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Origine

Stephen BAXTER

Titre original : Manifold: Origin, 2001

Cycle : Les Univers multiples  vol. 3

Traduction de Sylvie DENIS & Roland C. WAGNER
Illustration de Léonard DUPOND

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 7001
Dépôt légal : octobre 2011, Achevé d'imprimer : juin 2019
768 pages, catégorie / prix : 14
ISBN : 978-2-266-18981-1
Format : 10,8 x 17,8 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     La Terre a subi des changements climatiques sans précédent depuis que la Lune a été remplacée par une étrange petite planète rouge. Reid Malenfant part en mission afin de retrouver Emma, sa femme, qui a mystérieusement disparu à travers un anneau bleu apparu dans le ciel. Il est persuadé qu'il s'agit d'une porte donnant accès à cette nouvelle lune. Qui a provoqué tout cela ? Qui vit sur cette planète ?
     Troisième vie pour Reid Malenfant, troisième réalité possible où l'astronaute passionné fait une rencontre surprenante, bien différente de celle qu'il attendait depuis toujours.
 
     « La trilogie Les univers multiples est l'une des séries majeures du genre. »
     ActuSF
 
    Critiques    
 
     Pierre d'achoppement de nombreuses conversations érudites, la définition de la SF agite périodiquement un genre à la recherche d'une identité, ou du moins essayant de comprendre les motifs de son désaveu parmi une intelligentsia prompte à exclure. Pourtant, il suffit de lire la série des « Univers multiples » (« Manifold » chez nos cousins de la perfide Albion) pour expérimenter l'intuition de Norman Spinrad. Pour l'auteur américain, la SF semble être en effet la seule forme de littérature vraiment en prise avec son époque, explorant la réalité multiple dans laquelle nous vivons.
     Un message parfaitement reçu par Stephen Baxter, puisque l'on retrouve bien chez l'auteur britannique cette volonté de dévoiler la multitude des possibles. Une détermination conjuguée à un désir quasi-prométhéen de pousser l'humanité hors de son berceau terrestre pour l'amener à accomplir son destin d'espèce intelligente, pour la forcer à s'affranchir du carcan bureaucratique, économique, idéologique et religieux l'empêchant de coloniser l'espace.
     De fait, Baxter n'a de cesse dans ses romans, astucieux cocktails de sense of wonder et de hard science, de vilipender la frilosité des institutionnels, refaisant au passage l'histoire de la conquête spatiale avec Voyage. Il déplore également la perte de l'esprit pionnier rappelant la fragilité de l'humanité et son caractère éphémère au regard de l'histoire de l'univers.
     Paru dans l'Hexagone entre 2007 et 2008, la série des « Univers multiples » gravite autour du paradoxe énoncé en 1950 par le célèbre physicien Enrico Fermi. Au cours d'un repas avec des collègues, le scientifique s'interroge sur la possibilité d'une vie, et d'une visite extraterrestre. Constatant que notre soleil est une étoile jeune à l'échelle de la galaxie, il formule la question suivante : « S'il y a des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils ? »
     A ce paradoxe, Baxter répond en plusieurs points, déclinant ses propositions en trois épais romans. A l'instar du David Bowman de L'Odyssée de l'espace de Kubrick et Clarke, Reid Malenfant y apparaît comme le moteur d'une variation thématique riche en trouvailles sidérantes. Un personnage fort, certes quelque peu monolithique, animé par son obstination à rallier l'espace et les étoiles. Autour de lui, diverses réalités se déploient, se faisant et se défaisant au gré des extrapolations scientifiques et science-fictives de l'auteur britannique.
     En guise d'ouverture, Temps propose au lecteur un véritable feu d'artifice d'idées, de théories et de notions scientifiques, toutes plus vertigineuses les unes que les autres. Le propos n'est pas sans rappeler les perspectives cosmiques, pour ne pas dire métaphysiques, d'Olaf Stapledon, ou encore celles d'H. G. Wells dans La Machine à explorer le temps, roman pour lequel — ce n'est sans doute pas un hasard — Baxter a imaginé une suite.
     Temps explore l'hypothèse d'un univers dépourvu de toute autre forme de vie intelligente. A la question de Fermi : « Où sont-ils ? », il répond : « Nulle part ». Et ce n'est pas la vision du futur offerte par un artefact venu de l'avenir, la perspective d'une fin du monde probable ou l'apparition de mutants aux desseins mystérieux qui rassure l'humanité. Bien au contraire, ces faits l'accablent et l'affolent, ressuscitant les pires réflexes de préservation de l'espèce.
