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Farémido. Le cinquième voyage de Gulliver

Frigyes KARINTHY

Titre original : Utazás Faremidóba, 1916
Traduction de Judith KARINTHY & Pierre KARINTHY
Illustration de (non mentionné)

CAMBOURAKIS , coll. Irodalom
Dépôt légal : août 2013
Première édition
Nouvelle, 80 pages, catégorie / prix : 9 €
ISBN : 978-2-36624-053-5


Quatrième de couverture
     Où l'on retrouve, sous la fine plume hongroise de Frigyes Karinthy, l'ami Gulliver revenu depuis belle lurette de sa première aventure swiftienne à Lilliput : enrôlé au service de sa Majesté, précipité en plein conflit mondial, miraculeusement transporté au pays des Sollasis, confronté à un peuple d'êtres inorganiques au langage purement musical, Gulliver prendra lors de ce cinquième voyage la mesure de la disharmonie qui règne entre les hommes.
     Publié en 1916, ce court récit de science-fiction ironique témoigne une fois de plus du génie visionnaire de Karinthy, de son goût pour les spéculations morales et métaphysiques rehaussées des couleurs d'une inépuisable fantaisie. Farémido frôle l'air de rien de très sérieuses questions, celle de la nature du langage et de la musique, de notre rapport à la technique, ou de la propension de l'humanité à l'auto-destruction... Sur un mode résolument désinvolte, comme un pied de nez aux grimaces de l'Histoire.
Critiques
     Étonnant petit livre que ce Farémido publié hors collection spécialisée, chez un éditeur, Cambourakis, qui nous avait déjà enchantés avec la réédition de L'Oiseau Canadèche, de Jim Dodge. Étonnant, car le sous-titre de cette novella est « Le cinquième voyage de Gulliver ». Comment ? Un écrivain au nom (au prénom, plutôt) imprononçable, Frigyes Karinthy, inconnu en France, ose écrire une suite au chef-d’œuvre universel de Jonathan Swift ? Mais de quel droit ? Une petite recherche sur Google nous montre rapidement notre inculture : s'il est peu connu en France, Frigyes Karinthy est une institution en Hongrie, tout à la fois écrivain, dramaturge, poète, traducteur, anthologiste, journaliste... Et géniteur d'une famille versée dans l'art, puisque son fils est Ferenc Karinthy, auteur du roman Épépé, dont une nouvelle édition sort ces jours-ci chez Zulma. Et, plus loin dans l'arbre généalogique, Judith et Jean-Pierre Karinthy, traducteurs du hongrois, notamment des œuvres familiales, mais pas uniquement. Et, à la réflexion, si son nom n'est guère connu en France, l'une de ses créations l'est en revanche : c'est lui qui, dans sa nouvelle Chaînes, invente le concept des six degrés de séparation, selon lequel tout être humain sur Terre n'est séparé de tout autre que par six poignées de mains.
     Il est dès lors inutile de crier au crime de lèse-majesté : oui, Karinthy a tout à fait le droit de revisiter Gulliver (et même s'il avait été un écrivain lambda, il en aurait eu parfaitement la licence, après tout).
     Le robot sur la couverture a de quoi surprendre : pourtant, Gulliver se retrouve bel et bien dans un monde de créatures artificielles, faites entre autres de matériaux métalliques, et qui ont fondé une société où tout roule comme sur du papier à musique. Cette formule est à prendre au premier degré, car les machines communiquent entre elles par le biais de mélodie. Après un instant d'adaptation, Gulliver apprend à converser ; il se heurte alors à une barrière philosophique. En effet, son interlocuteur privilégié ne peut comprendre comment l'être humain a réussi à développer des facultés de réflexion : l'Homme étant fait de matières organiques, donc périssables, il ne constitue pas un socle propice à la naissance de l'intelligence. Gulliver aura fort à faire à le convaincre qu'il peut se tromper, même si le fait que l'Homme passe son temps à s'entre-déchirer durant de nombreuses guerres ne plaide pour sa cause. Plaisante dissertation philosophique, qui s'intéresse également aux notions de langage et de musique, et à tout ce qu'ils peuvent véhiculer, Farémido s'inscrit ainsi sans peine dans la droite lignée des aventures de Gulliver à Lilliput, Brobdingrag ou autres Laputa. On conseillera donc ce voyage rafraîchissant – l'humour est comme il se doit omniprésent – sur un autre continent où la logique est mise à mal et l'homme face à ses contradictions.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 13/9/2013 nooSFere

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