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L'Ombre dans la vallée

Jean-Louis LE MAY


Cycle : Chroniques des temps à venir (omnibus)


Illustration de DAYLON & LASTH

LES MOUTONS ÉLECTRIQUES (Lyon, France), coll. La Bibliothèque voltaïque n° (28)
Dépôt légal : janvier 2012, Achevé d'imprimer : décembre 2011
Recueil de romans, 272 pages, catégorie / prix : 26 €
ISBN : 978-2-36183-067-0
Format : 17,0 x 21,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Après s’être longtemps fait connaître comme co-auteur d’une série de romans d’aventure spatiale, en 1979 Jean-Louis Le May s’émancipe soudain des cadres convenus de la littérature de gare, en livrant un diptyque post-cataclysmique surprenant de violence, réjouissant de paillardise et d’une langue drue comme jamais, soufflant le chaud et le froid. Non loin de l’Autoroute sauvage de Julia Verlanger ou de l’Armalite 16 de Michel Crespin, et, surtout, bien longtemps avant La Route de Cormac McCarthy, le cycle des « barounaires », ces enfants perdus qu’une civilisation incompréhensible et détruite a crachés derrière elle, après la Grande Tourmente, trace la route d’une paradoxale survie humaine sur les terres provençales.
     On y fait connaissance des habitants du Domaine, dans la vallée, sous le viaduc, pas tellement loin d’une mer trop bleue dans laquelle toute vie semble avoir disparu. Les descendants des consoms n’ont pas le même sens de l’hypocrisie que leurs ancêtres qu’ils ignorent. Mais en leur présent, comme en celui où vivaient les consoms, bien peu de choses séparent ce que l’on appelle le bien de ce que l’on nomme le mal, au point de ne plus reconnaître l’un de l’autre... L’apocalypse est passée, ceux qui restent en cette Occitanie survivent à leur façon.
 
     Fruit méconnu des années Métal Hurlant et du radicalisme de la décennie 1970, l’œuvre formée par les deux romans L’Ombre dans la vallée et Le Viaduc perdu, réunis ici pour la première fois, s’impose avec le recul comme une pierre blanche dans le domaine de la fiction cataclysmique, le sommet inattendu de l’art d’un vieux routier de la littérature populaire entrant debout dans la modernité. Né en 1915, de son véritable nom Jean Cauderon, l’auteur est mort en 2009.

    Sommaire    
1 - L'Ombre dans la vallée, pages 9 à 124, Roman
2 - Le Viaduc perdu, pages 129 à 256, Roman
3 - Charles MOREAU, La Quête du Frohle d'Esylée, pages 259 à 262, Biographie
4 - Charles MOREAU, Bibliographie de Jean-Louis Le May, pages 263 à 265, Bibliographie
 
    Critiques    
     Avec ce cycle des « Barounaires », en dépit de mots dans la langue chantante du cru, Jean-Louis Le May nous livre un sauvage Mad Max provençal.

     De même, un autre constat : Le May est un auteur de droite. Il n'est pas un de ces libertariens controversés comme le furent Heinlein, par exemple, mais il est néanmoins un humaniste et un progressiste. Peut-être cela n'est-il jamais affirmé avec autant de force que dans ce diptyque des « Barounaires ». Le May a été un militaire et un soldat qui semble s'être battu ; cette expérience éclaire l'œuvre qui en porte la marque. Il exalte des valeurs telles que le courage, la compétence, l'esprit d'équipe et le sens du devoir, mais, bien que la part belle soit laissée aux combats, jamais on ne verra le moindre militarisme va-t-en-guerre. On cherchera à épargner ce bien précieux qu'est la vie, fut-ce celle de l'adversaire. Le May est également un farouche pourfendeur des traditions rigides et figées, souvent meurtrières, qui subsistent alors que les raisons qui sont à leurs origines ont elles-mêmes disparu. Les femmes, chez Le May, sont toujours dotées de caractères bien trempés, de fortes personnalités, souvent dominantes mais jamais dominatrices, et armées de solides compétences. Angélique en est un bon exemple. Tout cela est omniprésent dans ce diptyque.

     La richesse particulière de L'Ombre dans la vallée tient peut-être à la présence d'un beau salaud — denrée rare chez l'auteur — qui se dévoile petit à petit. Le May, bien sûr, n'est pas socialiste ! Chez lui, la société est là pour apporter du mieux aux individus et ceux-ci ne sont pas au service de celle-là. Par contre, l'individualiste égoïste incarné par Barba Ammoun est bel est bien le méchant. Les bons, c'est du côté des forces de l'ordre qu'il faut les chercher : Francès Filhol, le régulier (sorte de gendarme), les maires de hameaux, mais aussi les chefs de gang qui entendent jouer la musique sur le même ton.

     Quelques décennies après l'effondrement de la société de consommation, lors d'une apocalypse dont on ne saura rien si ce n'est qu'elle laisse la mer sans vie et que les militaires n'y sont pas étrangers (une triple coquille à la fin de la première partie transforme le slogan « A bas l'armée » en « A bas l'année » dépourvu de sens), un semblant d'organisation s'est reconstitué autour de la forteresse. Plusieurs éléments donnent à penser qu'il s'agit de la région niçoise. Quatre clans de barounaires (voyous) règnent sur les ruines de la cité. Les Véloces (qui vont à vélos), les Mobs (en Mobylettes), les Drags (de dragsters, en motos) et les Caisses (en tires, pardon, en automobiles), tous se tirent dans les pattes et se livrent à une âpre guerre des chefs pour des raisons de préséance et d'honneur quand bien même leur temps serait compté. Ces sanglantes rivalités sont attisées par Barba Ammoun, qui y gagne profit et pouvoir en bouffant à tous les râteliers. Mais voilà que la petite vérole s'en vient bousculer ce « bel » état des choses...

     Même si on échappe au pire, si, pour éviter la complaisance, Le May dit plus qu'il ne montre, le livre reste d'une extrême violence et renvoie Mad Max au rang d'œuvrette pour boy-scouts. Au bout du compte, on ne fait que frôler l'inceste, mais le cannibalisme est la règle et le viol une habitude... Quant au savon...

     Les Mobs et les Drags chers à Barba Ammoun règlent des comptes féroces. Les Caisses se voient attaquées et contaminées par des Véloces de toutes façons foutus et vérolés, tandis que les réguliers du maréchal Troussadouilla décident de flinguer et de cramer tout ça pour contenir l'épidémie. Mais les Caisses optent pour une sortie autrement grandiose, au grand dam de Filhol, consterné, qui les avait plutôt à la bonne, et que Barba Ammoun passe complètement de l'autre côté du cheval...

     D'un livre à l'autre, ça change. Et cette fois, l'illustration est si moche que j'ai l'impression de l'avoir dessinée moi-même. Quelques coquilles malheureuses. Une postface contestable. Une bibliographie hasardeuse. Voilà pour les moins. Autant dire qu'ils pèsent peu en regard de la nécessité qu'il y avait à rendre justice à Jean-Louis Le May en lui offrant la place qui lui est due au sein d'une belle collection (quoique hors de prix : 26 euros pour 260 pages, quand même...). Si l'on pouvait naguère avancer l'excuse d'un Fleuve Noir « Anticipation » par trop populaire pour faire l'impasse sur ce Le May, cette réhabilitation chez l'un des meilleurs éditeurs du moment est une garantie plus que suffisante pour considérer la réitération de l'impasse comme une faute. A découvrir, à redécouvrir ou à relire.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/4/2012 dans Bifrost 66
Mise en ligne le : 19/6/2013


 
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