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La Parallèle Vertov

Frédéric DELMEULLE


Cycle : Les Naufragés de l'Entropie vol. 1 


Illustration de Alain BRION

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 32377
Dépôt légal : octobre 2011
Roman, 480 pages, catégorie / prix : 7,50 €
ISBN : 978-2-253-02369-2   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions

Sous le titre Nec Deleatur   ÉDITEUR INDÉPENDANT, 2007
Sous le titre La Parallèle Vertov
   MNÉMOS, 2010

    Quatrième de couverture    
     Child Kachoudas s'ennuie. Son oncle lui confie une mission : visionner les archives de l'enterrement d'Édouard VII en 1910, observer la foule endeuillée et le contacter ensuite. Les images en noir et blanc défilent sous ses yeux quand un homme lance à la caméra un coup d'oeil entendu. Cet homme est son oncle, José-Luis de Almédia ! Né bien après 1910.
     Le vieux savant misanthrope a transformé un sous-marin nucléaire soviétique, le Vertov, en machine à voyager dans le temps.
     Embarquement immédiat pour Sélinonte en 117 après J.-C. Mais la balade temporelle tourne au fiasco : en grippant l'Histoire, n'ont-ils pas défait le monde ?

     La Parallèle Vertov est un vrai roman de S.F., seul genre littéraire capable d'encourager le lecteur à s'affranchir des frontières de son univers familier Le vertige spéculatif amène naturellement un questionnement sur le sens de l'Histoire qui se révèle être le principal enjeu du roman.
Laurent Leleu, Bifrost.
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition ÉDITEUR INDÉPENDANT, (2008)


     A l'exception notable de Gérard Klein, le lectorat de S-F n'a pas frémi à la nouvelle de la parution, à la fin de l'année dernière, du roman de Frédéric Delmeulle. Mais le lectorat a le dos large et reconnaissons, à sa décharge, que la confidentialité de l'éditeur et un positionnement beaucoup moins cœur de cible — comprendre, NSO vain et tapageur — ont beaucoup contribué à cette méconnaissance. Sans doute conscient de ce handicap, l'auteur a essayé de manière plus ou moins maladroite de susciter sur le Web un micro-buzz autour de son roman. Qu'il apprenne que ses efforts ont au moins généré un écho à Bifrost. Mais arrêtons là les bla-bla et consacrons-nous à l'objet de ce préambule.

     1910. Le journaliste enquêteur Joseph Reboul, que ses collègues surnomment malicieusement Rouletabille, est dépêché à Londres par son journal L'Epoque afin d'enquêter sur une mort inexpliquée. En effet, celle-ci présente la particularité remarquable d'être une variation du crime en chambre close, crime prenant place ici dans la nef de l'abbaye de Westminster.

     1993, Dudinka, au bord de l'estuaire de l'Iénisseï. Aleksandr Stolper attend l'arrivée d'un voyageur étranger qu'il doit piloter le temps de son court séjour sur place. Stolper ne connaît rien des motivations exactes de celui-ci. Une seule chose est sûre : c'est un visiteur fortuné, et c'est bien tout ce qui compte dans la Russie post-communiste où tout est à vendre depuis la catastrophe.

     Début du XXIe siècle. Child Kachoudas, un jeune enquêteur free-lance habitué à fouiller les archives poussiéreuses et à surfer dans les arborescences des réseaux d'informations numérisées, est sur le point de succomber à l'impensable. Comme son métier ne lui apporte que peu de satisfaction personnelle, il se laisse convaincre par son oncle Jose-Luis de Almédia — par ailleurs misanthrope notoire — d'embarquer pour un voyage dans le temps.

     Entre ces trois époques, il existe évidemment un fil directeur que Frédéric Delmeulle se propose de nous faire remonter.

     Nec Deleantur est le mariage d'une S-F exigeante et de l'esprit vintage du roman-feuilleton. On ne met effectivement pas longtemps à relever la touche volontairement surannée qui teinte le récit et qui, par la même occasion, ressuscite quelques souvenirs de lecture. Les descriptions très didactiques, les personnages stéréotypés — le jeune novice et son mentor — , les dialogues laborieux et bavards, l'atmosphère Belle Epoque de la première partie nous ramènent à la mémoire les romans scientifiques d'antan. On pense immédiatement à H. G. Wells ou à Jules Verne. Fort heureusement, ces réminiscences n'alourdissent pas de manière fatale une intrigue maîtrisée dans le moindre de ses détails. D'ailleurs, on est assez vite happé par l'histoire et par ses fausses pistes successives. Tout au plus peut-on reprocher à Frédéric Delmeulle de vouloir trop étaler son intrigue et de pousser son dénouement un poil trop loin. Un chapitre superflu ; rien de vraiment rédhibitoire.

