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Elfes et Assassins

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Lionel DAVOUST & Sylvie MILLER



Illustration de Jean-Sébastien ROSSBACH

MNÉMOS , coll. Fantasy
Dépôt légal : mai 2013
240 pages, catégorie / prix : 16 €
ISBN : 978-2-35408-156-0   



    Quatrième de couverture    
« Son épée lui battait les bottes. Le gel avait durci le chaume
qui hérissait les plaines et serait brûlé au printemps pour les nouvelles
semences. Les craquements des tiges de paille sous les chaussures de l’Elfe
facilitaient la poursuite. Il lui sembla qu’il gagnait du terrain sur
la fugitive. Il se devait, il lui devait, de la tuer de près, corps à corps,
de recevoir sa dernière exhalaison comme une douce récompense,
de la fixer dans les yeux lorsqu’elle franchirait le seuil. »

     Réalisée en partenariat avec les Imaginales, le festival d’Epinal où les plus grands auteurs de l’imaginaire se retrouvent chaque année, l’anthologie Elfes et Assassins s’inscrit dans la lignée de Rois et Capitaines, de Magiciennes et Sorciers, de Victimes et Bourreaux et de Reines et Dragons, des recueils salués par une critique enthousiaste qui y voit le meilleur de la fantasy francophone.

     Les elfes sont beaux, puissants, séducteurs ; ou bien sombres, dominateurs et effrayants... Dans l’ombre, les assassins se montrent froids, méthodiques, grisés par la chasse, mais ils sont parfois fragiles, rongés par le doute, ou encore poussés par une cause qui les dépasse. À travers toutes les nuances de la fantasy, médiévale, héroïque, urbaine voire post-apocalyptique, découvrez leurs aventures et leurs mystères, de la tragédie à l’humour, de l’épique à l’émotion – entrez dans la danse des Elfes et Assassins !

     Très impliqués dans l’équipe d’animation depuis la création, en 2002, du festival Imaginales, Sylvie Miller et Lionel Davoust y traduisent les propos des invités étrangers ou y assurent la modération des tables rondes. Tous deux écrivains et traducteurs, ils œuvrent depuis de nombreuses années dans le domaine des littératures de l’imaginaires, ayant notamment, pour elle, dirigé plusieurs anthologies et, pour lui, assuré la direction de la revue Asphodale.

    Sommaire    
1 - Lionel DAVOUST & Sylvie MILLER, Préface, pages 7 à 10, Préface
2 - Pierre BORDAGE, La Dernière affaire de Sagamor, pages 12 à 23
3 - Raphaël ALBERT, La Seconde Mort de Lucius Van Casper, pages 24 à 44
4 - Nathalie LE GENDRE, La Légende d'à peu près Punahilkka, pages 46 à 62
5 - Anne DUGUËL, Le Sourire de Louise, pages 64 à 76
6 - Jean-Philippe JAWORSKI, Le Sentiment du fer, pages 78 à 106
7 - Anne FAKHOURI, Du rififi entre les oreilles, pages 108 à 131
8 - Rachel TANNER, La Nature de l'exécuteur, pages 132 à 143
9 - Fabien CLAVEL, Libera me, pages 144 à 154
10 - Jeanne-A DEBATS, Eschatologie du vampire, pages 156 à 185
11 - Xavier MAUMÉJEAN, Elverwhere, pages 186 à 202
12 - Fabrice COLIN, Sans Douleur, pages 204 à 214
13 - David BRY, J'irai à la clairière, pages 216 à 227
14 - Johan HELIOT, Grise Neige, pages 228 à 236
 
