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La Fin des jours

Alessandro DE ROMA

Titre original : La Fine dei giorni, 2008

Traduction de Pascal LECLERCQ

GALLIMARD (Paris, France), coll. La Blanche
Dépôt légal : mars 2012
320 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-07-012601-9   



    Quatrième de couverture    
     Turin, dans un futur proche. Giovanni Ceresa est professeur de lycée et s'occupe de son père, qui n'a plus toute sa tête. C'est du reste le cas de nombreux habitants, qui perdent peu à peu la mémoire et ne se soucient plus que de survivre dans une ville envahie par des bandes de clochards violents et par les jeunes marginaux d'une secte apocalyptique dont fait également partie Caria, la sœur de Giovanni. Pour ne pas perdre la mémoire à son tour et sur le conseil de son ami Winnie, Giovanni tient un journal dans lequel il note tout ce qu'il vit, et jamais ne se sépare d'un magnétophone qui lui permet d'enregistrer chaque conversation. Winnie est la seule personne sur laquelle il peut compter et à qui il peut se confier. Mais ne lui fait-il pas trop confiance ? Ne se laisse-t-il pas manipuler par quelqu'un qui s'inquiète curieusement de son sort, alors que celui des autres l'indiffère ? Au terme d'une immersion dans sa propre mémoire et dans les rues d'une ville qui, comme tout le pays, semble plongée dans une véritable guerre civile, Giovanni n'aura d'autre choix que de se confronter à ses découvertes.
     « Dystopie » à la Orwell inspirée par L'Enfer de Dante, La fin des jours est un roman haletant qui n'oublie jamais de poser des questions actuelles : qu'est-ce qu'un individu et que valent les libertés individuelles ? Existe-t-il encore une société et une sphère publiques ? Peut-on accepter une forme de contrôle social ou devons-nous nous défendre pied à pied ?

     Né en Sardaigne en 1970, Alessandro De Roma enseigne la philosophie. La fin des jours est son deuxième roman, après Vie et mort de Ludovico Lauter.
 
    Critiques    
     Ne vous fiez pas au nom de l'auteur, l'action de ce roman se déroule à Turin. Enfin, action est un bien grand mot : Giovanni Ceresa, professeur de lycée, assiste en spectateur passif à l'érosion de son immeuble et de la société italienne dans son ensemble. Un mal mystérieux se répand en effet un peu partout, causant une amnésie progressive des habitants. Certaines personnes disparaissent même sans que l'on se souvienne d'elles par la suite. Giovanni se rend compte de cette dégénérescence ; aussi, pour éviter l'oubli définitif, décide-t-il de noter dans un journal tous ses faits et gestes. C'est ce journal qui nous est proposé ici, litanie répétitive d'observations sur les disparitions, ou sur les groupes de violents Barbus qui sillonnent les rues turinoises, d'actes pour s'occuper de son père invalide et méchants, et de rapports de discussions avec Mme Costanza, la concierge, et Winnie, un voisin qui réussit à se procurer encore de nombreux produits alors que l'industrie italienne est en pleine déliquescence.
     Comme le montre un entretien entre deux des personnages de ce roman, la réalité est sans doute autre que ce que perçoit Giovanni. Des indices vont nous être dévoilés peu à peu, avant que la dernière partie du roman nous dévoile, sous forme de commission d'examen, le réel propos de ce livre, qui se révèle alors critique acerbe de la société et de certaines de ses tares, économiques et médiatiques, ainsi qu'apologie de la liberté et de la résistance. Même si, au final, le pessimisme est de mise, les personnes influentes ayant, de toute façon, nettement plus voix au chapitre que le peuple. L'aspect prospectiviste de ce roman peut faire sourire : en effet, les décisions et actes ayant mené à la situation décrite de la société italienne sont fort peu vraisemblables, voire même ridicules, bref on n'y croit pas une seconde. Dès lors, il semble bien que le propos de l'auteur ne soit pas de nous montrer la manière avec laquelle les conditions peuvent évoluer dans le futur, mais plutôt de dresser le constat actuel que la tendance n'est pas franchement à la rigolade. Et, pour incarner cette fâcheuse inclinaison, le personnage de Giovanni Ceresa se révèle parfaitement adapté : malgré sa profession, malgré son éducation, il n'a aucune clé pour comprendre ce qu'il lui arrive. Il est paumé, à la limite du pathétique. Pourtant, sa lucidité le sauve : il se rend compte de son incapacité et de ses limites, comprend que des choses bizarres se produisent et tente de les appréhender. En vain, car il n'a pas les codes, et ne les aura jamais, comme le montre la conclusion cruelle. Giovanni personnifie ainsi parfaitement la dégénérescence de la société italienne, en perte de repères. La première partie du roman, qui s'attache à suivre le quotidien de Giovanni, s'avérant nettement plus convaincante que la deuxième (les raisons ayant conduit au monde dans lequel il évolue), on se demande bien pourquoi De Roma a tant voulu éclaircir son intrigue. Autant expliquer l'inexplicable : à partir du moment où l'on n'y croit pas, où l'on ne peut réellement y croire tant le trait est forcé, sans doute eût-il mieux valu qu'il ne se lance pas dans cette partie trop théorisante.
     La fin des jours se révèle ainsi une tentative intéressante de description d'une société italienne en pleine déliquescence, une alerte vis-à-vis de certaines dérives économico-médiatiques, malheureusement gâchée par une volonté de ne pas trop déstabiliser le lecteur en lui donnant toutes les clés plutôt que de le laisser dans le même état d'ignorance que son protagoniste.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 20/8/2012 nooSFere


 
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