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Le Sang des fleurs

Johanna SINISALO

Titre original : Enkelten verta, 2011

Traduction de Anne COLIN DU TERRAIL
Illustration de Veronica EBERT

ACTES SUD (Arles, France), coll. Lettres scandinaves
Dépôt légal : mai 2013
Première édition
Roman, 288 pages, catégorie / prix : 22,50 €
ISBN : 978-2-330-01765-1
Format : 11,5 x 21,7 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Nous sommes en 2025. Le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles, énigme écologique apparue en 2006, s'est considérablement aggravé, au point que la plupart des pays — et les États-Unis en première ligne — doivent faire face à une grave crise agricole. Orvo, directeur d'une entreprise de pompes funèbres et apiculteur amateur, ébranlé par une tragédie familiale récente, voit ses ruches atteintes : deux d'entre elles ont été désertées. La Finlande — jusque-là épargnée — est-elle à son tour gagnée par la catastrophe ? Très préoccupé par ce phénomène, Orvo tombe par hasard sur un étrange accès vers une sorte de dimension parallèle d'où l'homme semble absent. Orvo a beau mettre en question sa propre lucidité, son instinct lui dit que sa découverte pourrait avoir un lien avec le mystère des disparitions récentes d'abeilles. Et un espoir naît en lui : l'abeille étant considérée dans de nombreuses civilisations comme capable de circuler entre le monde de la vie et celui de la mort, c'est peut-être à travers elle qu'il pourra enfin retrouver son fils perdu...
     Écologique, engagé, savamment agencé, aux lisières du fantastique et de la science-fiction, le nouveau roman de Johanna Sinisalo a cette force poétique qui avait fait le succès de Jamais avant le coucher du soleil.

     Née en 1958, à Sodankylä, en Laponie finlandaise, Johanna Sinisalo s'est imposée sur la scène littéraire avec Jamais avant le coucher du soleil (Actes Sud, 2003), pour lequel elle s'est vu décerner le prestigieux Finlandia Prize. En 2011, Actes Sud a également publié son roman Oiseau de malheur.
     Johanna Sinisalo a par ailleurs écrit deux autres romans, des nouvelles, des livres pour la jeunesse, des pièces radiophoniques ou télévisuelles, ainsi que des bandes dessinées.

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     Dans un futur proche, Orvo, entrepreneur finlandais de pompes funèbres et apiculteur amateur, constate que deux de ses ruches sont vides. Ce phénomène a déjà atteint massivement les États-Unis, provoquant l’écroulement de la production agricole et le basculement de l’Amérique dans une crise sans précédent. L’Europe n’est pas encore touchée, mais cette disparition ramène Orvo à ses problèmes familiaux, à son fils militant ayant basculé dans l’activisme écolo, à son père qui a fait fortune et qui possède des élevages industriels. Jusqu’au jour où il découvre, chez lui, que le contact avec une reine morte lui ouvre une porte vers un univers parallèle.

     Johanna Sinisalo est un personnage à part dans la science-fiction mondiale. Seul auteur finlandais de renommée internationale, deux de ses romans ont été traduits aux États-Unis ; elle est à l’origine de l’histoire du film Iron Sky, comédie délirante à base de nazis sur la face cachée de la lune ; ses livres sont édités en France par Actes Sud dans la collection Lettres Scandinaves plutôt que par un éditeur de genre ; enfin (et ceci explique peut-être cela), ses récits sont toujours à la limite, aussi bien des genres que des thématiques sociétales ou politiques, avec une préoccupation environnementale et une opposition marquée entre la modernité et la nature.

     Dans l’excellent Jamais avant le coucher du soleil, un journaliste homosexuel branché, qui avait recueilli chez lui un pauvre troll que des gamins avaient tabassé, développait une relation équivoque avec cette créature (voir la critique de Thomas Day que le roman avait dérangé). Dans Oiseau de malheur, des randonneurs partis en Nouvelle-Zélande sombraient dans la détestation et la folie jusqu’à l’incendie rédempteur. Le sang des fleurs nous conduit vers d’autres extrémismes : l’élevage industriel et la surexploitation de la nature d’un côté, l’activisme conduisant à l’écoterrorisme de l’autre.

     Au travers d’Orvo et de sa famille peu reluisante (lui est asocial, son père est cynique et manipulateur, son ex-femme est faible et perdue), Sinisalo nous décrit un milieu profondément sombre et anxiogène. Sa seule porte de sortie, un univers parallèle pur, cache un lourd secret. Incapable d’assumer son rôle, il fuit ses responsabilités lors de la crémation de son fils, une scène particulièrement dure et bouleversante. Si ce fils semble plus courageux et son combat écologiste sympathique, on le voit se durcir et sombrer dans l’outrance jusqu’à sa fin tragique. C’est là que se trouve la grande force de Sinisalo : elle conduit les personnages dans des situations absurdes et extrêmes, les laisse dépasser les bornes, tenir des propos limites, sans que cela sonne faux ou artificiel. L’écriture est juste, efficace et crée le malaise. Un tour de force certain, pour peu qu’on ait envie de se faire malmener. Ajoutons à cela un futur proche (malheureusement) crédible et on comprendra que Le Sang des fleurs fait partie de ces romans qui marquent durablement le lecteur.


René-Marc DOLHEN
Première parution : 3/6/2013 nooSFere


            C’est l’histoire d’un père, entrepreneur de pompes funèbres et apiculteur amateur, d’un fils, végétarien et terroriste écologique, et d’un grand-père, propriétaire d’un élevage bovin. C’est une histoire d’hommes écrite par une femme. Nous sommes en 2025, le climat change en Finlande et, comme partout dans le monde, les abeilles disparaissent sans qu’on sache vraiment pourquoi (le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles est à ce jour un phénomène que la science n’a pas expliqué de façon convaincante). Au tout début du roman, le père, Orvo, s’aperçoit qu’une de ses ruches est vide, et dans le même temps il prépare l’enterrement de son fils. C’est le plot. Le contre-plot, c’est le premier puis le second blog de son fils, militant de la cause animale.

            Livre un peu ancien, chroniqué ici presque un an après parution, ce Sang des fleurs valait toutefois qu’on s’y attarde pour plusieurs raisons : c’est de la science-fiction, et de la bonne (même si l’auteur en refuse la quincaillerie), il n’y en a pas tant que ça ; et c’est un extraordinaire roman sur le deuil et l’écologie. Deuil d’un père qui répond à l’agonie et de notre planète, et de notre mode de vie de surconsommation criminelle. Si Le Sang des fleurs met bien soixante-dix pages à démarrer, une fois qu’on a compris de quoi il allait être vraiment question, le roman ne se lâche plus jusqu’à ses dernières pages, inoubliables. Roman militant, engagé pour la cause écologique et celle des animaux – Sinisalo cite souvent le Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer –, Le Sang des fleurs ne tombe jamais dans le prêchi-prêcha. L’auteur ne professe pas, confronte les points de vue et évite le cucul la praline et la mort de la mère de Bambi. Roman remarquable servi par une traduction non moins remarquable d’Anne Colin du Terrail, la traductrice attitrée d’Arto Paasilinna, Le Sang des fleurs est à offrir à tous les gros mangeurs de viande rouge qui risquent entre autres joyeusetés un cancer du côlon, sans doute pas le plus sympa de la famille…


Thomas DAY
Première parution : 1/4/2014 dans Bifrost 74
Mise en ligne le : 24/3/2020


 
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