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La Flamme chantante

Clark Ashton SMITH

Titre original : The City of the Singing Flame / Beyond the Singing Flame, 1931
Première parution : États-Unis, New York, Stellar Publishing Corporation, Wonder Stories, juillet et novembre 1931

Traduction de Joachim ZEMMOUR

ACTES SUD (Arles, France), coll. Un endroit où aller n° 151
Dépôt légal : novembre 2013
Nouvelle, 112 pages, catégorie / prix : 14 €
ISBN : 978-2-330-02507-6
Format : 10,0 x 19,0 cm  
Genre : Fantastique

Nouvelle traduction.


Autres éditions
   in Les Meilleurs récits de WONDER STORIES, J'AI LU, 1976
   in L'Île inconnue, NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO), 1985

    Quatrième de couverture    
     Ensorcelé, je m'avançai vers ce chant et me mêlai à eux. Captivé par la musique et par le spectacle de cette fontaine de feu, j'accordai aussi peu d'attention à mes excentriques compagnons qu'eux-mêmes ne m'en prêtaient. Et la fontaine s'élevait et s'élevait encore, jusqu' à ce que sa lumière éclairât les membres — et les étranges visages — de statues colossales siégeant sur leurs trônes derrière elle : des héros, des dieux ou des démons des premiers cycles de l'ère aliène, dont le regard de pierre scrutait les visiteurs depuis ce crépuscule d'impénétrable mystère.
C.A.S.
 
     Poète et traducteur, Clark Ashton Smith (1893-1961) est, avec H. P. Lovecraft, un des fondateurs de la SF/fantasy moderne, dont une partie de l'œuvre a été publiée, en France, principalement aux éditions Christian Bourgois et aux éditions NéO.
 
    Critiques    
     Excellente idée de la part d'Actes sud de rééditer Clark Ashton Smith, auteur et poète essentiellement connu pour une multitude de nouvelles publiées dans la revue Weird Tales dans les années 20-30. Son oeuvre avait l'objet d'une publication intensive par les éditions NéO au milieu des années 80, mais ensuite le nom de Smith avait totalement disparu des librairies. On est donc très heureux de le retrouver, même si on peut être légitimement déçu que ce ne soit qu'à travers une nouvelle. Mais ça n'est peut-être qu'un début ? On notera aussi que l'objet (un joli petit livre) est un brin cher : 14 € pour à peine 100 pages, ça fait beaucoup. Enfin, dernière bizarrerie : le titre original de ce texte donné en pages intérieures est The Collected Stories of Clark Ashton Smith, vol. 2, un rien étonnant quand on n'a affaire qu'à une seule nouvelle...
     En fait, on n'a pas tout à fait affaire qu'à une seule nouvelle... Clark Ashton Smith publia en juillet 1931 dans la revue Wonder Stories la nouvelle « The City of the Singing Flame ». Elle racontait comment deux hommes, Giles Angarth et Felix Ebbonly, disparaissent en plein Nevada, laissant derrière eux une lettre à destination de Philip Hastane, qui raconte leur incroyable aventure. En effet, ils ont trouvé un passage vers un autre monde, qui les a amenés dans une cité aux tours gigantesques, lieu de pèlerinage vers un temple contenant en son sein une flamme de puissance pure, dont le chant envoûte tous ceux qui s'en approchent. Quelques mois plus tard, en novembre, Smith revenait à cet univers avec une suite, « Beyond the Singing Flame », Le protagoniste est désormais Hastane, qui suit les traces d'Angarth et d'Ebbonly, et pénètre à son tour dans l'univers parallèle, qu'il découvre en guerre. Lui aussi ira visiter la flamme et racontera ce qu'il y verra. Ces deux nouvelles furent réunies à partir de 1942 (dans le recueil Out of Space and Time), le texte ainsi constitué conservant le titre « The City of the Singing Flame ». C'est cette version qui nous est parvenue, à travers l'anthologie de Jacques Sadoul, Les Meilleurs récits de Wonder Stories, avant d'être reprise chez NéO. Toutefois, différence notable de l'édition Actes sud : il s'agit d'une nouvelle traduction, due à Joachim Zemmour. Je n'ai pas sous la main la première version française de ce texte pour comparer, mais le travail de Zemmour est assez remarquable : le style luxuriant de Smith, qui composait ses textes en prose comme des poèmes, est très bien retranscrit, et fait la part belle aux images envoûtantes suggérées par une profusion d'adjectifs. Lire ce texte à haute voix permet d'ailleurs d'en apprécier encore plus la musicalité. Un très léger bémol toutefois : en comparant à la version originale, disponible en ligne sur l'excellent site The Dark Eldritch, il apparaît que Zemmour en a rajouté un peu ici et là , surchargeant de termes précieux un texte déjà fort riche. Cela n'est pas très grave, car ponctuel, mais cela montre la difficulté à traduire un tel texte, ce dont Zemmour s'est néanmoins acquitté avec les honneurs.
     La Flamme Chantante a été écrit à une époque où l'on ne distinguait pas la fantasy de la science-fiction, et emprunte donc aux deux genres. La SF est bien évidemment présente par le biais des mondes parallèles et les créatures qui les peuplent ; la fantasy tient dans le caractère magique (ou assimilé) de la Flamme Chantante et du motif de la quête qui anime les pèlerins s'y rendant. En 1931, le texte a été publié dans Wonder Stories, titre parfaitement adapté à cette nouvelle : on est bien ici en plein merveilleux, les paysages décrits par Angarth puis Hastane, ainsi que les expériences qu'ils y vivent, sont de nature à exalter le lecteur, à lui suggérer des visions époustouflantes propices à un dépaysement total, que vient amplifier la musicalité du texte. Le livre est également astucieux dans sa construction en deux parties : au lecteur frustré, à la fin de la première partie, de ne pas avoir découvert plus du monde parallèle, l'auteur propose un prolongement dans la deuxième partie, qui répondra à nos attentes, même si la tonalité optimiste du début de l'ouvrage se heurte à l'ambiance fin du monde de la suite.
     Au final, ce magnifique texte de merveilleux cosmique méritait bien une nouvelle vie, ce qui lui offrent avec éclat Actes sud et le nouveau traducteur du texte, Joachim Zemmour. Et on se prend à rêver qu'Actes sud ne s'arrête pas en si bon chemin, et continue la publication des œuvres de Smith.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 11/11/2013 nooSFere