     Mais tout ceci n'est que la chair qui habille un squelette solidement charpenté dont les composantes rappelleront sans doute à certains Universal War One de Denis Bajram, le deus ex-machina de la bande dessinée en moins. Nec Deleantur n'est en effet pas un énième roman rétro-futuriste ou une vaine « steampunkerie » accouchée pour la plus grande douleur du lecteur. Non, Nec Deleantur est un vrai roman de S-F, seul genre littéraire capable d'encourager le lecteur à s'affranchir des frontières de son univers familier. Le vertige spéculatif prend ici pour vecteur le thème archi-classique du voyage dans le temps. Il met à contribution la physique quantique afin d'en fournir une explication logique. Et cette spéculation amène naturellement un questionnement sur le sens de l'Histoire qui, au final, se révèle être le principal enjeu du roman. Nec Deleantur est donc un formidable voyage dans l'Histoire et surtout dans ses angles morts ; un voyage qui génère les traditionnelles interrogations sur le sujet. Le passé est-il définitivement écrit ? Peut-on modifier une action de celui-ci pour rendre le présent meilleur ? A ces questions, Frédéric Delmeulle répond d'une manière définitive et très logique qui exclut les paradoxes classiques et met un terme à toute velléité uchronique. Le récit et ses rebondissements sont ainsi les éléments constitutifs d'une démonstration implacable qui valide une conception déterministe de l'Histoire en lui ôtant en même temps toute arrière-pensée idéologique. Un bien beau premier roman.

Laurent LELEU
Première parution : 1/5/2008
dans Bifrost 50
Mise en ligne le : 23/5/2009


 

Edition MNÉMOS, Dédales (2010)


[Critique commune à La Parallèle Vertov et aux Manuscrits de Kinnereth]

     Frédéric Delmeulle était apparu en 2007 avec le roman Nec Deleatur, paru chez un petit éditeur (EditeurIndependant.com) mais néanmoins remarqué par certains critiques (notamment Laurent Leleu, pp.70-71 du Bifrost n°50). Passablement réécrit, ce livre est republié chez Mnémos sous un autre titre tout aussi intrigant, La Parallèle Vertov ; cette réédition devrait lui permettre de toucher un public plus large, et ça n'en est que justice car il s'agit d'un roman très intéressant et rondement mené. En 1910, trois frères sont tués en Angleterre : ces meurtres marquent le point de départ d'une enquête menée par des journalistes qui vont plonger dans les tourments d'une guerre de succession qui s'étend sur plusieurs décennies, et qui verra certains des héritiers augmener leur fortune par le biais d'un pacte avec le parti nazi. En 1993, un homme prend possession d'un sous-marin, le Vertov. Enfin, de nos jours, Child Katouchas aperçoit sur des images d'archives datant de 1910 son oncle... avec son apparence actuelle ! Toutes ces trames vont bien évidemment se rejoindre pour tracer une histoire singulière faite de voyage dans le temps. Le lecteur sera ainsi promené à diverses époques, en commençant par 117 et la mort de l'empereur Trajan. Delmeulle est professeur d'histoire-géographie, aussi son solide bagage de connaissances lui permet-il d'asseoir tranquillement la progression de ses personnages au sein d'un univers parallèle qu'ils provoquent, puis subissent. Astucieux, tant dans son propos que dans sa construction, agrémenté d'un humour omniprésent dû aux protagonistes, ce livre se lit d'une traite, même si parfois les exposés « techniques » plombent clairement le rythme.

     [...] 1
     Par ce diptyque, Frédéric Delmeulle fait une entrée remarquée dans le milieu de l'imaginaire francophone.

Notes :

1. La partie du texte consacrée exclusivement aux Manuscrits de Kinnereth n'a pas été reproduite ici. [Note de nooSFere]

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/10/2010
dans Bifrost 60
Mise en ligne le : 24/1/2013




 
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