    Critiques    
     Après Rois et Capitaines, Magiciennes et Sorciers, Victimes et Bourreaux et Reines et Dragons, Elfes et Assassins (bonne chance pour trouver deux nouvelles figures emblématiques pour l'année prochaine !) est la cinquième anthologie éditée par Mnémos en partenariat avec le festival des Imaginales à Épinal. Comme bien souvent dans ce type d'anthologies, quel que soit le festival associé, on n'y trouve pas de réel chef-d’œuvre : l'ambition est davantage de présenter une vitrine de ce qu'est le genre – ou le thème – abordé par la manifestation, aussi bien aux connaisseurs qu'au grand public, en mettant en lumière les invités du festival. Dans le cas des Imaginales, l'accent est en outre mis sur les auteurs francophones : pas de traduction ici, même s'il y a des auteurs étrangers invités à Épinal. Pour la deuxième fois, Sylvie Miller et Lionel Davoust se retrouvent à la barre de ce volume.
     Avant de nous intéresser aux textes les plus réussis, passons rapidement sur les autres. S'ils présentent tous un intérêt – je n'ai trouvé aucune nouvelle vraiment faible, inutile ou ratée –, j'avoue ne pas y avoir accroché pour diverses raisons. Certains m'ont semblé manquer d'ambition : Bordage, qui a le redoutable honneur d'ouvrir l'anthologie, avec «  La dernière affaire de Sagamor », assez simpl(ist)e, ou Johan Heliot, avec une nouvelle à chute, «  Grise Neige », qui ne convainc pas. D'autres restent au niveau de l'anecdote : Raphaël Albert, qui convoque son privé elfe Sylva Sylvain dans une aventure tragi-comique, «  La seconde mort de Lucius Van Casper ». D'autres, encore, partent sur une bonne idée mais peinent à la développer de manière convaincante : la structuration double du récit de Nathalie Le Gendre, «  La légende d'à peu près Punahilkka », est beaucoup trop prévisible ; dans «  J'irai jusqu'à la clairière », David Bry propose des choses intéressantes sur l'opposition entre croyances païennes et religieuses, mais la construction de sa nouvelle m'a semblé mal ficelée ; de même, Rachel Tanner mélange dans «  La nature de l'exécuteur » elfes et assassins à des préoccupations très actuelles, en l'occurrence la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais son texte m'a semblé trop court et trop rapide pour qu'on en ressente réellement les enjeux. Enfin, il y a «  Eschatologie du vampire », de Jeanne-A Debats, qui m'a laissé totalement froid, je ne sais exactement pour quelle raison (les multiples digressions de son narrateur ?).
     Restent donc les textes qui m'ont semblé les plus réussis. Le conte d'Anne Duguël, «  Le sourire de Louise », est une merveille de cruauté et d'horreur, comme l'auteur sait si souvent en concocter. Dans «  Le sentiment du fer », Jean-Philippe Jaworski revient à l'univers de Gagner la Guerre et Janua Vera, puisqu'on y suit les pas d'un assassin dans Ciudalia ; encore une fois, on appréciera la qualité d'écriture, qui culmine dans une discussion en argot à mourir de rire. «  Du rififi entre les oreilles », d'Anne Fakhouri, a pour cadre le Chicago de la prohibition dans les années 20, et confronte de manière drôlatique un elfe extrêmement raffiné à une bande de truands mal embouchés. Fabien Clavel nous propose un texte envoûtant et déstructuré, où dans un futur indéterminé un elfe noir se lance dans une quête fondamentale. «  Elverwhere », de Xavier Mauméjean, vaut pour l'aura de mystère qui entoure les faits et gestes de son protagoniste, et qui perdure jusqu'à la dernière ligne. Enfin, Fabrice Colin convoque la figure de l'elfe (l'elphe) pour ses talents de guérisseur, et nous propose un «  Sans douleur » poignant.
     Au final, cette édition 2013 de l'anthologie Imaginales se révèle un cru moyen : pas de chef-d’œuvre, aucun texte réellement inoubliable, mais pas non plus de ratage complet, de nouvelle sans intérêt. Si l'amateur un peu éclairé de fantasy risque de ne pas y trouver son compte, nul doute que le grand public, lui, pourra s'emparer de cet Elfes et Assassins, vitrine de la fantasy francophone suffisamment variée pour plaire au plus grand nombre.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 2/6/2013 nooSFere


A chaque édition du festival des Imaginales, son anthologie, et pour la deuxième année consécutive ce sont Sylvie Miller et Lionel Davoust qui s’y collent.