     Par le biais de la physique quantique, Stephen Baxter nous projette à la fois dans l'avenir, au terme de l'univers, et dans l'arborescence des possibles. Deux interrogations lancinantes traversent le roman. Que deviendra l'intelligence une fois l'humanité disparue ? Comment parvenir à vaincre l'entropie ? A ces questions, l'auteur britannique apporte des réponses époustouflantes, sans omettre d'user d'un des points forts de la SF : adopter le point de vue de l'autre, l'étranger, l'inhumain, ici incarné par des calmars génétiquement modifiés. On en redemande.
     Situé en un même temps et un même lieu, mais sur une ligne parallèle, Espace joue la carte du foisonnement, l'intrigue linéaire cédant la place à une succession de récits entrecoupés d'ellipses temporelles. Cette fois-ci, Stephen Baxter use et abuse de la profondeur de champ de l'univers, déroulant son histoire sur quelques milliers d'années. Le procédé a de quoi réjouir l'amateur avide de spéculation science-fictive, cependant il faut reconnaître que le récit se montre beaucoup plus décousu, accusant de sérieux coups de mou, même si le final reste toujours aussi vertigineux.
     Au paradoxe de Fermi, l'auteur britannique répond ici par une autre question : « Pourquoi les extraterrestres n'arrivent-ils que maintenant ? » Baxter imagine en effet que la vie est présente partout dans l'univers. Sous diverses formes, elle grouille littéralement, affichant ses manifestations passées et présentes aux yeux d'une humanité désormais ravalée au rang d'espèce superflue. Toutefois, si la vie intelligente abonde et prolifère, affrontant avec succès ou non ses démons intérieurs, pourquoi aucune civilisation extraterrestre n'est-elle parvenue à conquérir et dominer la galaxie ? Guère pressé d'apporter une réponse, l'auteur britannique nous ballade d'un lieu à un autre. Des déplacements dans l'espace et le futur — conformément au principe de la physique d'Einstein — accomplis via des portails convertissant la matière en lumière. Ces voyages permettent à Stephen Baxter de mettre en scène des formes de vie étranges et de balayer quelques millénaires d'évolution de l'humanité dans une perspective fort peu réjouissante, il faut le reconnaître. Ces diverses spéculations ne tempèrent malheureusement pas complètement la déception. Après Temps, Espace fait un peu l'effet d'un brouillon un tantinet indigeste.
     Avec Origine, troisième volet de la série, exit la Terre, l'univers et le reste... Baxter plante le décor sur une Lune rouge dont les vagabondages dans l'infinité des réalités l'amènent à moissonner de façon aléatoire la vie à la surface de la Terre. Malenfant et ses compagnons découvrent ainsi un monde où coexistent plusieurs espèces d'hominidés, dont l'une d'entre elles semble avoir atteint un stade d'évolution supérieur à celui de l'Homo sapiens. Ils rencontrent également quelques contemporains issus d'une réalité alternative, notamment des Anglais provenant d'une Terre où les Etats-Unis n'existent pas et où l'Homme de Néanderthal n'a pas disparu.
     Si les prémisses du roman paraissent stimulantes, on déchante assez vite. Origine s'apparente à une purge longue et douloureuse. Une sorte de Au cœur des ténèbres chez les pithécanthropes écrit par un Homo guère habilis. A vrai dire, Baxter tire à la ligne, ne nous épargnant rien des soucis digestifs de ses personnages et de leurs tracas quotidiens. Le récit se cantonne à une interminable litanie de scènes de viol, de cannibalisme, de torture et d'actes de barbarie, sans que l'on ne ressente une quelconque progression dramatique. C'est juste gore et vain. A sa décharge, l'auteur britannique ne choisit pas la facilité, adoptant avec maladresse le point de vue de quelques hominidés. Ceci n'excuse toutefois pas les nombreuses pistes qu'il laisse en friche, préférant donner libre cours à son penchant pour la Préhistoire et l'évolution. Quant au paradoxe de Fermi, il se réduit à la portion congrue, se résumant à une nouvelle question à laquelle Baxter apporte une réponse bâclée dans les cent dernières pages.
     Au final, si Temps paraît incontournable, on ne peut manifester autant d'enthousiasme pour Espace. Quant à Origine, mieux vaut passer outre pour sauter directement à la case du recueil Phase Space évoqué plus haut, histoire d'achever la série des « Univers multiples » sous de bons augures.

