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Hell

TSUTSUI Yasutaka

Titre original : Heru (Hell), 2003

Traduction de Jean-Christian BOUVIER
Illustration de FREDOX

NOUVELLES ÉDITIONS WOMBAT , coll. Iwazaru n° 3
Dépôt légal : septembre 2013
160 pages, catégorie / prix : 17 €
ISBN : 978-2-919186-30-3
Format : 12,5 x 18,7 cm  
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     [texte du premier rabat de couverture]
     Un yakuza présomptueux assassiné par un clan rival, un infirme carriériste et séducteur, un homme marié fou amoureux d’une jeune starlette, un fringant acteur de kabuki qui suscite les jalousies, un couple de sans-abri morts de froid dans un parc : tous ces personnages, qui un jour se sont croisés dans leur vie, se retrouvent en Enfer.
     Errant dans une ville indéterminée, les fantômes, désormais détachés de toute émotion, dévident l’écheveau de leurs existences passées dont ils revivent – sans colère ni haine – les mensonges, les trahisons et les erreurs, jusqu’aux circonstances tragicomiques de leurs morts. Au fond, chacun n’avait-il pas créé de son vivant les conditions de son propre enfer ?
     Mais, à mesure que des bribes du passé resurgissent, les fantômes reviennent se mêler aux vivants. L’Enfer est-il réel, ou le simple fruit du rêve collectif de ses protagonistes ? Et si cet Enfer-là n’était qu’une sorte de purgatoire, une transition vers un Au-delà encore à découvrir ?
     Construit sur un savant jeu de flash-back, ce roman polyphonique propose une étonnante variation aux accents métaphysiques, sombre et parfois cocasse, sur nos relations aux autres.
 
    Critiques    
     Nobuteru et Takeshi se sont connus enfants. Le premier a poussé le second dans la cour d'école et celui-ci ne s'en est pas tiré indemne : il boitera jusqu'à la fin de sa vie. Mais quand il se réveille après sa mort, son handicap a disparu. Les personnes qu'il croise lui disent qu'il est en enfer, mais ce monde est extrêmement semblable à celui des vivants : il retrouve des connaissances, ses anciens amis, ses collègues de travail. A une différence près : ils peuvent lire dans les esprits et découvrir pourquoi ils sont morts, ou qui a trompé qui.

     Le nom de Yasutaka Tsutsui vous est certainement inconnu. Mais si je vous rappelle qu'il est l'auteur des romans à l'origine des films Paprika ou la Traversée du Temps, cela devrait plus vous parler : des oeuvres au scénario particulièrement fin et intelligent, jouant avec la réalité d'une façon que Philip Dick n'aurait pas renié.
     Hell évolue dans le même registre : mélange entre la réalité et monde légèrement distordu, les personnages et le lecteur naviguent dans le flou. Car nous ne sommes pas dans un roman structuré, mais plutôt dans une errance, sautant d'un personnage à l'autre, alternant les scènes entre le monde réel et cet enfer. Des gens qui se sont menti toute leur vie, coincés dans les conventions sociales japonaises, découvrent la réalité des relations, ce qu’ils cachaient, leurs erreurs et leurs échecs.
     Mais loin d'une position d'écrivain moraliste Tsutsui prend ses distances : aucune empathie ne transparait, les personnages restent froid, n'éprouvent aucune émotion, aucun remord ou regret. Sont-ils vraiment en enfer ? Et pourquoi ? Ont-ils juste baptisé ce lieu ainsi, faute de mieux ? L'auteur ne répond à aucune de ces questions, il les laisse au lecteur lors d'une fin particulièrement mystérieuse.
     Hell est un livre comme on en lit peu, totalement atypique, envoutant et énigmatique, plus proche de l'anticipation sociale de JG Ballard ou de Will Self que de la science-fiction ou du fantastique. A recommander aux lecteurs qui ne craignent pas d'être déroutés.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 8/9/2013 nooSFere


            Né à Osaka en 1934, Yasutaka Tsutsui écrit ses premiers récits sous l’influence d’écrivains tels que Dick ou Ballard, avant de s’affranchir de ses tutelles littéraires et verser dans une métafiction des plus personnelles. Couronné de nombreux prix dans son pays, il demeure en France peu connu du grand public malgré trois romans traduits. Une de ses œuvres bénéficie toutefois d’une renommée mondiale, et ce à travers son adaptation en anime : Paprika, de Satoshi Kon, est en effet inspiré d’un de ses romans.

            L’enfer du titre, c’est le lieu dans lequel se retrouvent les protagonistes de ce livre : des morts débarqués dans une ville incertaine et qui, après la traditionnelle scène de déstabilisation initiale (« où suis-je ? »), se remémorent leurs existences passées, mais d’une manière détachée, sans sentiments. Aussi, lorsqu’ils croisent qui le patron l’ayant licencié, qui l’homme avec qui sa femme a couché, discutent-ils de manière posée, étalant leur biographie comme s’il s’agissait de celle d’une autre personne. Ce court roman fait de flash-backs suit plusieurs traces : celles d’un gang de yakuzas, dont les membres arpentent des voies diverses à la faveur d’une rencontre avec un autre clan ; celles d’un couple de sans-abris ; celles d’un infirme qui trouve dans son handicap un surcroît de motivation pour réussir sa carrière professionnelle, au mépris de toute considération pour les autres. Les trajectoires individuelles sont autant de faisceaux, tour à tour parallèles, convergents et divergents, qui tissent peu à peu une toile de dissertation dépassionnée – puisque de sentiments il n’y a point – sur l’existence, sur ce que l’Homme fait de sa vie, bien ou mal, et laisse derrière lui, sur la relation aux autres. Puis, soudain, la frontière entre l’enfer et le monde des vivants se fait poreuse, et tout est à reconsidérer…

            Roman sans réel début ni fin véritable, ni même d’intrigue à proprement parler, comme si la forme se devait d’épouser le fond sur ce monde aux contours indéterminés, Hell risque de déstabiliser certains de ses lecteurs. Les autres sauront apprécier cette construction par accumulation d’existences, ce livre déroutant qui nous emmène loin de nos certitudes, dans un questionnement permanent, tour à tour drolatique et lugubre, sur l’essence humaine.


Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/1/2014 dans Bifrost 73
Mise en ligne le : 21/4/2019


 
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