redondance.

     Sans doute conscient que son projet ne pouvait être mené à terme en gardant la même thématique obsolète et le même principe de narration, l'auteur bifurque sur la fin dans une direction aussi inattendue que peu convaincante, au risque de perdre bon nombre des lecteurs qui l'avaient accompagné jusque-là.

     Raphaël Granier de Cassagnac (qui a plutôt un nom à écrire des romans de vampire, avec poudre rose sur les joues et dentelles aux poignets) arbore pas mal de cartouches à sa ceinture, aucun doute là-dessus ; espérons que pour son second roman, il pensera à charger à fond son pistolet et mettra toutes les balles dans la cible.

Thomas DAY
Première parution : 1/1/2012 dans Bifrost 65
Mise en ligne le : 2/3/2013

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