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Le Cri de l'engoulevent dans Manhattan désert

Kurt VONNEGUT Jr

Titre original : Slapstick, 1978
Traduction de Philippe MIKIRIAMMOS
Illustration de Francisco HIDALGO
Illustrations intérieures de Al HIRSCHFELD

SEUIL (Paris, France), coll. Fiction & Cie n° 22
Dépôt légal : 2ème trimestre 1978, Achevé d'imprimer : juin 1978
Première édition
Roman, 224 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-02-004896-5
Format : 13,9 x 20,4 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Comme chacun sait, en Amérique il ne saurait y avoir qu'un seul grand-père : le président des États-Unis, soi-même. Quant à Vonnegut (un peu plus de 55 ans, disons), qui n'a jamais démenti qu'il rêvait beaucoup, rêves de rage et rages de sève, il a décidé de cesser de tourner autour du pot et que la meilleure position stratégique à occuper quand on a rêvé toute sa vie de disséquer l'Amérique, de faire de ses moindres tendons des cordes à violon et du moindre de ses osselets une cabane bambou miniature, était très certainement le poste de président des États-Unis : Maison-Blanche, bureau ovale, et pelouse à hippies par-devant.
     C'est chose faite ici. D'ailleurs, dans le prologue, il le dit très précisément : « De toute façon, je n'écrirai jamais de mémoires, ceci est ce qui s'en rapprochera le plus. »
     En somme une politique-fiction à usage purement moral (même si le narrateur presque sexagénaire est toujours sur le point d'y mourir de rire !), très Vonnegutsy, comme on dit off Broadway et post-watergate.
     Ca commence, entre autres, par une histoire de jumeaux arriérés et géniaux en même temps (comme quoi...) et ça finit dans un invraisemblable tintamarre planétaire avec massacres de paumés et nouvelle cession de la Louisiane, alors que l'Amérique n'existe pratiquement plus, livrée au pillage, et que Manhattan n'est plus que l'Île de la mort, ses avenues envahies par une vrai forêt de vernis du Japon, alias « ailantes », dont les dictionnaires précisent qu'ils sont « souvent plantés sur les voies publiques ».
     Pas étonnant dans ces conditions que le cri de l'engoulevent au-dessus de la 5e avenue, quand le soir tombe, fasse légèrement frissonner les survivants.
Critiques

     EXCEPTIONNEL

     Vonnegut est un écrivain à part. Important dans la littérature US : on lui consacre des recueils d'articles, des thèses, on s'interroge sur sa philosophie, on crée même un adjectif « vonnegutsy » qui sert à signaler à la fois sa singularité et la difficulté, où l'on se trouve, de la cerner. Célèbre en SF, par son refus d'appartenance, Vonnegut n'appartient à personne. Se moque de tout. Avec esprit. Ses problèmes d'écrivain, son combat avec la réalité ont souvent constitué la trame même de ses oeuvres, sous divers déguisements. Pensez à la fin du Breakfeast du Champion. La SF, elle apparaît dans la merveilleuse Trafalmadore (Abattoir 5, et Les Sirènes de Titan) ou dans l'épique personnage de Kilgore Trout. Ce nouveau livre se situe comme une variation autobiographique dans un univers parallèle. En ce sens il enrichit la problématique et complète le Breakfeast On trouve le roman familial fantasmatique propre à toute tentative de ce genre : mais s'agissant de Vonnegut le héros ne peut être que Neanderthalien, double et bissexué, monstrueux — et vivre dans un décor de château hanté. L'auteur réutilise sa technique, de la prose fragmentée, coupée d'étoiles et enrichie de dessins, le croquis, etc., sans oublier les refrains, « et ainsi de suite ». Mais il s'agit de références au rire (« Hihi, Haha ! Marrant ! C'est drôle » : la répétition de ces clausules en contrepoint aux événements narrés finit par créer une impression de regard totalement étranger sur les événements eux-mêmes). Rire dont le titre anglais, et la référence à Laurel et Hardy, ses anges gardiens, donnent la tonalité. Mais le monde où il fait évoluer son alter ego, Wilbur Jonquille II Pastureau, est un univers issu de la SF des années héroïques de la Grande Dépression — qui correspondent à l'enfance de Vonnegut. Visions de type Guerre du Lierre, avec Manhattan envahi de plantes japonaises, péril jaune avec les perturbations de la pesanteur et la réduction microscopique des chinois devenus agents de la fièvre verte, USA retournés au Moyen Age, retour à l'esclavage ; le tout teinté d'une référence utopique savoureuse, l'invention des « grandes familles », et jusqu'à l'appareil qui permet de converser avec les élus elyséens s'ennuyant dignement dans leur éternité. Le montage subtil de ces multiples éléments, associé à une distanciation ironique donnent à ce roman une profondeur et une richesse comique que je ne puis qu'effleurer.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/1/1979 dans Fiction 297
Mise en ligne le : 18/3/2012

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