Laurent LELEU
Première parution : 1/4/2013 dans Bifrost 70
Mise en ligne le : 1/3/2018

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, Rendez-vous ailleurs (2009)


     Si vous aimez l’ésotérisme, vous allez être servi. C’est la caractéristique pure et dure de ce roman descripteur de mondes et censé nous guider vers l’origine de l’univers.
     Science-Fiction rime souvent avec innovation, Baxter ne déroge pas à la règle et fait rentrer son ouvrage dans la catégorie des livres rébus qui exigent un bel effort d’analyse. Dès l’abord, l’usage de titres identiques pour les nombreux courts paragraphes, aggravé par l’absence de table des matières, transforme le lecteur en explorateur affrontant une forêt vierge. Il conforte, en quelque sorte un style d’écriture en vigueur aujourd’hui et illustré par Robert Charles Wilson dans Spin, prix Hugo 2006 tout en nous épargnant d’incessants flashbacks ; il y en a quelques uns, cependant.

     Les deux premières pages du roman sont déroutantes. Elles dessinent, par une série de déclarations ésotériques, une esquisse apocalyptique du cheminement de l’univers, puis le récit nous immerge, par personnages interposés, dans de multiples ethnies supposées montrer le comportement des mammifères ayant précédé l’homme. Le roman chemine dans des mondes différents en commutant continuellement de l’un sur l’autre. La partie de ping-pong mental qui en résulte, à doses de trois à cinq pages, nuit à la fluidité du récit et tiraille la réflexion du lecteur qui doit, de plus, faire face à des événements inopinés pas toujours plausibles.
     Ainsi, dès le début, quelles que soient les relations complexes qui lient un homme à son épouse, et Baxter se complaît à les développer, il est difficile d’admettre le comportement du personnage principal, Reid Malenfant. Accompagné de sa femme, il n’hésite pas à engager son avion dans une zone du ciel occupée par un anneau étrange alors qu’un autre avion s’y désintègre. Bien sûr, son avion se désintègre aussi. Qu’à cela ne tienne, il a un parachute. Il se pose sur terre alors que son épouse « tombe » sur une lune nouvelle tout directement dans les bras d’une horde barbare qui va lui en faire voir de toutes les couleurs ! Fantastique, oui, mais pas trop n’en faut. Dans le même ordre d’idée, étonnamment, les autorités de la terre ne cherchent pas à explorer ce nouvel astre qui vient d’apparaître, une lune rouge qui a remplacé l’ancienne. Il faut dire qu’elles ont fort à faire avec les bouleversements géographiques et climatiques correspondants qui, heureusement pour le lecteur, tiennent en quatre pages. Il faut toute l’opiniâtreté de Reid, qui « imagine » que sa femme s’est « posée » sur ce nouvel astre, pour que lui soit confiée une fusée d’exploration. Hallucinant d’onirisme. Bien sûr, Malenfant, après avoir trouvé l’aide d’une astronaute après un bain de mer glacée (comme la vérité du puits !) posera son engin à destination. Toujours aussi compliqué, par on ne sait quel hasard, il effectuera sa première sortie sans armes et sans précautions de manière telle qu’il sera immédiatement, comme sa femme, prisonnier, mais d’une autre tribu. On navigue ainsi de hordes en tribus plus ou moins organisées pour rencontrer aussi des êtres différents, des genres de fermiers qui semblent gérer l’ensemble sans s’en rendre compte. Le ping-pong continu sans cesse jusqu’à la fin du livre.
     Lorsqu’on connaît la biographie de Baxter, diplômé en mathématiques, ingénieur, enseignant, avant de se consacrer à l’écriture en 1995, on peut être étonné des libertés qu’il prend avec la vraisemblance des choses, des faits et des événements. C’est un récit à surprises où l’auteur donne l’impression d’avoir renié délibérément toute logique existentielle et physique pour laisser libre court à un antonyme débridé qui voit la souffrance, la solitude et la mort comme un passe-temps. Il impose aux humanités qu’il invente d’inexorables chemins de croix en ne cessant pas d’imaginer et de décrire, avec complaisance, des souffrances, des horreurs, des parricides et des scènes de cannibalisme : comportements d’aliénés en tout genre. Il est vrai qu’il y a plus de place dans l’anormal que pour le vraisemblable.

     Une grande partie des aspects dramatiques frôle le sadisme d’écriture dans des descriptions de barbarismes ignobles, les mots grossiers fusent de toutes parts. Tortures, viols et assassinats sont le lot quotidien du récit. La froideur des termes employés amplifie la bestialité des mutilations surgissant à tout bout de champ comme vivisections exécutées par des automates sans conscience. Si l’auteur veut par là, schématiser le développement de la race humaine il emprunte, parmi toutes les possibilités envisageables, un parcours bien pénible.
     Un sommet est atteint avec un pasteur tortionnaire, tombé on se demande d’où, qui devient, en se référant à dieu, le pire des barbares. Une réminiscence de l’inquisition probablement.
     De là à nous amener à penser que l’instinct des bêtes sauvages de notre globe est une bénédiction, il n’y a qu’un pas. C’est dire l’épouvante que l’auteur instille dans notre esprit, épouvante qui amène inconsidérément à penser que mourir par une bonne rafale de fusil automatique est un vrai cadeau.

     Ce roman tarabiscoté de 570 pages s’inspire plus de la mythologie nordique que d’autres théogonies, il ne peut pas se lire d’un seul jet et doit être disséqué, distillé, pour en tirer la « substantifique moelle ». Baxter n’est guère prolixe à ce sujet, ce qui est plus qu’étonnant, venant d’un professeur et ses explications, qui apparaissent au fil de l’écriture et terminent plus ou moins le livre, ne sont guère convaincantes. Des instants de repos entre quelques dizaines de pages sont les bienvenus.
     Enfin, cet ouvrage n’est pas à mettre entre toutes les mains sauf à vouloir saboter l’évolution d’un enfant ou d’un adolescent, mais, si vous aimez le « gore », les romans d’horreur et les rébus cabalistiques, n’hésitez pas. Ce livre est le vôtre.

Gérard BOUYER
Première parution : 1/7/2009
Présence d'esprits 60
Mise en ligne le : 9/1/2010




 
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