Le millésime 2013 traite de deux figures particulièrement éculées de la fantasy, mais comme toujours, carte blanche est donnée aux auteurs pour aborder le thème directeur sous des angles inédits et, pourquoi pas, en tirer la substantifique moelle… 

A tout seigneur tout honneur : las, Bordage nouvelliste déçoit encore avec une histoire de contrat criminel au dénouement ultra prévisible (« La Dernière affaire de Sagamor »). Un texte de pure commande qu’on dirait torché en deux heures top chrono. Raphaël Albert mêle féerie, ambiance steampunk et goule hurlante dans un récit épistolaire (« La Seconde mort de Lucius Van Casper ») trop empesé par ses maladresses de style et de construction pour convaincre vraiment. Les voleurs d’innocence de « La Légende d’à peu près Punahilkka » (Nathalie Le Gendre) ne nous volent malheureusement que notre temps. Un beau titre, le reste relève de l’anecdote. Composé par une auteure qui n’a pas oublié combien l’imagerie attachée à l’enfance peut être cruelle (Anne Duguël), « Le Sourire de Louise » se veut le portrait vacillant d’une mère confrontée à une théorie de petits êtres aux ailes diaphanes et aux crocs acérés qui se sont mis en tête de décimer sa famille… Un temps séduisante, cette glaciale série B se révèle, avec un peu de recul, peut-être trop systématique dans ses effets. A chaque anthologie son blockbuster : les Imaginales 2013 ont « Le Sentiment du fer », signé Jean-Philippe Jaworski. Soit un récit d’infiltration au cœur du palais d’un potentat du Vieux Royaume, qu’on dirait tiré tout droit d’un épisode d’Assassin’s Creed. Le matériau, les personnages, l’ambiance hyper travaillée, le style touffu, le nombre de pages, tout concourt à une production qui sort de l’ordinaire. « Du rififi entre les oreilles », d’Anne Fakhouri, réunit dans le Chicago de la prohibition des truands plus ou moins cérébraux que tout sépare, contraints de faire équipe contre un perfide ennemi commun. Pas mal du tout. Inspirée de faits réels, le récit de Rachel Tanner (« La Nature de l’exécuteur ») évoque le sort des résistants écolos opposés à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, commandité par des entrepreneurs sans scrupules et de méchants serviteurs de l’Etat. Une bonne idée de départ, un sujet grave, que viennent détériorer trop d’invraisemblances dans le scénario, des décors qui hurlent le carton-pâte et une plume moralisatrice pas toujours heureuse. « Libera me », par Fabien Clavel, est le récit d’une quête futuriste absconse où il est question de ghetto, de fées abandonnées ou bien pourries, d’ivresse, de désert, de noirceur et d’immortalité. Un cocktail quelque peu indigeste, traversé toutefois d’étranges fulgurances. « Eschatologie du vampire », de Jeanne-A Debats, qui rivalise en longueur avec la nouvelle de Jaworski, ne tient pas deux minutes la comparaison. La faute à une intrigue laborieuse, pour ne pas dire paresseuse, et une prose inutilement bavarde. Une contribution dans l’ensemble pénible à lire, sauvée du naufrage par quelques traits d’humour ravageur. Récit le plus politique de ce millésime 2013, « Elverwhere », de Xavier Mauméjean, raconte les préparatifs (logistique, endoctrinement mental, etc.) d’un complot visant à éliminer le méchant souverain d’une Europe mise en coupe réglée par les Cours féeriques. Entrée en matière dynamique, contexte finement évoqué, personnages intéressants, sens de la composition et de la réplique : un sans-faute. « Sans douleur », de Fabrice Colin, met en scène un type sans qualité ni défaut qui doit trouver un ange anesthésiste (comprendre : pratiquant l’euthanasie) pour aider sa femme à mourir en douceur. Une réflexion à la fois tendre et rêveuse sur la finitude. « J’irai à la clairière », de David Bry, est un conte médiéval des débuts du christianisme ou de la fin du paganisme, c’est selon. Cette énième variation sur le thème du chasseur (l’homme) et de la proie (l’être des bois) pousse le premier nommé au bout de ses limites physiques et émotionnelles. De même que les lecteurs, sans aucun doute. Enfin, « Grise neige » de Johan Heliot invoque un passé maudit pas si lointain où le souffle de la Bête immonde réduit les saisons, les hommes, les histoires, en cendres. Une poignante allégorie de l’holocauste.

Bilan ? Une grande hétérogénéité dans les contributions, comme il en va d’ordinaire pour ce genre d’exercice. Quelques faiblesses ou ratages majeurs, un manque global d’ambition, contrebalancé par une poignée de textes tout à fait remarquables. Plus un blockbuster ! Une idée pour l’année prochaine : pourquoi ne pas ouvrir l’anthologie à des auteurs étrangers de la trempe d’un Lucius Shepard ? …


Sam LERMITE
Première parution : 1/10/2013 dans Bifrost 72
Mise en ligne le : 3/2/2019


 
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