            À sa mort, Clark Ashton Smith (1893-1961) était encore totalement inconnu en France. Il est vrai que la situation de Robert E. Howard n’était pas meilleure et que Lovecraft lui-même commençait tout juste à pointer le bout de son nez. La science-fiction était alors en vogue, tandis que le fantastique était au creux de la vague et que la fantasy, patiemment, attendait son heure.

            Un premier et gros recueil de C.A. Smith, Autres Dimensions, jamais réédité depuis, devait voir le jour en 1971, chez Christian Bourgois. Cependant, ce sont les années 80 qui allaient être sa décennie de gloire en France. D’abord, deux recueils à la Librairie des Champs Élysée, Poséidonis et Zothique, puis sept autres (sur huit volumes) aux Nouvelles Éditions Oswald (L’Ile inconnue, Ubbo Sathla, L’Empire des nécromants, La Gorgone, Le Dieu carnivore (en deux tomes), Les Abominations de Yondo et Morthylla) mettraient la quasi totalité de ses nouvelles à portée du public français.

            Avant que le silence des tombeaux ne s’appesantisse à nouveau sur l’œuvre de Smith…

            Seul le micro éditeur La Clef d’Argent continua à s’intéresser à l’auteur d’Auburn. Plus récemment, un autre micro éditeur, L’Œil du Sphinx, s’attacha à faire connaître d’autres facettes de l’œuvre de Smith, dont toute la considérable poésie restait encore inaccessible hormis quelques échantillons publiés naguère dans le numéro 9 de la revue Antarès.

            La publication de cette plaquette marque le retour de Smith chez un « grand éditeur », mais à quelles fins ? Pourquoi publier une unique nouvelle sous la forme d’une plaquette à la triste couleur chair qui ne coûte pas moins de quatorze euros pour seulement 107 pages ? C’est cher, même pour la nouvelle traduction d’un texte que l’on trouve sans difficulté sur le marché de l’occasion dans le recueil L’Île inconnue (NéO), et surtout pour trois fois rien dans l’anthologie de Jacques Sadoul Les Meilleurs Récits de Wonder Stories, pulp où la VO fut publiée dans les numéros de juillet 1931 pour la première partie, et novembre 1931 pour la seconde. L’entreprise d’Actes Sud me semble bien hasardeuse à une époque où Internet permet de trouver aisément presque tous les livres que l’on souhaite…

            La Flamme chantante n’est pas typique de la production de l’auteur. Que ce récit ait été publié dans Wonder Stories, plutôt que dans Weird Tales, la mythique revue de Farnsworth Wright qui accueillait dans ses pages les auteurs du cercle lovecraftien, dont Smith n’était pas le moindre, est significatif. C’est un récit de science-fiction dont la manière, bien datée aujourd’hui (dans un coin perdu du Nevada s’ouvre une porte vers l’ailleurs, une autre dimension), n’en fit pas moins les choux gras de l’un des auteurs les plus réputés des années 30, Abraham Merritt, qui recourut à semblable artifice à maintes reprises (Le Gouffre de la Lune, pour ne citer qu’un exemple). Smith use aussi du procédé consistant à faire d’un personnage fictif intermédiaire entre lui-même et le principal protagoniste, le récipiendaire du récit, technique qu’utilisera James Hilton dans Horizon perdu deux ans plus tard.

            Si le processus narratif de la première partie date, la seconde partie du récit, directe, souffre des descriptions des dimensions supérieures merveilleuses auxquelles les protagonistes accèdent – ne reste au final qu’une confiture de mots assez peu évocatrice, Smith échouant ici à montrer juste assez pour suggérer. Malgré sa facture ancienne, la première partie se révèle bien mieux réussie que la seconde.

            Clark Ashton Smith mérite sans doute aucun que l’on reprenne ses nouvelles en un fort volume du type Omnibus ou « Bouquins ». Mais on reste dubitatif quant à l’opportunité de cette édition d’une nouvelle qui n’est pas de ses toutes meilleures.


Jean-Pierre LION
Première parution : 1/4/2014 dans Bifrost 74
Mise en ligne le : 25/3/2020


 
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