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Les Faucheurs sont les Anges

Alden BELL

Titre original : The Reapers are the Angels, 2010

Traduction de Tristan LATHIÈRE

BRAGELONNE (Paris, France) n° (375)
Dépôt légal : avril 2012
Roman, 288 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 978-2-35294-559-8   
Genre : Fantastique

Couverture : photo © Mark Owen & Roy Bishop / Arcangel Images.



    Quatrième de couverture    
Un roman coup de poing, entre
La Route de Cormac McCarthy
et Into the World de Jon Krakauer.

     Temple n'a aucun souvenir du monde avant la chute.
     Du monde avant les zombies, avant les camps de survivants, avant les plaines de suie où tombent les vivants et se lèvent les morts.
     Temple a quinze ans, mais le temps de l'innocence est depuis longtemps révolu. Seule face à la nature, à ses miracles et à sa sauvagerie, elle est pourtant décidée à profiter de ce que la vie peut encore lui offrir, et à découvrir ce que dissimule l'horizon.
     Et derrière cette adolescente au cœur simple et dur, habitée par le désir d'être juste, se profile l'ombre de l'homme qui a juré de la tuer.

     Un récit puissant, sur la survie et l'humanité. Un livre terrifiant, mais profondément moral.

     « Les miracles, ça t'intéresse peut-être pas. Mais même quand on les mérite pas, faut savoir les apprécier. On doit tous admirer la beauté du monde, même quand on est méchant. Surtout quand on est méchant. »

« Bell a créé une héroïne inoubliable, dont l'appétit pour
la beauté et la rédemption parvient à apporter du merveilleux
dans un monde gangrené par la violence. »
Publishers Weekly

« Les faucheurs sont les anges est une histoire qui vous hante, un récit
puissant sur l'humanité. Comme Je sUIS Légende, il deviendra un
classique du genre, à l'aune duquel les autres seront mesurés. »
Fantasy Book Review

     ALDEN BELL vit à New York où il enseigne au lycée et est professeur adjoint à la New School. Il est marié à Megan Abbott, auteure de romans noirs et lauréate du prix Edgar.
 
    Critiques    
     Temple est une jeune femme de quinze ans ; elle n'a donc connu que le monde dans lequel elle évolue, qui, vingt-cinq ans plus tôt, a basculé dans l'horreur : les zombies ont en effet fait leur apparition. Temple a décidé de se débrouiller toute seule, s'est endurcie ; elle sait que sa survie passe avant tout par un égoïsme de tous les instants mais, lorsque sa route croise celle d'un attardé mental, elle comprend qu'il y a peut-être d'autres préoccupations tout aussi importantes.
     À première vue, le futur dépeint par Bell ne présente guère d'originalité : nous sommes aux États-Unis, les zombies sont parmi nous, et ceux qui ont échappé à la contamination se regroupent dans des petites communautés qui tentent de survivre en éliminant les morts-vivants dont la rapidité n'est pas la faculté première. Bref : on est en territoire ultra-balisé, la description crédible d'un univers, mais sans une once de particularité qui lui conférerait un quelconque intérêt.
     Car le propos d’Alden Bell ne se situe pas là : il préfère s’attacher à son personnage principal, cette Temple pétrie de contradictions : guerrière impitoyable sous un corps de jeune femme de quinze ans, solitaire qui rêve d’avoir une vie en communauté, comme tous les autres, tueuse de zombies prise de remords à chaque fois qu’elle renvoie un mort-vivant à la poussière... Ce portrait, d’une grande sensibilité, d’une belle profondeur, est une admirable réussite ; Temple oscille constamment entre malédiction et rédemption, les fêlures passées trouvant leur réponse dans ses actes présents désintéressés, comme la responsabilité dont elle se sent investie envers l’idiot. Peu à peu, au cours des semaines que dure l’histoire de ce livre, elle va se dévêtir de ce poids du passé ; à ce titre, les discussions qu’elle aura avec Moïse Todd – un homme lancé à sa poursuite depuis qu’elle a tué son frère en position de légitime défense, l’une des rares personnes lucides sur le monde qui les entoure et qui va agir comme une sorte de révélateur de conscience pour Temple – sont de petits bijoux de subtilité et d’amertume, de non-dit et d’ironie. Tous deux, blessés par leur existence, n’osent envisager l’avenir par peur de ce qu’il leur réserve.
     Au final, si l'on regrettera qu'Alden Bell n'ait pas su (pas voulu ?) nous offrir un minimum d'originalité dans le décor de son roman, on appréciera l'universalité de son propos et sa profonde empathie envers des protagonistes débordants d'humanité, fût-elle désespérée.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 20/8/2012 nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition GALLIMARD, Folio SF (2014)


            La réédition des Faucheurs sont les anges semble une opportunité à saisir si l’on est friand d’histoires de morts vivants. Une fois n’est pas coutume, l’illustration de couverture transcrit idéalement l’ambiance de fin du monde prévalant dans ce récit porté par un personnage féminin magnifique.

            La civilisation s’est effondrée. Vingt-cinq ans plus tard, les rares survivants parcourent des routes et des cités tombées en jachère. D’autres ont formé des communautés protégées par des murs, des enceintes improvisées ou des clôtures dérisoires. Bref, tout ce qui peut les mettre à l’abri des sacs à viande, limaces et autres zombies errants en quête de chair fraîche. Parmi les anciens, beaucoup restent des proies craintives requérant la protection des plus forts. Enferrés dans la nostalgie du monde d’avant, ils se lamentent de leur déchéance, nourrissant pourtant l’espoir de rebâtir ce passé mythifié. Pour les jeunes, ceux nés après la catastrophe, les temps jadis ne sont qu’une chimère dont les vestiges servent à leur subsistance. Temple appartient à cette génération. Elle n’a que faire de la nostalgie, Dieu l’a fait naître dans un monde à la fois dangereux et beau. À elle d’y trouver sa place et d’y faire ce qu’il faut pour survivre.

            Ce qui distingue Les Faucheurs sont les anges de la masse des histoires de zombies tient à deux choses : le ton et le point de vue. Même si Alden Bell reprend les lieux communs du genre, la qualité de l’écriture, le traitement des personnages et la justesse du propos hissent son roman trois bons crans au-dessus des récits bas de plafond produits en quantité industrielle sur le même sujet.

            Faux road-novel, mais vraie réflexion sur la civilisation et les éléments concourant à la transmission des valeurs, Les Faucheurs sont les anges oscille entre introspection et violence sèche. On y suit le périple de Temple, adolescente poursuivie par un homme dont elle a tué le frère par nécessité. Avec son tempérament entier, offrant un point de vue sans état d’âme sur ce monde différent, Temple se révèle le point fort du roman. Ce personnage féminin complexe tranche par son attitude ni trop nunuche, ni trop masculine. La sincérité de ses pensées, sa faculté à s’émerveiller de la nature et à aller de l’avant contrebalancent le désir de rédemption qui la hante et dont on découvre les racines au cours de sa fuite. Avec Moïse Todd, sa némésis masculine, elle forme un duo que l’on n’est pas prêt d’oublier.

            En écrivant La Route, Cormac McCarthy a démontré que l’on pouvait faire de la grande littérature avec les motifs du récit post-apocalyptique. Alden Bell fait de même avec le roman de zombies, proposant un récit mâture, empreint de mysticisme, dont les images imprègnent la mémoire pour longtemps. En somme, une lecture très recommandable.

Laurent LELEU
Première parution : 1/1/2014
Bifrost 73
Mise en ligne le : 21/4/2019




 
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